CONCLUSION
Charlemagne avait tenté vainement d'imposer à la
raule du nord Tunité impériale, Tesprit , la langue et
i philosophie germaniques. Ses eiïorts échouèrent
se la persistance des Gaulois à conserver leur lan-
. leurs aptitudes naturelles, leur indéf>endance et
rté. La réaction fut telle que les importations
iques et morales d'outre-Rhin disparurent à Té-
rouiement de Tempire carlovingien et ne laissèrent
ue de faibles traces de leur passage.
Si la propagande franco-germanique échoua entre
"(Oire et le Rhin, au centre même de l'empire franc,
forte raison n'étendit-elle pas son influence au
iidi de la Loire. Sur tous les points, les anciennes di-
isions provinciales de Tépoque romaine reprirent leur
idividualité, leur esprit public et leur autonomie.
ussi la Gaule présentait-elle au neuvième siècle huit
roupes principaux de population , ayant chacun son
iractère nettement tranché. Les Francs, moitié Scan-
inaves et moitié Germains.
Les Normands, proches parents des Sicambres, mais en éloignant un peu par leurs habitudes maritimes.
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L. p:e:iiiè;e, niar.iée par des poêies qui avalent M-:\ '}': l-;s souver.îrs de la liiiéraiure romaine, acquii \'ij'j\':.,.-:iii u:.e richesse d'expression , une haraionie f\\j'i ^;îj lii'.-n: la première langue de l'Europe : elle ré:^na de Valence à Venise, de la Loire à TArno.
b^MX classes de poëtes et d'artistes la cultivèrent ei la répandireiit : les troahodours et\e^jo?i(//effrs. Le domaine de la poé-îie romane se subdivisa même en deux zones : celle de la Provence, celle de l'Aquitaine, à l.v quelle la Gascogne fut rattachée... Bien que l'amour et la galanterie , héritage direct des anciens Gallo-Celit? si respectueux envers le sexe, fussent les pensées donjinantes de toute poésie de langue d'<9, le troubadour aquitain, fidèle au caractère plus sérieux de sa race, donna à l'expression de ses sentiments quelque chose (h; plus distingué, de plus discret, de plus profond fjue le troubadour j)r(>vcnçal. L'amour, loin d'être uu simple passe-temps |)0ur lui, devint le stimulant du conra^'C et dn j)atriotisnie. Des chants de guerre d'une éloquente énergie se mêlèrent à ses déclarations de ten- ^
ien le caractère, l'esprit national de chacun d'eux renMls pas s'affirmer plus nettement après les es civiles des derniers Carlovingiens ?... \ que la terrible bataille de Fontanetum eut porté [p fatal à la puissance franco-germanique, chaque e de population se consolida dans son unité et se i des chefs à peu près indépendants. Les derniers nngiens disparaissent; Hugues-Capet, seigneur ine gauloise, est élevé sur le trône par une révogauloise. Ce triomphe de la race indigène a pour {uence immédiate l'abaissement de la puissance I, élément mérovingien et carlovingien , et le dé- )ementde la liberté individuelle et provinciale se nant avec le dévouement d'homme à homme, ttts essentiellement gaulois. L'extension du ré- Féodal ramène les peuples au règne des Brenn, à iteté du serment des anciens soldules, à la fé- 3n oligarchique des chefs.
graves changements politiques semblèrent râper les peuples du nord de la France de ceux du qui malgré l'organisation éphémère du royaume itaine, sous Louis le Débonnaire, avaient conune grande indépendance sous des seigneurs nés et des municipalités assez semblables à des liques. Mais cette assimilation administrative du 3t du Midi par le régime féodal ne changea ni Burs ni les idées des populations, ni le caractère r littérature.
milieu du vaste travail de la population gauréagissant contre l'invasion germanique, la prérance de la langue latine disparaît en même
lfinp8 (ino runitô i^ionarchique. Le réveil des tartes provinoialos, doH influences individuelles, relève F»}toiilt^ la popularilé dos diVtsrs dialectes gaalôs. \a languo latine ho réfugie dans les clotlreset dans lesëDC>los : olort's oi rhovnliers reprennent l'usage des idiome ruHtiipK's antiSriours iiTinvasion romaine, idiomes que lo p(Miplo n'avait jamais cessé d'employer, que ks l*'ranos ot los Normands avaient été obligés d'adopter <\ la plaro «lu saxon ci du tudesque, obstinément re- )H>uMHiN par les indigènes.
TitMto Instauration des dialectes gallo-celtes et gallobolgt's produisit, À dater du dixième siècle, la langue dos irtxibadours ut la langue des trouvères.
