INFLUENCE DES CHANTEURS ET DES ARTISTES ÀMBULAUTS
Nous ne rencontrons jamais sur nos pas une de ces compagnies de musiciens et de chanteurs qoi égaient nos places publiques et nos villages, sans éprouver T émotion que provoque la vue d'une des plus anciennes institutions du monde... Celle-ci eut ses jours de prospérité et ses jours de persécution; mais elle se releva constamment, répara ses défaites, et ne cessa d'exercer sur Fesprit et sur les goûts populaires une influence qui mérite d'être exanoinée. Qoe nos chanteurs des rues viennent de Paris avec leurs orgues; qu'ils arrivent d'Italie avec leurs violons et leurs harpes, ils ne sont pas moins les descendants directs des rhapsodes de la Grèce, des joculatores de Rome, mêmes des bardes gaulois (1).
(1) Pour bien apprécier ce que fut en Italie Paction des chanteurs et des artistes ambulants, il est essentiel de connaître ce qu'elle avait été dans la Grèce; aussi résumonsnous dans cette note l'histoire de cette intéressante corporation.
La Grèce eut pour premiers interprètes poétiques les rfaip-
Malheureusement pour Rome, les contemporains de icipion et de Sylla ne reçurent pas les premiers précepes d*art et de littérature grecque sous le règne des
iodes conteroporains d'Hésiode et d'Homère. Ces chanteurs Dspirés, très-souvent aveugles, parcouraient le monde grec out eDtier, en récitant, aux sons de lalyre, les fragments les )lus nationaux de riliaderet de TOdyssée. Décl amateurs publics de la plus noble des poésies, ils jouèrent un si grand <^le dans Thistoire, qu'un des plus hardis logiciens de notre cle, Vico, a voulu les confondre avec Homère lui-même, n prétendant qu'ils furent les auteurs de cette Iliade, de ette Odyssée, qu'ils récitaient sur les places publiques et s les maisons particulières.
Donjamin Constant, dans son Histoire de la Religion, a ex- «rimé la môme opinion.
Dès la plus haute antiquité, les chanteurs homériques nous firent un caractère plein d'intérêt et presque sacré : chaque oi, chaque héros a ses rhapsodes privilégiés ; ils font partie sa maison, de sa famille : il les envoie parcourir les villes uisines pour y chanter ses hauts faits personnels en même 3mps que les gloires de la Grèce. Le héros doit-il s'absenter, confie ses plus chers intérêts à leur surveillance. Lorsque Agamemnon conduit les Grecs à laguerre de Troie, laisse son rhapsode auprès dé la reine, et ce n'est qu'ans avoir tué ce gardien vigilant, qu'Égisthe parvient à ccnre Clytemnestre au plus horrible des crimes.
i>bémius jouait le même rêle dans le palais d'Ulysse; ruoyé, traité en esclave par les audacieux prétendants, il tait contraint par eux de chanter pendant leurs festins. Le oete nous le montre interrompant sa déclamation pour igloter, au souvenir de son maître, qu'aucun vaisseau ne imène à Ithaque.
Demodocus était le rhapsode du roi des Phéaciens, comme lémius était celui de la cour d'Ithaque. (Homère, Odyssée, lant I, 35!)-352.)
Ce rôle poétique et respectable, qui puisait sa force et sa gnité aux plus nobles sources de l'inspiration nationale et
rhapsodes sérieux, des rhapsodes homériques; mais sous celui des chanteurs et des danseuses dégénérés. . . Cène furent donc pas des leçons de goût sévère et d'enthou-
religieuse, se conserva dans tonte son intégrité pendant plusieurs siècles. Les rhapsodes furent longtemps les chantrei officiels des belles actions, les interprètes de la poésieépiqoe
et lyrique.
Lycurgue, en ordonnant de chanter des vers d'Homère tux grandes panathénées, augmenta Timportance de ces décl^ mateurs publics, car il les affiliait aux pontifes en leur faisant prendre part aux cérémonies du culte. Selon, à soa tour, s'occupa de réglementer leur rO'e; il leur défendit de chanter des vers pris au hasard, et leur fit un devoir de se concerter entre eux, afin de dire sans interruption des rhapsodies formant un tout complet, conforme à la succesiioa chronologique des événements.
Dans les maisons particulières les convives de noble raee admettaient auprès d'eux les rhapsodes voyageurs. Chacui honorait ces représentants de la poésie, qui donnaient i toutes les distractions littéraires la consécration de leur aotorité.
Il ne faut pas ignorer que, dès l'époque héroïque, on ne chantait dans les repas que des hymnes religieux ou glle^ riers; chàqueconvive devait prendre part au chant à son toar. Les nobles grecs, cultivaient la musique, dès la plus hante antiquité, avec l'ardeur et le goût délicat qu^ils appliquaient à toutes les choses d'art et de littérature. Ils devaient employer trois ans à se perfectionner dans le jeu de la lyre. U musique exerçait, disait-on, une influence salutaire, oonseulement sur les facultés, intellectuelles, mais encore snr les qualités physiques. De grands philosophes, Homère Inimême, considéraient cet art comme propre à dissiper le chagrin qui affaiblit le courage, à dompter les caractères, & adoucir les mœurs. Aussi chaque guerrier était-il capable de chanter ses hauts faits et ses amours en s'accompagnant de l'ini^trumint à cinq ou à sept cordes, soit dans les festins, soit dans les fêtes nuptiales. Les héros imitaient en cela le
siasme lyrique qui leur arrivèrent du Péloponèse, mais des exemples de littérature légère, erotique et souvent licencieuse. Il faut constater tout d'abord une
dieu de la poésie : Homère nous montre Apollon, désigné sous le nom de le danseur, opxr)(jyiç, jouant de la lyre pendant le banquet des Dieux, tandis que les Muses chantent des chœurs (Iliade^ 603). Bien que les rhapsodes fussent partout accueillis avec le plus vif empressement, leur présence n'était donc pas indispensable pour ajouter aux festins Tattralt de la musique et de la poésie. Les chants<)e table étaient exécutés de trois manières: en chœur partons les convives à la fois; individuellement par chaque convive à son tour et selon la place qu'il occupait; ou bien par ceux des convives qui possédaient une voix et des connaissances musicales capables de charmer les oreilles de Tassembléa Les danses représentaient souvent des scènes héroïques et servaient de spectacle, soit pendant les repas, soit pendant les funérailles. (Homère, passim,) La lyre était d'ailleurs le seul instrument connu dans r&ge héroïque; la flûte ne fut apportée que plus tard dans la Grèce par les Orientaux. (Magnin, Origine du théâtre, p. 25.)
Les rhapsodes libres et les rhapsodes attachés aux familles des héros avaient donc fréquemment des jours de loisir ; ils les employaient à parcourir les villes et les bourgs pour se mêler au peuple sur les places publiques, dans les fêtes religieuses qui présidaient à tous les actes de la vie, à tous les travaux agricoles.
Cette ère des chantres homériques fut l'époque la plus brillante des artistes ambulants. Répandus dans la population ouvrière des grandes villes, dans celle des laboureurs et des bergers, les rhapsodes eurent la noble mission d'initier l'artisan et même l'esclave à la beauté des poésies d'Homère et d'Hésiode, aux perfectionnements de l'art du chant et de la musique instrumentale ; réunis par deux ou par trois, ils se distribuaient les rôles d'Achille et de Priam, d'Hector, d'ÀDdromaque> et faisaient ainsi le premier essai de la poésie dramatique.
différence capitale dans i* exercice de la musique et de l'art scénique chez les Latins et chez les Grecs, différences qui eut l'influence la plus profonde sur la littérature et sur les mœurs.
