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de la jeter dans le doute, qui fixe la portée de Tauiour au lieu de la noyer dans la confusion. Nous mettons à part, bien entendu, la métaphysique des Cours de joie.
Examinent-ils un être, ils ne s'égarent pas à définir son existence et les principes de son activité ; ils le montrent tout de suite à l'œuvre, au point de vue moral, au point de vue utile: voilà pourquoi la philosophie méridionale tourne si souvent à Tétude satirique.
Quand le poëte des Chansons de Gestes^ quand le philosophe scolastique chantent un événement, dissèquent une proposition, ils ne voient rien, ne formulent rien du premier coup et dans ses parties essentielles; ils s'enfoncent dans les prolongements les plus tortueux, s'enchevêtrent dans la complication des événements et des idées, s' embarrassant de tout, se préoccupant de la modification la plus légère, prenant chaque lueur pour une. lumière inconnue, chaque rôve pour une grande pensée, chaque vision pour une lévélation soudaine. Alors, égarés dans un monde inconnu, ils s'exaltent, se surexcitent, se i-epaissenl d'hallucinations; ils ne voient plus l'objet, Tidée, tels qu'ils sont , mais tels qu'ils désireraient qu'ils fussent, tels que leur rêverie métaphysique les leur a montrés ; ils ne sont point poètes, ils sont extravagants. Ils ne sont point philosophes, ils sont visionnaires. Ils ne racontent pas la vie humaine, mais les fureurs de quelques fous , des passions impossibles suivies d'actions surnaturelles; ils imposent des systèmes stupides à des êtres intelligents.
D'où viennent ces tâtonnements et fceâ contradictions, ccs.eflbrts exagérés et ces défaillances, si ce
n'est de l'imperfection du poëte et du philosophe qui voient les objets obscurément et qui, n'ayant que des notions et des sensations incomplètes, se trouvent incapables de les exprimer d'une manière satisfaisante? Ils doutent constamment de leur expression, craignent toujours de ne pas être compris et ne cessent de revenir à la charge, pour répéter ce qui a été mal dit, formuler de nouveau ce qui a été mal défini!... Que de temps perdu, que de cerveaux fatigués et mis hors de service, pour avoir voulu irop opiniâtrement douter de tout , analyser tout, 90Qâer tout, cherchant sans relâche si tel objet existe ou n'existe pas, possède telle essence ou telle autre, €8t universel ou particulier, un ou multiple. Malgré ce labeur ils ne se trouvent jamais suffisamment éclairés pour voir clairement et pour croire avec ccr* titude.
Les Grecs avaient exploré dans quelques volumes le vaste champ de la philosophie humaine, parce qu'ils concevaient avec promptitude et lucidité; les populations romaines restèrent fidèles à cette philosophie , parce qu'elles concevaient avec une facilité analogue.
Les scolastiques du Nord jetèrent l'esprit humain dans un chaos de six siècles, et pas un chapitre de leurs dix mille volumes n'a survécu, par la raison qu'ils comprenaient mal et que l'arrogance de leurs démonfirtrati^ns nuageuses ne pouvait remplacer la. fermeté d'une conception nette et vraie.
Un homme du Midi , un héritier de la philosophie galloromaine le leur prouvera au seizième siècle ; que devra-t-il faire pour plonger dans l'oubli le fatras d'un million d'arguments scolastiques cherchant à prouver
fexisiencel Répéter une formule dont il n'était pasl'inventeur, mais à laquelle il donna le dernier terme de la certitude et de Taflirmation : « Je pense^ donc je suis (1). w
Dans le choc que nous allons raconter et qui va faire sa première campagne au treizième siècle, à qui restera la victoire ? au poëme épique des Franco- Normands, ou à la poésie légère et variée des troubadours ? à la scolastique nébuleuse purement spéculative, ou aux sciences d'application, à la philosophie pratique, à la médecine, à la jurisprudence, à la morale ? Poser la question dans sa claire simplicité, c'est en faire connaître la solution. Mais il n'est pas moins intéressant de parcourir les péripéties, de décrire les combats acharnés et toujours brillants qui ont signalé cette immense lutte.
TREIZIÈME SIÈCLE , INVASION DE LA GAULE ROMASE PAR LES AVENTURIERS FRANC0N0RMAND1
Si le plus grand mouvement intellectuel de l'Europe moderne éclata au seizième siècle , il est important de constater que cet immense résultat ne se produisit qu'à la suite de la fusion des peuples de langue à' Oui avec ceux de langue d'O. Or l'opération capitale de
(1) Formule typique d'où découlent naturellement plusieurs autres : Je marche^ donc le mouvement est en moi; — je discute, j'hésite, donc j'ai la liberté de faire ou de ne point faire; — je puis faire le mal ou le bien, donc je sitis responsable^ etc. , etc.
cette fusion eut lieu au Ireiziëme siècle. Cette époque est donCy selon nous, un point de départ de première importance, et non moins digne d'être attentivement étudiée que la renaissance du seizième siècle qui n'en fut que le développement.
On n'ignore pas que le midi de la Gaule s'était complètement délivré de toute influence germanique, sous les successeurs de f4harles le Chauve. Les guerres civiles des Garlovingiens, compliquées par les invasions des Normands, avaient donné trop d'occupation aux rois de France pour qu'ils eussent le temps de porter leur activité du côté de l'Aquitaine et de la Provence ; mais d'ambitieux vassaux n'avaient pas perdu le sou • venir des riches provinces du Midi ; les plus vieux, durant les veillées du castel, rappelaient à leurs enfants les droits que la victoire leur avait donnés sur ces contrées heureuses ; ils les habituaient à la pensée de reprendre à la première occasion , les armes à la main, les domaines que leurs pères avaient trop pas* sagèrement occupés.
A ces regrets, transmis de génération en génération, venait se mêler, chez les jeunes guerriers, une impulsion plus impérieuse encore : c'était le trop-plein d'une population inquiète, qui ne connaissait d'autre but d'activité que la guerre, et ne trouvait plus à l'alimenter au nord de la Loire , déjà trop subdivisé par suite des partages successifs des héritages.
Toutes les agitations des dixième et onzième siècles concourent à prouver que ces aventuriers mécontents étaient prêts à se jeter de nouveau sur le Midi, lorsque les premièi*es croisades livrèrent le merveilleux Orienta leur impatience conquérante. Au cri de guerre : Dieii le veut! Francs et Bourguignons se dirigèrent vers la