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Aux cris d'épouvante, poussés par le ix)i, les chevaliers accourent, mais la béte, rapide comme Thirondélie, continue son chemin à travers la forêt et transporte Arthur au sommet d'un piton de i*ocher ; puis, avançant la tète, tient le pauvre roi suspendu sur Tabîmc. Gauvain et les autres seigneurs arrivent tout épouvantés; ils délibèrent et décident soudain qu'ils se dépouilleront de leurs vêtements, les entasseront au pied de la, roche, pour qu'ils servent de matelas
Que la vole sus el cap ferir; Mas anc non poc las mans partir, Deis corns^ tant non las a tiradas Plus que si foson claveladas.
E can la bestia senti Que ben fou prcs, leva d'aqui ; E *i reis estot als corns pendutz, b'el e irat o espcrdutz, £ la bestia els del moli Ab el, e t*en son dreit cami Per la forcst, lai on 11 plas.
Tôt jen e suau e de pas».
E mosseiner Galvan lo proa Era si tertz am copagnos, Luin dels autres, en un^ angarda; Et ab aîtan el se regarda, E vl la bestia fera e gran Qui aporta cls corns denan Lo bon rei son oncr apenden A pauc non a perdut lo sen E prent autamen a cridas ; If Cavaliers, anem ajudar A monseiner lo rei Artus ; Per deu, no s^enfuya negus ; Jamais, qui ara no M segonda Non er de la taule redonda ; Tuit serom per trachors tengutz, S' el reis es per secors perdutz. »
roi sHl vient àchoir dans le précipice. La précaui n'était pas inutile, dès que la couchette est dispo- ^ la maligne bote secoue les cornes, le roi tonibe «1 lace, un cri affreux se fait entendre... Fort ( nent, on en est quitte pour la peur I. . . Arthur [e moindre mal, et la bète cornue, se mettant re, devient un beau chevalier, vêtu d'écarlate, qui ite à messieurs les courtisans cette morale trësortune : «Seigneur roi, faites revêtir vos gens, mais
Ab tan de langarda deissen E venc ves la bestia corent, Qu'anc non atendet compaignon, Non lalsara uncolp no ill don; Baissa la lansa per ferir, E *1 reis ac paor de morir E lescrida « bels neps merce.
Non la tocs, per amor de me Que si tu la fers, eu suis rnortZ) E si no la toquas, estortz, Qu'eu la pogra ben aver raorta ; Perque m' ditz mon cor e m' conortu Qu*ela m' portava chausimon Car ieu lo M portei eissamen Qu'iratz no la volgui tocar, Ni ella me; perque mi par Que no m' fara mal autramen, E laissa il far son taleii ; Ane non sia per ren tocada De nul home de ma mainada, Si donc no m' voilas aucir E vos neps, anatz lor o dir. »
Galvans e ivans e tristans Ab cavaliers, no sai cans, Dizon que totz lus draps penran, Al pe de la roca metran, Desoltz lo rei, e pueis, si cha, Sus els draps ja mol non s* fâcha,
recommandez-leur de ne plus s'oublier à table, et de ne pas laisser leur roi s'aventurer seul dans la forêt. »
C'est à travers une foule d'aventures comiques et singulières que se développe l'amour de Jaufre et de Brunessinde... Le chevalier, vainqueur de Tautal, se rend au château de Monbrun où la belle châtelaine tient sa cour ; mais, timide et respectueux comme les entendeyres des troubadours aquitains, il n'ose déclarer son amour à celle qui le partage. Peu à peu cependant le sourire de Brunessinde l'enhardit : ils s'expliquent, tombent dans les bras l'un de l'autre, et se rendent à la cour d'Arthur où leur mariage est célébré avec la pompe en usage chez le fastueux roi breton.
C'est dans le roman de Flamenca surtout que les troubadours uiôlèrent leur verve galante et enjouée à la forme narrative du poëme franco-normand. Archambaud, comte de Bourbonne-les-Bains, adresse un message à Guy, comte de Nemours, pour lui demander sa fille Flamenca ; le comte et la comtesse s'empressent de la lui accorder, aimant mieux la conserver près d'eux chez un comte, que de la placer au loin chez un
R la bestia can o vi Fos senblan que s* mop:es.d*aqui, E crollet son cap un petit, Aquel d'aval feiro un crit, Moût estraing e moût angoissos, E son se mes agenoiilos, E pregon Deu qu'el rei defendo, K que. Fan e sal lo lor renda.
E la bostia Jons los pes, E sal eut els e pueis après Laisa cazer lo roi que tenc A SOS corns; c cla devenc, Cavalers graus e bels, e gens.
roi. Archambaud se rend chez son futur beau-père où son arrivée donne le signal des divertissements et des festins. Le roman tout entier n'est d'ailleurs que la mise en pratique d'un traité complet de fêtes et de spectacles. La joyeuse existence de l'aristocratie méricQonale se déroule sous tous ses aspects dans cette espèce de voyage au pays de Cocagne. Pourquoi tant de folle gaieté à la suite de la guerre des Albigeois? C'est que nous ne sommes pas dans la Provence proprement dite, mais dans l'Aquitaine, pays où la croisade n'a pas excercé de persécutions (1).
Dès le début, des centaines de ménétriers et de jongleurs passent sous nos yeux et nous mettent au courant des habitudes de cette corporation excentrique et folâtre. A la fin des repas ils envahissent la salle : l'un raconte des fables, l'autre joue d'un instrument, un troisième chante (2) ; mais c'est aux conteurs que revient la meilleure part des applaudissements (3) .
La danse succède aux ébats des artistes et des
(1) Ce roman semble être antérieur à 126A, époque où Urbain IV institua la Fête-Dieu.
(2) Li juglar comensan leur faula ; Son estrumen mena et toca Lus e lautre canta de boca.
(3) L'un comte de Prlam, l'autre dePyrame... L'autre d^ la belle Hélène et de Paris, d'Ulysse, d'Hector et d'Achille; d'Énée et de Didon ; de Lavinie, do Polynice, de Tydée, d'Etéocle, d'Apollon, d'Alexandre, de Héro et de Léandre, de Démophon et de Philis.
L'antiquité tout entière y passe, V Ancien Testament, VHistoire romaine ne sont pas plus épargnés; ils entament ensuite le moyen âge. Chantent de la Table Ronde^de Gauvain et du lion, du chevalier qui délivra Lunette, de Lancelot et de sa dame, et autres héros fameux des légendes.
poètes; deux cents jongleurs, bons joueurs de viole, accordent leurs instruments, et, placés deux à deux sur les bancs éloignés, donnent le branle aux danseurs (1). Les couples joyeux prennent un si vif plaisir à se trémousser qu'ils se croient au milieu du paradis (2) . Surviennent des pei-sonnages allégoriques, tels que Pierre Vidal, le Toulousain, les avait inventés; tels aussi qu'ils s'introduiront bientôt dans le Roman (le la Rose. Envie et Jalousie persuadent au comle Archambaud que le roi est épris de sa femme. Chose plus grave! elle répond à ses feux, témoin la manche dont elle lui a fait don au dernier tournoi. Un jongleur effronté, précurseur des valets de comédie, intervient dans l'aventure, et ce n'est pas pour consoler le mari; celui-ci ne manque pas de réfléchir et de se dire : «je ^t;7// trompé, j'en ai l'intuition.Pourquoi parler au futur et non pas au présent ; c'est je suis trompé que je dois dire ; je suis certain de ma mésaventure (8). » La colère
(1) Ane en Bretaina ni en frança Non basti mais tan rica danzas.