Qu'était-ce que Thespis, en effet, sinoa uo rhapsode populaire, un artiste ambulant, qui parcourait la Grèce avec ses compagnons pour jouer des fragments de scène» et de dialogues? Affublés de masques et de costumes spéciaux, afin de mieux reproduire les personnages dont ils dramatisaient l'histoire, ces acteurs montaient sur des chars transformé en tréteaux portatifs, courai&nt de village en village ex représentaient des épisodes dialogues. Thespis dut avoir de nombreux imitateurs dans ce genre d'exploitation de la cariosité publique. Il vivait du temps de Selon, sage législateur qui appréciait l'importance sociale de la poésia Nous avooî dit avec quel soin il veillait à la conservation des saines traditions homériques. Antérieurement à Thespis et k la 61' olympiade, il existait des concours de rhapsodes dans lesquels des chanteurs modulaient des fragments d'iloinèr& Hérodote raconte que Clisthène, tyran de Sicyone, pendant sa guerre centime Argos, abolit ces concours de chant, parce que les poésies d*Homère plaçaient les Argiens au-dessus dei autres Grecs. (Hérodote, liv. V,ch. lxvii, p. UOà*)
Platon rangeait les rhapsodes parmi les ministres et les serviteurs des poètes, à côté des comédiens et des choristes. {De RepubL, liv. II, p. 37a.)
Une circonstance particulière fait ressortir au-dessus de toutes les autres la dignité des rhapsodes et le rôle honorable et véritablement civilisateur qu'ils ont rempli dans l'antiquité, c'est qu'ils appartenaient tous à la classe descitojcns grecs.
Les peuples de l'Attique, fidèles au respect et au perfectionnement de l'art, réservaieut aux seuls homn:es libres le priviîé^re dt* jouer de la lyre, do chanter les poésies nationtle.-, do monter bur les tréteaux. Cédant à l'impulsion d'un véritable enthousiasme, les jeunes gens nobles saisissaient avec empressement toutes les occasions de se livrer à la dé-
Les Grecs de noble origine, épris d'un vif enthousiasme pour la poésie et tous les beaux-arts, en revendiquèrent longtemps la culture, à l'exclusion des gens de basse extraction ; à eux seuls et aux rhapsodes at*
clamation et au chant Ceux que des revers ou des infirmités précoces, la cécité surtout, privaient de leur fortune, de leur position sociale, trouvaient de nobles consolations dans Feiistence ambulante du rhapsode, et préparaient ainsi la yole aux chevaliers-troubadours du moyen âge. Ils gagnaient une vie honorable et partout honorée, en révélant à tous les rangs de la nation les beautés des poèmes et des chants nationaux.
Jaloux de ce privilège, ils interdirent pendant plusieurs siècles ces exercices littéraires et artistiques aux escla* ves et aux étrangers ; une loi d'Athènes excluait rigoureusement ces deux classes de personnes des fêtes et des divertissements ; elle condamnait tous les infracteurs à mille dragmes d'amende. (Démosthène, de republ. Athen.^ ch. i, p. 13.) Un certain Dédame, ayant voulu faire paraître cent danseurs étrangers sur la scène, dut payer cette amende avant de les présenter. (Plutarque, Phocion, liv. XXX.)
Démosthène et Xénophon constatent que les personnes diffamées étaient indignes, tout comme les esclaves^ de prendre part aux représentations scéniques et aux chœurs de chanib*. (Démosthène, in mid.^ p. 612 ; Xénophon, de republica Athen.^ liv. I, p. 13.)
Cette organisation privilégiée du corps des rhapsodes et des acteurs, leur recrutement, parmi les seuls hommes libres, la réglementation de leur existence par la loi, exercèrent la plus heureuse influence sur la littérature et sur l'esprit grec... Les destinées de la poésie, les distractions populaires n'étaient pas abandonnées dans la Grèce, comme chez la plupart des autres peuples, à des baladins vulgaires et dégradés ; elles furent confiées à des hommes libres, d'un caractère honorable et véritablement inspirés. Faut-il être surpris si ce peuple nous offre, jusqut3 dans les classes les plus humblesi une délicatesse de goût» une vivacité d'intelligence, que
tachés à leur personne, appartenait le privilège de jouer de la lyre, de chanter les hymnes et les poèmes héroïques dans les festins, dans les cérémonies reli-
notre civilisation elle-même n'a pas égalées. Plus tard, lorsque la création des chefs-d'œuvre d'Euripide et d'Eschyle, de Sophocle et d'Aristophane, quand l'organisation des grands théâtres d'Athènes et de Corinthe eurent éclipsé les essais dramatiques des rhapsodes, dans les grandes villes, les chanteurs ambulants ne continuèrent pas moins à parcourir avec succès les villages et les bourgs et à donner aux gens du peuple et aux paysans un aperçu des plus belles scènes du thé&tre grec. Ils conservèrent par conséquent la Doble mission de répandre, dans les localités les plus isolées, les éléments de la littérature. Véritables représentants du goût, ils devenaient les instituteurs des basses classes, et coouri« buaient, plus que toute autre institution, à conserver le niveau intelb ctuel et littéraire.
On sait que, malgré l'exemple donné par Apollon et ies Muses, les Grecs, jusque bien avant dans la rèpablique, n'admettaient pas les femmes dans les festins ; les hommes seuls prenaient part aux divertissements accompagnés de libations.
Les rhapsodes, scrupuleux observateurs de cette coatame des héros, ne se firent jamais accompagner de personnes do sexe; cette exclusion ne contribua pas peu à la conservati'jn de la dignité des chants et des jeux scéniques» pour des raisons que nous aurons occasion de faire connaftri plus ta-d.
On dansait aussi dans les repas homériques, car la nrasiqne et la danse sont deux arts qui se marient naturellemeat dès la première enfance des peuples. De nos jours encore, les paysans de toutes les contrées de TEurope, ceux de France principalement, dansent au bruit des chansons; dana le sa-jt bisque même les femmes ne sont pas admises.
Les Grecs, notamment Platon, partageaient les danses et les chansons dansées en deux classes : les danses eérieuseï exécutées par des corps bien faits, se livrant fc des moovi*
gieuses, même sur les premiers théâtres; les esclaves et les étrangers étaient sévèrement exclus de ces représentations. En Italie, au contraire, les tréteaux de la
mentfl gracieux (elles furent incontestablement les premières, et étaient Tapanage des rhapsodes, qui suivaient en cela l'exemple du roi David), les danses comiques, dans lesquelles des corps difformes exécutaient des mouvements et des contorsions ridicules. Celles-ci naquirent les dernières, sous le règne des joueurs de flûte et des chanteurs satiriques.
Cet art mixte portait le nom de xp^^^* (Platon, de Legib»^ L il. — Suidas, voir x^P^^') « ^^^^ ^ ^tte époque les sexes n'étaient point mêlés: les hommes dansaient seuls entre eux; les femmes se livraient au môme exercice, dans leurs appartements réservés. {Athénée, liv, VIX, p. 636).