I.a pit'mièro, maniée par des poètes qui avaient gardt^ los souvonirs de la littérature romaine, acqût rapidoinont une richesse d'expression , une harmonie ipii on liront la première langue de l'Europe : elle rO^na tlo Yalonco ji Venise, de la Loire àTArno.
l>ou\olassosdo po^Mos et d'artistes la cultivèrent et la ri^paudiront : los h^mhmîours elles jongleurs. Le domaino do la poiVio romane se subdivisa même en deax xon<'s : rollo do la Provence, celle de l'Aquitaine, à lacpiollo la (lasciii^^no fut rattachée... Bien que l'amour et la galantorio , luM^tago direct des andens Gallo-Celtes si rospootnoux onvors le sexe, fussent les pensées dominantos do touto poésie de langue d'o, le troubadour acpiitain* fidèle au caractère plus sérieux de sa race, donnai Toxprossion de ses sentiments quelque chose (lu plus (listin^iH^, de plus discret, de plus profond (]uo lo troubadour provençal. L'amour, loin d'être un simplo passe-temps pour lui, devint le stimulant du courage ot du patriotisme. Des chants de guerre d'une (^loqnonte onergie se uièlùrent à ses déclarations de ten-
di*esse. La franchise de ses satires, fit pressentir les libres penseurs et les hérétiques des siècles suivants.
Les troubadours aquitains^ enfin, ne se bornent pas à donner une forme poétique à la pensée philosophique et morale; ils deviennent les législateurs, les grands stylistes de la langue romane ; ils lui impriment ce ca* chet de perfection que Ton met injustement sur le cpmpte des provençaux qui n'ont fait que se l'approprier....
Les troubadours des rives de la Durance, du Rhône et de l'Hérault, bien inférieurs aux Aquitains , ont la gaieté fanfaronne et étourdie , la tendresse banale et sensualiste. Ils cherchent avant tout, dans la galanterie, une occasion de se livrer à des excentricités de toute nature qui attirent les yeux sur eux. La métaphysique des Cours d'amour, inconnue des Grecs et des Latins, empruntée d'abord aux Arabes par nos Croisés, et singulièrement développée par les Provenç-îux, porte jusqu'au ridicule l'emploi du bel esprit et du paradoxe.
Les troubadours italiens et catalans , arrivant par là-dessus, compliquent ces anomalies sentimentales en leur donnant un caractère particulier de mysticisme. Les amants des deux péninsules croient illustrer leurs dames en les considérant à travers une sorte d'illuminisme. Leurs chansons d'amour prennent un reflet de cantique; ils traitent le sentiment comme des visions de Y Apocalypse, Toutefois il y a des degrés dans ces aberrations : le mysticisme amoureux des Italiens oiTre quelque chose de particulièrement spiritualiste et épuré; celui des Espagnols penche davantage vers une dévotion matérialiste et grossière.
N'oublions pas une observation importante! ces
codes (lu .sentiment, promulgués dans la langue la plus harmonieuse, la plus riche du moyen âge, ne concernent que les rapports des troubadours et des chevaliers avec les dames; ces amants poétiques ajoutent d'ordinaire, à l'amour contemplatif, des intrigues plus sans-façon avec les bourgoises, des passions plus réalistes avec les femmes du peuple. Lespastora' les sont les poésies fescenniennes , qui racontent ces sortes de passe-temps.
La littérature franco-normande, chantée par les trouvères, interprétée par les ménestrels, avait des caractères tout opposés à ceux de la langue d' O; elle traitait des sujets dramatiques et nationaux dans de longs poërnes informes et obscurs, écrits en vers flasques et monotones, remplis d'images grossières et d'apparitions gigantesque inspirées par la terreur.
Au début, dans les neuvième et dixième siècles, quelques poëmes carlovingiens montrèrent cependant des beautés d'une étonnante puissance : la CA«/wo» do Holaudevï fut l'exemple le plus saisissant. Les trouvères de cette époque, encore fidèles aux traditions du patriotisme impérial , célébraient avant tout la grandeur de (Iharlemagne, la splendeur de l'Empire, le dévouement absolu des sujets. Aux douzième et treizième siècles, le triomphe de la race gauloise et de la féodalité produit une grave révolution littéraire. Les romans carlovingiens deviennent ces vastes Chnmons de Gestes, ces romom de Chevalerie démesurrinont développés , où l'orgueil féodal se place insolemment en face du pouvoir monarchique. Les trouvères tournent le roi en ridicule^ pour plaire aux grands vassaux qui le méprisent : le fief est placé audessus du royaume, le castel au-dessus du palais.
lentiments hautains et grossiers absorbent »s épopées franco-normandes. Autant la délila galanterie sentimentale et raffinée domiansla poésie lyrique des troubadours, autant tent étrangères à la poésie épique des trouas peuples romans étaient les héritiers effémii civilisation romaine ; les peuples du Nord se du voisinage des forêts de la Germanie et pie lutte des Franco-Germains contre des Jges.
