ORIGINE ET CIVILISATION DES FRANCS D*APRÈ8 LES EDDA
La mythologie Scandinave porte une empreinte proie de celle des Indous. Sa théogonie renferme le 1 me caractère d'extravagance. Le serpent, naturellent inconnu dans les pays du nord, y joue le rôle important qu'il a dans les avatars de Vichnou. Il est indispensable de donner quelques citations pour faire comprendre les aberrations insensées, les doctrines sauvages qui servaient de formules à la théorie du I uvement dans la matière, à celle de la vie dans
Le roi Gilfe,\e voyageur, très-désireux de connaître l'origine du monde etcelle des Ases ou des dieux^ est instruit à fond sur cette matière par un roi savant appelé Har ; il apprend que les glaces polaires viennent du courant empoisonné des fleuves, et que la neige^ produite parle venin de leurs eaux, s'amoncelle dans le gouffre brûlant de Ginnung (le soupirail de quelque volcan sans doute).
Ses émanations attaquent les glaces, les fondent et les transforment en gouttes d'eau ; la chaleur donne k vie à ces gouttes qui forment uh géant appelé Ynier, oujErgeimêr. Le nouveau-né s'endort, il entre eti sueur: un homme et une femme poussent sous son bras gauche et un fils sort de ses deux pieds; de ce fils descend la race des géants , Hnmthursars, A peine Ymer^ le premier homme, est-il créé, que la vache Odhumla s'avance sur le sol dégagé de la glace, et vient lui offrir ses mamelles d'où sortent quatre ri-'
vières de lait. Ce n'est pas tout, cette vache se nourrit du lichen répandu sur les pierres couvertes de givre; à force de lécher le rocher, elle en fait sortir des cheveux, sous les cheveux paraît une tête humaine, puis un homme tout entier : il se nomme Bure (1). Son fils Bœrr^ épouse Betsla^ ùlïed\igéQ,niBaelthorn; l'homme et la géante donnent la.vie au maître de l'univers, Odin, et à deux autres fils, Vite et Ve.
Le premier soin des fils de Bœrr est de tuer le géant Yme9'; le sang qui coule de sa blessure forme un fleuve si abondant que toute la race de Hrimthursars s'y noie ; quant au cadavre d^Vmer^ les trois dieux le portent dans l'abîme chaud de Ginnung ; son sang devient la mer et les lacs, sa chair forme la terre, ses os produisent les montagnes, ses dents les rochers; puis les fils de Bœrr ayant élevé le crâne d'Fmer au-dessus de leur tête/en forment le firmament.
La terre étant faite, les géants détruits, les dieux transformèrent deux arbres en hommes ; ils devinrent la souche de la race humaine : les vers qui dévoraient le cadavre à'Ymer produisirent la race des nains.
La science astronomique des Ëddas est digne de cette étrange genèse :
Le soleil et la lune sont deux chevaux montés par Natt et par Hrimfaxe^ et savez-vous pourquoi ils courent si vite? C'est que deux loups les poursuivent, prêts à les dévorer s'ils les atteignent : ce-s deux loups.
(t) N*est-il pas curieux de retrouver le mot Buru dans la langue basque avec la signification de sommet Les Scandl* naves et les Basques Tauraient-ils apportés de Tlnde, leur patrie commune ?
Skœll et Hate^ sont fils d'une géante quia donné naissance à une foule de géants quadrupèdes. Ajoutons, d'après la prédietion de Wola, que Hate^ grassement nourri de la vie des mourants^ finira par atteindre la lune et aspergera le ciel et la terre d'une pluie de sang.
La manière de créer des continents, de retirer la terre du sein des mers ou de l'y plonger, n'est pas moins originale :
Le roi Gilfe ayant fait la rencontre d'une voyageuse appelée Gefion^ voulut lui donner un témoignage de sa bienveillance , il lui céda toute l'étendue de terre qu'elle pourrait labourer dans son royaume avec quatre bœufs, dans l'espace de vingt-quatre heures; Gefion attelle quatre fils qu'elle avait eus d'un géant et qui n'étaient autres que de vigoureux taureaux ; elle laboure si profondément le sol, qu'elle l'entraîne dans la mer où il forme la Zélande , tandis que le lac Mêler remplace le terrain enlevé.
A la création de la matière succède celle du monde intelligent.