Cependant la société grecque devait éprouver des modifia cations propres à réagir sur les rhapsodes primitifs, et à substituer à ces nobles agents littéraires et poétiques une classe toute différente de chanteurs et d'artistes ambubnts. L^usage de la lyre, avons-nous dit, était l'apanage des guerriers, des hommes nobles et des rhapsodes ; il ne fallait pas moins de trois ans d'études pour en connaître convenable* ment les ressources.
La flûte, moins estimée en sa qualité d'étrangère, car elle avait été apportée d'Orient, restait entre les mains des ouvriers. Théocrite et Virgile ne placent jamais d'autre instrument dans leurs mains. L'usage de la lyre leur était évidemment interdit. Bien que la flûte fût considérée comme accompagnant la voix avec autant d'avantage que la lyre, son caractère rustique lui valut cependant d'être bannie de la république de Platon ; le Jeu de cet instrument imprimait, disait le législateur, un mouvement désagréable au corps, fatiguait les poumons et ne permettait pas d'ailleurs à l'exécutant de s'accompagner de la voix. Les pâtres béotiens excellaient dans la fabrication et dans le jeu de la flûte, à cause des roseaux qui croissaient dans leurs pays. Il suffisait à des artistes grotsieri de posséder quelque iustinct mu«
place publique, le théâtre, l'amphithéâtre furent de tous les temps abandonnés aux esclaves, aux gladiateurs et aux étrangers, hommes méprisés et toujours
sical pour tirer des sons agréables de leurs pipeaux« Aussi les joueurs de flûte devinrent-ils fort nombreux ; ils accouraient en foule aux sacrifices et aux fêtes nationales, aux festins, et même aux funérailles.
Ces considérations contribuèrent à faire adopter la flûte par les esclaves, les affranchis, les étrangers qui, dès Tépoque d'Aristophane, descendaient des montagnes, sortaient des lieux suspects du vieux forum, pour égayer les réjouissances publiques et obtenir quelque rémunération des spectateurs.
Voilà donc un instrument populaire qui se substitue à la lyre d'origine héroïque; voilà des chanteurs ambulants de très-basse extraction qui s'élèvent à côté des rhapsodes, et se préparent à les remplacer. Ils n'eurent pas de peine à leur faire une sérieuse concurrence ; la vulgarité de leurs instincts, la vigueur de leurs satires, la liberté de leur langage et de leurs jeux devaient natureUemeni leur mériter la préférence de la foule des rues et provoquer son enthoasiasme. Eschyle, en créant tous les accessoires de la scène» habits, décorations, cothurnes, masques, porta un coup funeste aux rhapsodes ambulants qui couraient de ville en ville ; ceux-ci, ne pouvant plus offrir au public un attrait égal à celai du théâtre, durent transporter leurs tréteaux dans les bourgades reculées, et se mettre un peu au niveau de leurs habitants. Afin de mieux flatter les instincts grossiers des basses classes, ils imitaient la danse des animaux, les cris du vautour, de la chouette, du hibou, la marche du renard, du lion, goût populaire qui conduisit le poète athénien llagnès à représenter sur le théâtre des grenouilles, des moucherons^ dit oiseaux, et Aristophane à faire chanter des chœurs de guêpes, de grenouilles et de volatiles.
Si les danses nobles avaient été Tœuvre des rhapsodes, l'imitation des animaux fut naturellement celle des paysans et des bergers, qui vivaient parmi les quadrupèdes. Après avoir imité la brute, ou voulut reproduire les rliVciiles» les
mercenaires. Les citoyens ne prenaient aucune part à ces chants, à ces jeux, considérés comme déshonorants par un peuple exclusivement guerrier
difformités de l'homme; les danses cordaces furent inventées.
Ces innovations firent incontestablement la fortune des histrions ambulants. Pendant que la tragédie, la poésie grave, la danse noble se conservaient dans les grandes familles, les danses bouffonnes, les chants burlesques, rimitation des cris et de^ mouvements des animaux, la danse de Poutre graissée, exécutée d'ordinaire par des vignerons qu'excitait le vin nouveau, faisaient les divertissements des paysans, des esclaves et des ouvriers. (Aristophane, Plutus, v. 1139; Virgile, Géorgigues, c. ii. v. 380.)
Ces jeux populaires conduisirent à la comédie, comme les récits homériques avaient conduit à la tragédie. Aux fêtes des congés ou des elves, des acteurs, montés sur des chariots, et tout barbouillés de lie, lançaient des mots piquants et grivois aux spectateurs, et leur adressaient des épigramnies. Vers la 53* olympiade , un certain Susarion obtint un prix dans uo village d'Icarie pour une bouffonnerie très-divertissante dont il était l'auteur. Dès ce moment la comédie fut créée; mais elle resta l'apanage des artistes ambulants, montés sur des chariots et courant de ville en ville, jusqu'à la soixante-dix-septième olympiade, époque où elle fut admise sur le théâtre d'Athènes, à côté de la tragédie. (Voir les marbres de Paros ; — Aristote, de PoeL, chap. v, p. 3.)
En perdant le priviléga de représenter les œuvres comiques * sur leurs chariots, les artistes ambulants ne diminuèrent en rien leur influence; leur nombre alla toujours croissant, au contraire, car ils se recrutaient sans cesse dans la classe inépuisable des étrangers. Du temps d'Aristophane , les places publiques des grandes villes et des bourgs étaient encombrées de chanteurs et d'histrions de toute espèce. Cet auteur dramatique nous montre une jeune danseuse courant les rues sous Ja conduite d'une vieille femme, et accompagnée d'un joueur de flûte, probablement persan comme elle, car il joue des airs de cette contrée. (Aristophane, ThesmopK^ v. 1172).
Dans les premiers siècles de Rome, les esclaves étaient autorisés à courir les rues, à se livrer au chant, à la danse, pour amuser le public : ils jouaient no-
Lucien constate le nombre immense de chanteurs et de btladins qui parcouraient la Grèce entière. (De Saltat , par. 2). Ventriloques imitant le cri des animaux, funambules. Joueurs de gobelets, chanteurs, magiciens, montreurs de marionnettes, improvisateurs, conteurs de fables et narrateurs, rien ne manquait à ri nnombrable corporation des exploiteurs de lacurio* site populaire. (Magnin, Orig, du tfUâU^ p. lZ|i5<-i49 ; — Ari^ tophane, v. 177.)
Mais il ne pouvait suffire à ces industriels de remplacer les rhapsodes auprès du peuple ; ils voulurent aussi les remplacer dans les palais, et ils réussirent à pénétrer dans les familles aristocratiques, dans les banquets des hommes i la mode et des philosophes. Plusieurs circonstances fivorfsèrent cette révolution artistique et morale.
A mesure que les mœurs se relâchaient, raristocratie cessait d^aimer exclusivement le chant des hymnes et des poèmes héroïques ; elle voulut mêler durant les repas des siijets erotiques et malins aux chants sérieux. Thespis fit concurrence à Homère, et Aristophane à Pindare. Or, tout en prenant goût à ce genre nouveau, les Grecs des hautes classes se respectaient encore' assez pour ne pas compromettre leur dignité en cultivant personnellement la satire, la dérision comiqae, les chants des courtisanes. Afin de concilier les convenances aristocratiques avec le goût des convives, on prit Thabitude d'appeler dans les palais des histrions et des musiciens de bas étage, pour leur faire chanter les poésies légères que les patrons et les nobles hôtes n*osaient pas Interpréter euxmêmes.