Dubadours chantaient l'amour, les plaisirs in- \^ dans une langue souple et harmonieuse. rères célèbrent les événements généraux et les batailles, lancent des imprécations violentes e fines satires,* dans une langue rude et mal
rm
blissement de Tautorité royale, le triomphe îUement féodal ne pouvaient cependant arrèuvement d'agrégation qui ne cesse d'agir sur es. L'heure du mélange des races et des lanit arrivée. La monarchie, trop faible encore ger les destinées nationales, fut étrangère à Br mouvement de fusion. Du onzième au treille, il appartint tout entier à une féodalité ïante et ambitieuse.
c de Normandie fait appel à tous les aventu- Gaules^ il en accourt de toutes les provinces 3t du Centre; il les conduit vers l'Angleterre, >rimée par les sauvages pirates du Nord. La m franco-normande et la barbarie Scandinave >rises : la première triomphe ; laGrande-Bredélivrée de la domination des Saxons; elle reigue, lesmœurs, la littérature française; elle
devient une espèce de colonie frauco - normande moralement et intellectuellement annexée à ne pays.
L'université de Paris, en attirant à elle des écolien tous les pays de l'Europe, imprime, dans le xii*siëc une nouvelle impulsion au mélange des idiomes et i races. Les disputes nébuleuses du trivium et du qi t-| viwn , passionnent les savants du Nord , mais troo-^ vent insensibles les habitants du Midi. Elles aurai élevé des barrières nouvelles entre les peuplesde laDj A' Oui et ceux de langue d'O, si les écoliers de le origine ne s'étaient fraternellement confondus dam grande république A& Y Université, \^s rues de Pâ retentissent de chants populaires de tous les diale gaulois. Remarquons surtout que les Gasconset 1 lvençaux font partie de la iiation de VIle-de^Fra e, preuve incontestable de la sympathie qui s'était établie , depuis le mariage de Constance avec roi Robert, entre les habitants de Lutèce, i particulièrement Gaulois, et les habitants des provinces gallo-romaines... Gascons, Aquitains et 1 siens apprennent à s'estimer, à se comprendre ; nouent des relations intimes dont nous aai soin de suivre les progrès et d'indiquer les €0096* quences.
Mais la terrible croisade contre les Albige< n'était pas sans liaison avec les persécutions do:l les Nominalistes de l'Ecole de Paris avaient été IN porte la désolation dans la Provence : nos rois y restent étrangers; elle est dirigée par une féodalité bilieuse et aventurière, grossie de tous les brigan épouvantent déjà l'Europe sous le nom de rù comme ils avaient effrayé l'Orient sous celui de taf«n>
S' appuyant sur des prétextes religieux mal définis, :ondés par des prêtres trop ardents et souvent bitieux, les bourdonniers attaquent les seigneurs times avec l'intention de les déposséder. In- ::ent III s'efforce de tenir d'une main équitable fernQC la balance de la justice et de la foi ; mais, trompé par les croisés et par ses légats, il s'égare is le labyrinthe de ruses et de mensonges qui l'environne.... La croisade, composée de ces Bre- »ns, de ces Gaulois du Nord dont nous avons çnalé la cruauté, le fanatisme druidique, de ces ancs , de ces Normands dont nous connaissons instincts violents, épouvante le Midi par des ies de barbarie et fait mettre sur le compte de r ;lîse des massacres et des usurpations dont une féodalité ambitieuse était seule coupable. Les vainqueurs font disparaître , dans le sang et dans le feu, ( élégants seigneurs provençaux successeurs des Uel ; étourdis et des Gallo- Romains sceptiques; ils cl Brsent ces charmants troubadours qui avaient "i^iit, pendant plus de deux siècles, la gloire poétique de notre patrie.
Ceux qui survivent se réfugient en Italie, en Espagne, lans cette Ile-de-France qui avait déjà si bien accueilli iÇS écoliers méridionaux.
Les malheurs de la Provence modifièrent profondément les rapports de la littérature romane et de la littérature franco-normande. Les Provençaux vaincus avaient trouvé dans leur détresse les deux conditions essentielles à l'éclosion du poëiue épique, genre qu'ils avaient jusqu'alors ignoré. De profondes passions religieuses remplaçaient leurs sentiments autrefois personnels et légers; un cataclysme politique concentrait