L'arbre Vggdrasei (espèce de rejeton de celui du Paradis terrestre), dresse une de ses racines jusqu'au ciel ; Vaigle delà science vit dans son feuillage (1), l'épervier Fœrfer/œ/rfer se lient entre ses yeux, l'écureuil Ratatoesh monte et descend le long de l'arbre et cherche à soulever la discorde être l'aigle et Nidhœgg qui ronge une des racines. Quatre cerfs circulent autour du tronc, ainsi qu'une foule de serpents.
(1) Cet aigle n'a aucun rapport avec le géant Hrœsvelg, l'avaleur de cadavres, qui avait pris la formo de cet oiseau. (Eddas, p. 75.)
L'drlgitie de la {)Désle est bien cligne de te singttUer pet'(6holi' des qualités intelligente^; Les dieux éuûenten guëfrë àvèc les Vanes; les deui parties font la paix à l'aidé d'une opération étrange : elles crachent dans un èuvier ) ce mélange de âalive foi'nie un homme appelé Gvaser^ espèce de personnification de la science. Ova- 5fr voyagea beaucoup pour instruire lès humains } un jour (|u'll logeait chez les nalni Bjalar et Oaldr il est égorgé par eux : son sang remplit deut ctiviers et une tnarNite. Les nains mêlent ce àang dveb du iniel et 6om^oMfnt un hydromel délicieux qui dmne à toi» cent qui en boirent , les dons de eeience et dé podsie (1). Malgré I4 folle de ces tonèep tiens ^ Tétudei lA sagesse ne sent jpad moins estimées au plus haut |irix dans lèë Eddfts ( « La vie ^ disent les pêëmeà ffOdin, à des (ihai'ÉQes 6llftifculiers pour les hommes qdi saveol bëàtftioiip de âipses et qui les savent eontëdftlileitiênt »
Là niyth{)ldgie Scandinave, mêle d'autres éléments, a ces conceptions colossales et eitràvagantM origlnaii'es de l'jinde t tels que l'horrible, la frénôdié de la destruction et du carnage. Nous avons dé}à ta des tee^s de sutig, des fleuves de poison^ des Vers â& eadatres transforinés en nains : voici qiii é9t pins hidetit encore et qui semble réserter à Ift ci'éAtlOfii etftiëre des âé^stres sans fin. Tkor, le dieu de k tICJeiMSè M delà guerre, est armé du marteau Mjœllnèfi av66 lequel il à àssoÈttmé des milliei'éi de géants des tttMititgnes; H
(1) Comparons cette fable, aussi grossière que ridicule, avec les gracieuses fictions groupées autour d*ApoUon et dei muses ^ecques dont rinfltience léguait alors dans teGÉÉle, nous comprendrons la distance infinie qdi séparait ritt ifU lii tion des hommes du nord de celle des hommes du ifeMb
Be peut empoigBef cette arme terrible qu'à Vfiide de eitfi gantelets de ier ; le mntupm de la fen^cê, serré ai|^ tour de ses reins, double ^a vigueur ; aussi es|ril 1^ dieu des e)rploits, des aventures par excelleppa; huMf le dieu du malt U dAti^aeteur den dtewr, eet fils du géaQt Fftrbwte^ etde Nah; ses enfants, sont le loup Fm^^
ris^ le serpent Jordmungand et Bell, la Mort. Les eort beaui, mangmêf» d§ eacfenires, «ont lei fueesagers i'Odm. Le meryeitlepx navire N^gêlfure est eienstruît avec des ongles d'hommes qiQrt9, Odin, ennemi juré
lie liQlLe, et jaloux de délivrer la terre de «ee terribles enfants, a saisii le serpent jQrdmungéênii et Ta plong* 4ane la mer ; mais loin de e'y noyer, le repUle s'y est dévelpppâ si démesurénoent, qu'il estpj^rvenu h faire I9 tour du globe, si bien que %^ t^te est venu rfijoindre ea queue. Quant h aa sour, k Aferf, Odin )*a pr^ipitée dans le Niflhem^ neuvième monde inférieur, Qi\ elle oocupe un immeese empire ; elle a pour éeueUe , la Disette, pour eouteau, la Faim ; la porte de son palaia se nomme fiiége perfide, son lit, lit Phthim^ sesrideaui sont les Chagrins dévorants; son corps a les teintes du cadavre ; il est moitié bleu, moitié couleur de chair.