D*un autre côté, à mesure qu'on avançait dans la civilisation, la musique, la déclamation, la saltation se perfection* naient;les spectateurs devcnaientplusexigeants;des hommes^ des femmes particulièrement favorisées de la nature, se !!• vraient à Tétude de Tart et acquéraient un talent sapèrieiir
tarYiment les jeti:!t compitaux^ consacrés à honorer les dieux lares (Var., de Legibus^ 1. VI ). Ils employaient aussi le jour de liberté qui leur était accordé une fois
que la foule des amateurs ne pouvait atteindre. Bientôt les convives ne se trouvèrent plus en état de lutter avec ces artistes de profession ; second motif qui portait les amphy*trions & convoquer des musiciens à gago. Dans les banquets à frais communs, si fréquents dans la Grèce, on invitait des poètes, des musiciens, des chanteurs nomades; ils étaient exempts de payer Técot, et se libéraient en consacrant leur talent à la distraction des convives. Du temps d^Aristophane» des déclamateurs nommés stichodes allaient réciter des vers dans les grandes maisons et recevaient des vêtements en récompense.
Dès ce moment une révolution considérable s^opéra dans les habitudes grecques. — Les convives cessèrent à peu près de chanter eux-mêmes et se contentèrent de se mêler aux mouvements cadencés des danseurs. — Le sanctuaire des grandes familles fut ouvert aux artistes de bas étage. L'art ne fut plus Tapanage des rhapsodes et des hommes libres, il devint un métier lucratif, abandonné aux esclaves, aux affranchis et aux étrangers.
Aussitôt que la culture des arts ^amusement cessa d'être I S privilège des citoyens libres, le nombre des musiciens et des chanteurs mercenaires s'accrut sans mesure ; l'intérieur de« familles en fut inondé comme les places publiques. Innovation plus grave encore ! les femmes, autrefois exclues de la compagnie des rhapsodes, furent admises avec empressement dans les rangs des chanteurs...., comme la femme honnête restait enfermée dans les gynécées, les femmes artistes ne purent être recrutées que parmi les esclaves et les étrangères: cette population, dangereuse pour les mœurs, fut avidement accueillie comme un précieux auxiliaire par deis artistes dégénérés, qui cherchaient avant tout à flatter les passions de leurs auditeurs, afln de mieux exploiter leur générosité. Les chants voluptueux, les danses efféminées de l'Ionie se trouvèrent substitués à la musique, ^ la poésie, à la
chaque année, à exécuter des tours d'adresse sur les places publiques pour gagner quelque obole qui venait grossir leur pécule. Ces amusements conservèrent
danse grave des temps antiques ; les danseuses et les joueuses de flûte furent chargées de grossir la recette en parlant aux sens des auditeurs beaucoup plus qu'à leur esprit La poésie céda le pas à la musique, celle* ci elle-même fut sacrifiée à la saltation; les artistes ambulants descendirent au rang de provocateurs, de bouffons et de saltimbanques, et ne songèrent qu'à exciter à tous les excès. Aussi, lorsque Eryximaque veut engager les membres du fameux banquet de Platon à éviter ia débauche, il propose de faire éloigner d'abord la joueuse de flûte et de l'envoyer faire de la musique, si elle veut^ dans l'appartement des femmes.
C'était à la fin du repas principalement que la salle à manger était envahie par la nuée des histrions. Des acrobates dansaient la tète en bas et passaient dans des cerceaux ; dos femmes franchissaient des épées nues et lançaient des flammes par la bouche et les narines. Les jongleurs mêlaient leurs tours d'adresse aux contorsions lascives des crtumatœt ou joueuses de castagnettes. Leurs pas présentaient la plus grande variété; on distinguait principalement le /HMsnus, le buncismus, Viglis, Yéclactisma et le bibassis^ ou danse dorienne. Plus tard, les aimées de l'Orient envahirent la Grèce ; Xénophon peut nous raconter une scène de la dernière licence, qui fut jouée chez Callias pendant un repas. L^histoire nous transmet aussi le récit des mascarades et des orgies qui signalèrent les festins d'Alexandra (Mort d'Alexandre et d^Ephtttifxn d'Athénée, liv. XII, p. 537.)
Voilà donc la classe des histrions et des chanteurs ambulants solidement organisée. Elle est nombreuse, doos la retrouvons dans tous les banquets, dans toutes les fêtes; elle est variée, elle renferme des funambules et des mimes de toutes les catégories; elle ne se recommande guère par ses mœurs, car elle se recrute parmi les étrangers, les esclaves et les femmes surveillées. Quelque dégénérée qu*elle soit cependant, elle exerce une action utile à côté d^ane in-
pendant plusieurs siècles toute leur vogue. Auguste, qui se préoccupait de distraire l'immense population de Rome, afin de la gouverner plus aisément, favorisa
fluence pernicieuse. Si elle n'est plus une école de mœurs et de nobles sentiments, elle favorise du moins la diffusion de Tesprit, de la gaieté, de la poésie légère dans les masses; elle révèle aux habitants des carrefours et des villages Taimable enjouement des poètes anacrèontiques, la satire pétillante d* Aristophane et de Ménandre ; elle donne à Tintelligence populaire cette souplesse, cette pénétration attique, précieux héritage dont TEurope, la France surtout, hériteront un jour.
Quand les artistes ambulants eurent longtemps exploité la Grèce, cette terre classique de la poésie et de l'art, ils passèrent dans la Sicile et dans Tltalie méridionale ; mais comme les habitants de cette contrée n'avaient pas encore atteint le même degré de décadence morale, ils nous y apparaissent d'abord sous un aspect simple et primitif.
Qu'est-ce que le berger Lycidas, par exemple, celui que Théocrite rencontre loin de son troupeau lorsqu'il se rend aux fôtes thalysiennes ? C'est le plus aimable des hommes^ et le plus habile joueur de flûte de la Sicile^ un chanteur connu de tous, qui va montrer son talent de fête en fête. Dans le tableau que nous en a laissé le poète, rien ne rappelle le baladin, on y reconnaît beaucoup mieux le rhapsode des premiers temps.
Quand les deux aimables commères, Gorge et Praxinoê, assistent aux fêtes d'Adonis, elles percent péniblement la foule compacte qui obstrue les abords du palais de Ptolémée. Le premier personnage qu'elles y remarquent est une chanteuse ambulante, la célèbre Argea^ qui arrive d'Argos, et dont le talent surpasse celui de Sperchis.
Les musiciens et les déclamateurs atteignirent toute leur vogue en Sicile sous Denys de Syracuse. Ce prince entretenait dans son palais une foule de chanteurs et de musiciens appelés dionysocoles, c'est-à-dire parasites de Denys; il les envoyait célébrer la gloire de la Sicile et les hauts faits de
les jeux compitaux et les fit célébrer deux fois par an. Il suffit de jeter les yeux sur la liste des premiers artistes ambulants à Rome, pour reconnaître qu'ils sortaient tous des rangs les plus infimes de la société : les pêcheurs et les mariniers célébraient leurs fêtes en faisant dans les rues des processions et des parades. Les vidgares Venerîs puelke elles-mêmes célébraient la leur par des danses publiques, pendant les Florales et les Dionysies. Les musidens jouaient des airs populaires durant leur fête des quinquatries ( Valère Maxime, liv. II, ch. v). Des tibicines étaient jadis attachés en grand nombre au service des temples et des lieux sacrés. Leur existence remontait à une haute antiquité (Ovide, Fasiesy liv. VI. 692).
