OT
- Les empereurs ne négligèrent aucun moyen de briser la résistance des Gallo-Bretons et d'étendre sur eux l'assimilation politique et morale qui triomphait 8ur les bords de la Méditerranée. Un sénatus-consulte
différentes. Il était facile de retrouver dans les aptitudes de chaque écrivain le reflet de la race à laquelle il appartenait. Nous ne voudrions pas donner a cet aperçu comparatif des conséquences exagérées; nous ne pouvons cependant résister au désir de nous adresser les questions suivantes :
Si Ton nous demandait quels sont les génies les plus sévères, les plus altiers et les plus acerbes, ceux à qui la grâce et rharmonie sont les moins familières, n'aurions nous pas le droit de répondre, c'est Tacite, Silius Italiens, Perse, Plante lui-même ? Or, tous ces hommes appartiennent par leur naissance à Tltalie centrale. Tacite était né dans TOmbrie, à Interamne; Plante dans la même province; Perse reçut le jour à Valterre; Silius Itstlicus à Rome. (Nous pourrions ajouter à cette liste des auteurs romains les plus caractérisés: Suétone, si Ton connaissait le lieu où il a reçu le jour ; Lucain, Sénèque et Martial, s'ils n'étaient tous les trois nés en Espagne).
Quand on cherche le génie le plus délicat, le plus sympathique, le génie le plus grec, en un mot, peut-on hésiter à nommer Horace ? Eh bien i Horace était né à Venosa dans la Grande-firèce, et, cédant à une sorte d'instinct de race. Il avait été faire ses études & Athènes.
Il resterait encore & se demander quels furent les poètes et les littérateurs qui joignirent au plus haut degré Télégance à la clarté, l'esprit d'investigation à la délicatesse des sentiments, la logique de la conception à la justesse des images, 16 bon sens pratique, enfin, à une douce et bienveillante gaieté. Dans cette recherche, ne désignerait-on pas Pline et Tite- Live, Catulle, Virgile surtout ?Orv ces écrivains célèbres forment la couronne littéraire de la Gaule cisalpine : Pline était né à Côme, Tite-Live à Padoue, Catulle à Vérone, Virgile à Mantoue. Ces illustras Gaulois d'Italie firent briller, quinze siècles avant les premiers bégaiements de la langue française, les
de Claude conféra à la Gaule chevelue elle-même le droit de fournir des membres au sénat (1) ; et comme les Armoriques s'obstinaient à repousser cette faveur, Claude employa une fermeté toute romaine, procédant par le fer et par le feu, à dompter cette résistance. Les légions pénétrèrent dans la Bretagne, et jusque dans le sanctuaire de Mona : les Druides furent égorgés, les prêtresses livrées à la violence des soldats sur les ruines des dolmens brisés, sur les cendres des forêts profanées. Mais le* massacre et l'incendie, loin de dompter les âmes énergiques, ne servent d'ordinaire qu'à rendre plus vivace leur opiniâtreté, L* Armorique garda ses regrets et ses haines ; les Gallois pur sang rugirent de fureur et considérèrent la gaieté des Gallo-Romains comme un outrage à l'oppression de la patrie commune. Ils n'eurent qu'un genre de poésie : l'oraison funèbre et l'imprécation.
M. de la Villemarqué voit dans la prédiction de Gwenclhan, que les paysans bretons chantent encore une ode bardique de cette époque 5 on y trouve retra-
qualités fondamentales que le xvu« et le xtiu* siècle devaient adopter pour code littéraire.
Un homme reste en dehors de cette classificatiOD ; il est vrai qu'il est 1g plus puissant, le plus universel de tous ': Gicéron, né à Arpinum , entre Rome et Naples, joig^nit It délicatesse et la faconde des Grecs à la profondeur et à la force du caractère romain; il n'était pas un g^nie natiooil, mais un génie humanitaire.
(1) Les Eduens se hâtèrent de profiter de cet avantage...** Les Vénètes et les Insubres avaient les premiers obtenu cette faveur. Les derniers Césars étendirent ce bénéfice à la Gaule entière, pour se faire des créatures qu*ils opposeraient aux vieux Italiens entachés de répuhiicanisine. (Voir Tacite, AnnaL, L XI, c. xxni).
cées, avec une rare énergie, les luttes de la civilisation gallo-bretonne touchant à sa fin, mais encore fière et vivace.
Le barde, vieux et aveugle comme Homère, s'abanbonne à toute Tamertume de ses souvenirs :
« Quand le soleil se couche, quand la mer s'enfle, je chante sur le seuil de ma porte.
« Quand j'étais jeune, je chantais; devenu vieux, je chante encore.
<( Je chante la nuit, je chante le jour; et je suis chagrin, cependant.
« Je vois Je sanglier qui sort du bois ;
n II boite, il est blessé ;
« Sa gueule béante est pleine de sang;
u Son crin est blanchi par Tâge ;
« Il est entouré de ses petits qui grognent de faim.
« Je vois le cheval de mer venir à sa rencontre et faire trembler le rivage d'épouvante ;
« Il est aussi blanc que la neige brillante ; il porte au front des cornes d'argent.
« L'eau bouillonne sous lui au feu du tonnerre de ses naseaux.
« Tiens bon ! tiens bon ! cheval de mer ! frappe-le à la tête, frappe fort, frappe !
u Ses pieds nus glissent dans le sang. Plus fort encore, frappe donc plus fort encore !
« Je vois le sang lui monter jusqu'aux genoux ; je vois le sang comme une mare.
« Plus fort encore, frappe donc plus fort encore I tu te reposeras demain....
« Comme j'étais doucement endormi dans la froide tombe, j'entendis l'aigle appeler au milieu de la nuit.