Quant aux bateleurs, aux acrobates et aux joueurs de marionnettes, si nombreux à Rome vers la fia de la république, ils sortaient tous des rangs des affranchis et surtout des étrangers. La Grèce, l'Asie, TËgypte, beaucoup plus avancées dans l'art de la jonglerie^ étaient chargées de fournir des artistes de cette classe à tous les autres peuples. Nous savons notamaiBnt que des danseurs originaires de la Lydie, et appelés iiMh nes^ introduits à Rome par les Étrusques, dansaient dans les rues, dans les maisons particulières, et jusque daas
son roi, non-seulement dans toutes les villes de nie, mtii dans la Grèce, à Athènes et jusqu^à Olympie, à rimftatioa des rhapsodes homériques. (Plutarque, Dion, chap. vii; — Diodore, liv. XV, chap. vi et vu.)
Ces artistes se gâtèrent en Sicile comme ils s'étaient gâtés dans la Grèce ; les mimes inventés par Sophron apparurent à la cour d*Hiéron vers la soixante-quinzième olympUdOb (Arlst., ch. m et v. Plutarque, (/e fais, pudou^ p. 53}.
le palais d'Auguste. (Suétone, AuffusHe, c. lxxiv.) Il y eut un moment, toutefois, où Ton put cro\re que les chevaliers allaient prendre la poésie et les jeux scéniques sous leur protection, à l'exemple des citoyens libres de la Grèce. Ce fut vers Tan 889, lorsqu'on fit l'essai des Atellanes, empruntées aux Étrusques. Ces pièces grossières, inventées par les paysans osques^ n'avaient rien de grec, rien de sicilien. Elles furent jouées d'abord par de jeunes chevaliers, qui, enchantés de leurs succès, revendiquèrent pour eux et pour leurs descendants le privilège de les représenter. Mais la faveur des A tella7îes durs, peu. L'introduction du théâtre grec les réduisit au rôle de simples bouffonneries populaires; les chevaliers cessèrent alors de les jouer et même de les applaudir. Les esclaves et les affranchis s'en emparèrent et les transportèrent sur leur tréteaux.
Le grand art lui-même, l'art scénique d'Athènes, fut apporté de Grèce en Italie par des hommes de la plus basse extraction. La première pièce traduite du grec fut représentée à Rome par Livius Andronicus, affranchi athénien, cent soixante ans après la mort de Sophocle ; et comme les comédies de l'école d'Aristophane étaient plus amusantes que les Atellanes des paysans osques, elles obtinrent rapidement un grand succès ; il fut toujours interdit aux citoyens romains de jouer ces pièces grecques, et le théâtre appartint exclusivement aux aventuriers ; ce qui explique le profond mépris qui frappait à Rome les acteurs, les danseurs et les musiciens.
Une foule de circonstances contribuèrent à confirmer les esclaves dans l'exercice de la musique, de la danse et des jeux publics,
Rome avait conquis tous les pays baignés par la Méditerranée. Elle recevait par conséquent , au retour de chaque expédition, une nuée de captifs de nations diverses, plus efféminés que la nation romaine. Ces esclaves possédaient presque tous des notions de quelque art populaire, de quelque jonglerie. Leur éducation avait été l'œuvre des artistes ambulants de la Grèce, qui encombraient les places publiques du temps d'Aristophane. Quelque imparfaites que fussent leurs connaissances musicales et chorégraphiques, elles étaient suffisantes pour captiver T attention des Romains, alors complètement incultes. Ils se trouvaient juste à cette époque de civilisation en ébauche, où l'homme se laisse principalement fasciner par ce qui frappe ses sens. Les esclaves étrangers apprécièrent parfaitement la situation ; ils s'ingénièrent à plaire à leurs maîtres, en montrant quelque talent agréable, afin d'obtenir, par ce moyen, la faveur d'être mis en liberté. Ils ne manquèrent pas de réussir; Tbistoire romaine fourmille d'affranchissements obtenus dans ces circonstances.
Quand un marchand d'esclaves offrait sa marchandise humaine dans les bazars publics, il n'oubliait jamais de vanter la voix de telle jeune fille, la souplesse funambulesque de tel jeune garçon, l'habileté de tel autre à j'juer de la (lûte, à danser avec grâce. Plaute introduit dans son Stichius un personnage qui revient d* Orient, il en rapporte des parfums, des tissus de pourpre, des tapis et des 77itisiciennesd'u7ieg?'ande beautés Horace cite un esclave qui mérite l'estime de son maître, car il sait un peu de grec, chante agréablement^ bien qu'il ne connaisse j7as la musique , et peut égayer un repas.
Le poëte Syrus, contemporain de César, fut le type
de ces esclaves favorisés. Il arrivait de Syrie, comtne son nom l'indique. Si son esprit naturel le classait parmi les poètes, la bassesse de sa naissance et l'insuffisance de son éducation première le retenaient parmi les artistes ambulants; aussi le répertoire de son théâtre, écrit pour.le peuple des halles, était-il d'une grossièreté peu commune. Sénèque accuse Syrus de flatter les goûts de la canaille et de mêler les quolibets de ses ignobles personnages aux belles maximes des cheva* liers et des rois.
La corporation des acteurs se recruta donc à Rome d'une manière exclusive parmi les aventuriers , classe méprisée et justement méprisable, qui, dépourvue d'instruction littéraire sérieuse, souvent de sens moral, n'était guidée, dans le choix de ses chants, de ses récits, de ses tours d'adresse, que par le désir de flatter les instincts d'un peuple de soldats incultes et violents. L'Italie fut privée, par conséquent, de l'action civilisatrice et poétique des rhapsodes, et tout d'abord exploitée par AtQ joculatores de la seconde catégorie.
Ces derniers, en s' adressant aux sens et aux passions des masses, n'assurèrent que mieux la prospérité de leur métier. Us purent, dès le début, développer leur exploitation sur une grande échelle : ils régnaient dans la rue, ils envahissaient les maisons particu^ lières (1), ils montaient sur les théâtres, où ils fai-
(1) Tite-Live dit qu'on ajoute la musique et la danse à Tagrément des mets. {liv. XXXIX, eh. vi.) Les gens riches invitaient à leur table des parasites ridicules, des bouffons, des baladins pour égayer les repas. Metellus faisait dresser dans le tricllnium un théâtre pour les histrions et les joueurs de marionnettes. Antoine marchait accompagné d'une foule
saient une redoutable concurr«ce aux tragédies tf Ennius, aux comédies de Plaute et de Térence. Celles-ci obtenaient les applaudissements de quelques chevaliers, de quelques sénateurs : les joculatores^ les Aitrions provoquaient les trépignements enthousiastes de la foule.
Néanmoins nous devons reproduire encore lobservation que nous avons appliquée aux musiciens ambulants de la Grèce. Quelque grossi :jrs que fussent leurs chants et leur déclamation comique, ils obtenaient ce résultat heureux de populariser chez une nation qui ne connaissait que les chants arvales , les vers fesânnins et les Atellanes^ une poésie légère et gracieuse, apportée des rives de TEurotas, des colonnades du Propylée, et infiniment supérieure aux essais villageois des Osques et des Étrusques.
Ce fut surtout dans les villes de la Sicile et de la grande Grèce, à Tarente, à Syracuse, à Parttaènope (Naples), que les artistes ambulants développèrent leur industrie. Ils contribuèrent puissamment à fûre de cette contrée délicieuse un lieu de plaisir et de volupté, que les palais de Tibère, les villas des patriciens allaient rendre tristement célèbre (1).
La corporation des jongleurs et des histrions se trouvait justement à' l'époque de sa plus grande prospé-
d'acteurs, de bateleurs et de courtisanes. Les mêmes persoo* Dages figuraient aux funérailies des patriciens, notamment I celles de César.
(1) Quinze si^cles plus tard, les Français de Charles Vlfl rt de François i" devaient y retrouver les mêmes désordres, les mêmes débauches, car la corruption est aussi lente à s'éteindre qu'elle est prompte à se développer.
rite en Italie, lor«qu[elle pénétra dans la Gaule; et voici dans quelles circonstances : Vers la fin du princi" piat d'Auguste, une bonne fortune inespérée avait singulièrement favorisé les succès des artistes ambulants. Deux acteurs, Bathylle d'Alexandrie, et Pylade de Cilicie, apportèrent à Rome l'art de la pantomime,
I exprimant par le geste toutes les sensations et un and nombre d'idées, les mimes obtenaient cet énorme ^ntage qu'ils s'adressaient principalement aux yeux,
et pouvaient être compris de tous les spectateurs, quelles que fussent leur langue et leur origine (!)•
II était naturel qu'un art qui frappait la vue par les mouvements, voulût aussi parler à l'oreille par les Bons ; les mimes étaient toujours accompagnés par un orchestre, composé de joueurs d'instruments et de chanteurs. Ils mêlaient à leurs gestes des danses trèsexpressives, telles que la cordace, danse comique*, la lemmeline^ danse tragique ; \d,sicinne^ danse satirique, et Y italique, réunion de toutes les trois.
Les pièces des mimes ne brillèrent jamais par leur moralité : nous savons ce que Sénèque pensait des compositions de Syrus ; on put adresser des reproches bien plus graves à celles des successeurs de Bathylle et de Pylade. Ovide lui-même dénonce en termes trèsvifs l'obscénité des plaisanteries et le scandale des
(1) On raconte qu'un Germain ayant assisté chez Mécène à la pantomime d'un baladin, pria son amphitryon de le lui céder, afin, disait-il, de lui faire traduire sa pensée à tous les peuples d : son voisinage, dont la langue lui était inconnue. Les mimes portaient le masque comme les acteurs de U comédie et de la tragédie, avec la seule différence que ce masque avait la l)attche fermée , en signe de mutisme. Ils en changeaient à chaque rôle.
aventures qui composent le principal intérêt de ees pièces ; mais le public applaudissait ce genre de plai* sirs, il payait largement; les mimes n'en demandaient pas davantage.
Cet engouement du peuple romain pour la pantomime contribua puissamment à la prospérité des artistes ambulants. Sous le règne de la tragédie et de la comédie, les baladins ne pouvaient transport» qu'assez diflTicilement leurs tréteaux de village en village; les troupes d'artistes devaient se composer d'un certain nombre d'acteurs, être accompagnées de musiciens, porter à leur suite une foule d'accessoires, parler surtout la langue de leurs auditeurs.
Avec la pantomime il suffit de deux, de trois personnages pour représenter une scène populaire, un incident ridicule, une ruse scandaleuse. Un visage enfariné ou barbouillé de suie, un habit de mille couleurs, un nez crochu, une difformité physique, des gestes burlesques attiraient la foule, provoquaient les éclats de rire et la générosité des spectateurs, qu*ils fussent Grecs ou Romains, qu'ils fussent Gaulois ou Scythes. La simplicité de cette nouvelle exploitation de la curiosité publique, multiplia les Joculatores dans toutes les parties de l'empire avec une effrayante rapidité. L'engouement public était tel que les familles les plus distinguées ne se contentaient pas de les applaudir au théâtre ou dans la rue, elles les appelaient dans leurs palais. Auguste lui-même les prit sous sa protection: il supprima une ancienne loi qui permettait de battre de verges les mimes et les histrions, preuve évidente que ces hommes appartenaient d'abord à la classe des esclaves, pour laquelle ce châtiment ignominieux était réservé. Mais, par un brusque revirement d*opinioD,
les acteurs devenaient à leur tour les victimes de la mobilité du caractère méridional : ils étaient siffles, bafoués, chassés du théâtre, soumis à toutes sortes d'ignominies.
Le législateur essaya de mettre un terme à ces désordres : il fut interdit aux sénateurs d'entrer dans les maisons des mimes, et aux chevaliers de les accompagner dans la rue. On défendit aux histrions de se présenter dans les maisons particulières et de jouer ailleurs que dans les lieux publics. Mais le désordre ne cessa de grandir, en dépit de la loi. Le nombre des mimes alla toujours croissant, et ne fut pas étranger aux progrès de la corruption romaine. Tibère les dénonça en plein sénat, comme l'occasion de toute sorte de tumulte dans les théâtres, et la cause de graves désordres dans les familles. C'étaient eux, disait-il, qui avaient introduit, au sein de la ville la plus civilisée de l'univers, les danses licencieuses inventées par les Osques, Le sénat fut frappé de ces accusations, il rendit un décret qui chassait les histrions de l'Italie.
C'était répandre sur les diverses provinces de l'empire la foule des artistes ambulants que l'Orient avait autrefois versée sur l'Italie. C'était pousser vers l'Espagne, vers la Gaule, un élément de corruption que ces deux provinces avaient peu connu jusqu'alors (1).
(1) Rome et Tltalie ne parvinrent pas à s'en délivrer en
les chassant vers les autres parties du monde Que
peuvent les lois lorsque tous les citoyens sont résolus à les enfreindre? Expulsés par le sénat, les histrions et les baladins furent individuellement rappelés par les habitants de Rome. Peu à peu, cette population audacieuse et nomade rentra sans bruit par tontes les portes de la cité éternelle. I^osant encore se présenter sur les théâtres, elle s'insinua
L'invasion fut rapide , étendue ; on en tronte II preuve dans le grand nombre de chanteurs et de baladins que r histoire nous montre se mêlant à tous les jeux, à tous les divertissements de l'existence provinciale ; ils venaient énergiquement seconder les efforts des empereurs, tendant à romaniser les Gaulois et à leur inoculer les bonnes et les mauvaises qualités de la civilisation impériale. Les villes du sud-est avaient déjà des écoles et des gymnases, des théâtres et des capitoles (1) -, bientôt elles eurent aussi des mimes et des musiciens, des joueuses de.flûte et des danseuses, ornements des bains publics et des temples de Flore. Peu à peu une foule de Gallo-Celtes, captés par ces nombreux agents de séductions, préférèrent les prospérités matérielles à la sauvagerie des forêts ; les belles routes et les aqueducs, les théâtres et les palais aux sentiers boueux et aux rivières sans ponts ; les villes luxueuses, enfin, aux bourgades perchées sur les montagnes. Ils passèrent ainsi de l'époque gauloise à 1 époque gallo-romaine. La Gaule du sud-est ne fut, selon Texpression d'un poëte, qu tme seconde Italie.
Nous parlons de la Gaule du sud-est et non point de celle du nord-ouest ; celle-ci repoussa obstinément les avances des empereurs, et, se retranchant dans si colère druidique , conserva ses mystères terribles et
dans les maisons particulières, à chaque fête nuptiale, àchfr que festin, à chaque réunion do famille : la loi tomba en d^ suétude. Les histrions reprirent i>ossessioD du théâtre, sartai débris de la tragédie et de la comédie, exôcutôes à mort ptf la dépravation du goût.
(1) Notamment Autun, Arles, Toulouse, Vienne, Lyon, Mlaeii Orange, ^arbonne.
holocaustes sanglants. Les Gallois, guides par
irs prêtres, chefs naturels du parti des mécontentSi
réfugièrent dans les vieux bourgs cachés dans les
r^ . perchés sur les monts, principalement dans
e etngne toute hérissée de dolmens et de menhirs.
trouvèrent une sorte de soulagement à se nourrir de
haine du nom romain, et se montrèrent aussi fiers
conserver à leur patrie le surnom de Gaule cheve-
oe, de Gaule portant la braie (1), que les Gallo-
! Ites Tétaient de donner à la leur celui de Gaule
rtant la toge (2).
IHPUISSANCI DB LA CIVILISATION ROMÂIIfB SUR LES PAYSANS GAULOIS, PRINCIPALEMENT DANS L*AQU1TAINE
La Gaule restait donc divisée après la conquête,
ime elle Tétait avant, en deux grandes zones. Il
3 reste même à faire une dernière distinction. La
lie du sud-est, si profondément romanisée, n'a-
t subi cette tranformation que dans les villes et
13 la classe des grands propriétaires. La masse de la
pulation agricole, disséminée dans les bois ou atta-
cnéi à Texploitation du sol, demeurait étrangère à
toutes les innovations et se montrait après Tinvasion
ce qu'elle avait toujours été : une essence indigène,
adhérente au sol , et recevant de lui ses impressions
eomme sa nourriture.
(i) GalUa comata, GaUla bracata.
(3) Gallia togata.
L'histoire tient ordinairement peu de compte de ce dernier élément social; elle confond dans ses syuthèses la populati n dirigeante et la population dirigée ; elle applique les changements survenus dans les idées et les mœurs des classes supérieures à tous les habitants sans distinction. Elle prodigue ces formule» générales^ ces explications faciles : La Gaule adopU les usages et les lois des vainqueurs ; les Gaulois cessèrent de parler leur langue pour employer celk Ja Romains. Les écrivains oublient que les modifications officielles, venues d'en haut, n'atteignent nullement li classe inférieure ; ils devraient se rappeler qu'il en est des tempêtes politiques comme des tempêtes de r Océan ; ces dernières soulèvent les flots, agitent violemment la surface, produisent des naufrages, ébranlent les falaises; les poissons et les coquillages ne jouissent pas moins de la plus grande tranquillité dans leurs retraites inconnues.
M. Ampère a présenté, dans V Histoire romaviê i Borne, des observations fort judicieuses. Il retrouTC l'image des sénateurs de Romulus dans les pâtres qui portent de nos jours le manteau de peau de bête. Cacus était, selon lui, un ancêtre direct des brigands de la Sabine ; il se cachait dans un trou du mont Pftlatin, comme un Fra Diavolo moderne se dérobe dans les grottes de Terracine.... A la considérer de près avec les yeux de la critique sérieuse, et non plus aw les illusions des études classiques, la Rome des rois fut une réunion de villages peuplés de chasseurSi de bergers et de quelques bandits, tels qu'on en trouve encore dans les Apennins. Ces villages ont leurs haines de localité, leur veîidetta^ leurs vols de femmes et de troupeaux; supprimez le gouvernement central, ••
police, les dragons, les impôts, vous trouverez du côté de Castel-Gandolfo et de Forli des Albains et des Sabins en état d'hostilité fort grave; des Romulus et des Rémus s'y tuent chaque jour par ambition et par jalousie. Appliquant à l'histoire de France le même procédé de restauration véridique, enlevons-lui la brillante robe d'apparat que les vieux historiens lui ont imposée, d'après le procédé d'ennoblissement en vogue à leur époque ; remettons-la dans le simple appareil de la femme allégorique sortant du fond d'un puits, alors ce n'est plus dans la Bretagne et l'Armorique seulement que nous rencontrerons de vieux Gaulois, ennemis irréconciliables des Romains et de leur civilisation ; mais dans tous les cantons un peu reculés, au milieu des forêts et des montagnes.... Nous y trouverons des paysans, des pâtres, des chasseurs, fidèles amis du passé, s'obstinant à porter les cheveux longs de la Gallia comata (1) et la braie de la Gallia bracata.
Si nous faisions la description des sièges ^Uxello^ dunum et à'Alesia^ nous pourrions parfaitement représenter les soldats de Vercingétorix, vêtus à peu près comme les paysans modernes de la Limagne et de Saint-Flour, jouant comme eux à la boule entre les combats, dansant la bourrée, ou se donnant des duels à coups de couteau (2).
(1) La longue chevelure est encore la coiffure de la Basse- Bretagne, du Béarn, du pays Basque, et de plusieurs autres provinces.
(2) Les Gaulois de Strabon, ceux du centre surtout, portaient un petit couteau attaché par une courroie de cuir & la poignée de leur sabre. Cet instrument devait ressembler
Ce fut naturellement dans cette classe naïve et grossière que l'esprit primitif conserva ses allures les plus franches, ses hardiesses les plus caractérisées (1). Dion Cassius rapporte comme extraordinaire un Û qui doit paraître fort simple à ceux qui savent teû compte de la nature satirique de l'esprit gaulois. Ci jour que l'excentrique Caligula siégeait sur son tribunal et rendait de ridicules oracles sous le costume de Jupiter, il vit un cordonnier celte s'approcher et fixer
beaucoup à celui que les Auvergnats de nos Jours portent attaché à leur veste avec une courroie faite de la inM matièra
(1) Il existe certaine différence, assurément, entre le eoitume, Thabitation, les habitudes du maire d'Autan de 1861 et ceux d'un chef bribracte, contemporain de César; entre M. le préfet de Clcrmont et Gritogat ; mais il y en a peuc-écre fort peu entre un bûcheron de Thiers et un soldat de Vercingétorix, entre un berger duParlebosc,dansleilADdes,et un défenseur de Sos du temps de Grassus. Les derniers yo* nus croient en Jésus-Ghrist, au lieu de se prosterner < un fétiche ; mais leurs travaux agricoles, leurs outils reisemblent singulièrement ; leurs vaches sont de la mé ;
eux-mêmes vont pieds nus aujourd'hui oomme aiors; portent des vêtements fabriqués avec leur laine ou 1 par le tisserand du village ; leur existence roule sur 1 préoccupations agricoles; leur esprit a les mômes apu es; le loup-garou, les sorcières, bien d'autres superstitions, i causent les mêmes terreurs, et ils ne parlent pas plus aujourd'hui qu'ils n'en parlaient avant Père chré nne.
Il est hors de doute que les paysans trouvent aa la notonie de leurs occupations cette persistance à g les vieilles croyances, les vieux usages. Qui ne saii mot païen est venu de pagani^ paysans, à cause de lo nation de ces dernier à garder les superstitions du théisme. Aussi le poète Ausone donae-t-U aux divj champêtres le nom de paganica numinck
les yeux sur lui avec une surprise qui n^était pas empreinte d* admiration. « Pourquoi me regarder ainsi, et comment me trouves-tu ? n lui demanda Galigula. tt Moi, je te considère comme une grande extravagance, » lui répondit Tétranger. Galigula eut le bon esprit de ne pas se mettre en colère.... Jupiter, dit l'historien, ne daigna pas faire tomber sa foudre sur an misérable artisan. (Liv. LIV, p. 666.)
La phrase est pompeuse et l'explication imagée; mais n'eût-il pas été plus simple de dire que Galigula connaissait la familiarité et la franchise des Gaulois» Le cordonnier ne faisait que mettre en pratique le bon sens frondeur de ses concitoyens; l'empereur accepta bravement la leçon qu'il donnait (1).
Parmi lès points du territoire qui profitèrent le mieux de leur éloignement pour repousser l'influence des idées romaines, nous devons citer particulièrement le triangle compris entre la Garonne, l'Océan et les Pyrénées. Nulle partie de la Gaule ne sut mieux se soustraire à la romanisation impériale, et ne conserva plus intacts le caractère, l'esprit, les dispositions physiques et morales de la vieille Gel tique*..
S^il est un problème nettement résolu par l'histoire, c'est celui q&i présente les Basques comme les des-
(1) Les cours de nos rois, celle des Valois, celle de Henri IV surtout, étaient remplies de gens facétieux, aussi hardis que le cordonnier de Galigula ; ils se permettaient toutes sortes d'observations malignes sur les grands , sur le monarque lui-même ; ils étaient les successeurs directs des fpus du nioyeo ftge, qui avaient remplacé les bardes gaulois, in» vestis, comme le dit M. Amédée Thierry, du privilège « de distribuer à tous le bUUne et l'éloge avec une liberté que leur assurait leur sacerdoce* »
cendants des Ibères de la Péninsule ; nous les avons déjà montrés refoulés peu à peu du sol de l'Espagne par les Phéniciens, les Carthaginois et les Ronaains, et se réfugiant à l'angle nord-ouest, dans les montagnes des Asturies et dans les Pyrénées (1 ) .
L'histoire ethnographique de la Gaule nous offre le même phénomène de refoulement à l'endroit de la population gallo-celte, et c'est à l'angle sud-ouest des Pyrénées, dans les bassins de la Garonne et de l' Adour adossés aux montagnes Gantabres, que ce résultat se produisit : nous l'avons déjà constaté sommairement au début de ce volume. L'Aquitaine avait eu de tous les temps des chances particulières; restée indépendante plus que toute autre province, elle conservait, même à l'époque de César, au milieu de ses landes, de ses collines boisées, la vie pastorale prinaitive. Type complet de la république de cet âge, elle n'obéissait à aucune grande influence aristocratique ou druidique.
Grassus y trouva des tribus, des clans, dont il nous donne les noms ; mais des tribus sans chefs puissants, ou jaloux.... Dans les autres parties de la Gaule, ce furent les ambitions personnelles qui rendirent la guerre acharnée ; en Aquitaine, au contraire, la lutte
(1) Voir notre Histoire des Peuples pyrénéens^ t. I*'. — M. Ampère, dans V Histoire de Rome à Rome, a cru retrouver en Italie des traces nombreuses du passage des Ibères. Il ne serait pas impossible, en effet, que les Basques eussent été la population, ou une des populations primitives qui occupèrent ritalie et la Gaule méridionale; elle aurait été postérieurement remplacée dans le centre de Tltalie par les fitrasqaesi dans le sud par les Grecs, daas la Gaule méridionale par lai Celtes.
fut très-courte : les vaincus de Sos et du Tursari eurent la prudence, toute vasconne, de feindre une soumission qui arrêta les graves conséquences de la conquête, engagea les Romains à s'éloigner, et permit aux Aquitains de retrouver leur première liberté. Ceux-ci, délivrés de la présence des vainqueurs par cette habileté diplomatique, eurent donc l'avantage de conserver intacts leurs habitudes pastorales, la nature de leur esprit, la vivacité de leur enjouement.
Il suffisait que ce coin de la Gaule fût à Tabri des exactions des gouverneurs, et placé sous la protection des sénats indigènes, pour qu'une foule de Celtes du sud-est, dont la fierté ne pouvait supporter l'arbitraire et la corruption des administrateurs romains, se réfugiassent dans ce boulevard de la vieille nationalité. Là, point de villes purement romaines, point d'écoles grecques ou latines; on n'y rencontrait que des bourgades gauloises, telles que Lârjowrrfwm (Rayonne), Benearuum (Lescar), Eliberre (Auch), Lactora (Lectoure). Les seules villes importantes : Lugdunum Convenaruniy Burdigala^ se trouvaient tellement aux • extrémités du triangle, qu'on pouvait les considérer comme en dehors de son territoire. Tolosa^ enfin, appartenait à la province^ et non pas à la Novempopulaiiie.
La domination romaine produisit donc une double émigration : celle des vieux Gaulois druidiques vers les côtes de l'Océan breton ; celle des Celtes, à l'esprit fier et léger, à l'imagination frondeuse, vers les plaines de la Garonne et de l'Adour (1). Joignons à ces
(i) L'histoire d'Ausone, le poète bordelais, en o£fre ;eaiple : son grand-père^ seigneur éduen, avait quitté
deux races les populations des villes du sud-est, complètement façonnées à la civilisation romaine ; la classe nombreuse des paysans et des pâtres, restée partout ce qu'elle était autrefois, et nous aurons le tableau sommaire de l'état social de la Gaule au IV® siècle.
Après le mouvement que nous venons de signaler, on ne sera pas étonné si l'Aquitaine fut, à toutes les époques de notre histoire, un des foyers les plus actifs du vieil esprit gaulois (1) . Bornons-nous ici à constater l'origine de cet état de choses ; nous aurons l'occasion de revenir plus d'une fois dans la suite sur ses conséquences.
'L'Italie présentait quelque chose d'analogue à cette division des races de la Gaule. La Grande-Grèce, y compris Parthénope, ressemblait aux colonies de h Méditerranée également peuplées par des Grecs; le Latium et l'Etrurie rappelaient, par la sévérité de leur génie, la Gaule des Druides. La Cisalpine, enfin, n'était qu'un prolongement de la Celtique (2).
pays et s^ét&it réfugié à Aquœ Tarbellicœ (Dax), au centre de la Novempopulania
(1) R^'marqijons cette coïoeidence singulière! Les Geltet09 réfugient à côté des Ibères, dans la même parCie des Pjrré* nées.... Bien que très-différents d'origne, de langue, de lois, ils se rapprochent néanmoins, et s*unissent par la conformité de leurs intérêts et de leurs destinées; perdant les ans et les autres dans la tempête leur nom primitif, ils prennent une sorte de désignation générique qui leur devient coin* mune : en Espagne ils sont appelés Basques; en France, Bascons, Vascons, Gascons.
(2) A la fin de la Képublique romaine, et même plus tard«U littérature latine conservait la vive empreinte de ces orlglnaf