Quant au loup Fenris, autre fila de Loke, Odin, secondé par les dieux, est parvenu à Tenchalner après des efforts inoqïs; le pionstre captif hur}e d'une manière pCfray^n^g ; Véc.ume de pa bouçbfî forpaç ^
fleuve Vçm. Si les diep^ Tant garrotté au \m de le tuw, c'est que son sang aurait souillé leur séjour eé« leste.
JordTfjfiungiand n*p8t pas le sevil reptile inoflstrvipijiç
de la mythologie scanainave. \ViJa-|^a8ftYante apejç^
çaît un jour, sur le rivage des morts, et loin du soleil, une forteresse dans laquelle des gouttes de vmin m^
traient par les lucarnes : elle était construite arec des épines dorsales de serpents. Dans l'intérieur, Nidhœgg y suçait les cadavres que le loup Fenris avait déchirés (1) .
Quelles horribles conceptions ! L'imagination humaine en a-t-elle jamais engendré de plus épouvantables ?
Le peuple qui se fit cette théogonie violente et hideuse ne devait respirer que la fureur, la passion des combats et du carnage (2).
Dans le Walhall à* Odin^ en effet, les Einharjars ou Bienheureux, passent leur vie as' enivrer età sebattre. ((Tousles jours ils s'arment, se rendent dans la lice pour se défier , puis reviennent faire la paix autour des tables. » Sur la terre, les guerriers, voulant avoir un avant goût des voluptés célestes, tombent dans des accès de frénésie belliqueuse, et deviennent berserker; ils se jettent avec ivresse au milieu du carnage, savourent les blessures comme les caresses du dieu Mjœll' ner^ et meurent dans une sorte d'extase sanguinaire.
(1) Scade, dans le festin d*^ger^ menace Loke de le faire enchainer par les dieux sur des rochers aigus avec les intestins de ses fils ; la punition s*exécute littéralement Scade complète le supplice en suspendant au-dessus du visage de Loke, un serpent qui fait suinter son venin sur le dieu. Ce poison lui imprime des commotions si violentes, que la terre tout entière en est ébranlée.
{'}) A peine consacraient-ils quelques divinités moins cruelles au développement de sentiments plus doux ; /Viyo, était la déesse des amants; la chèvre Hcjdrun, versait par ses mamelles des flots d'hydromel pour le breuvage des habitants du Walhall; les Walkiries étaient des fées bienveillantes qui protégaient les héros et leur assuraient la victoire.
Si les Scandinaves apportèrent du pays des Indous les principales extravagances de leur mythologie (1), nous pensons que les instincts de haine et d'atrocité qui souillent ces visions, furent une introduction toute septentrionale, une conséquence des misères, des douleurs que la latitude des mers glaciales causait à ces populations venues de contrées plus fertiles et plus hospitalières (2).
Les climats ont une influence incontestable sur le caractère et sur les mœurs des peuples. Dans les zones tempérées, comme l'Inde, F Asie-Mineure, même la Provence et l'Aquitaine, la pureté du ciel, permettant au regard de s'étendre à de grandes distances, habitue l'intelligence à concevoir des idées vastes et bienveillantes : la tiédeur des nuits porte l'homme à des rêve-
(1) Notamment le mythe de l'arbre Yggdrasel et celui du serpent Jordmungand*
(2) La mythologie Scandinave conserve des souvenirs évidents d'une contrée primitive, plus fortunée, plus chaude : les Eddas placent d'un côté le pays des glaces, de l'autre, une région s! brûlante, que les étrangers ne peuvent y vivra
Le chant diffamatoire de Loke, au festin d'^ger, porte des traces de traditions orientales d'une nature toute différente: le dieu du mal commence par dire au convive Njoerd : « que l'Orient l'a donné aux dieux pour otage. «Puis, s'abandonnant aux plus grossières invectives, il accuse les autres de se livrer à toutes sortes d'habitudes asiatiques ; il reproche à Gefion, « son amour pour un jeune homme qui lui donna des colliers et reposa dans ses bras ; à Scade, de l'avoir appelé dans son lit. »> (Edda, p. 187 et suiv.)
On trouve, enfin, dans TEdda, un assez grand nombre de passages, où l'amour prend une teinte voluptueu:?e, un sentiment délicat diamétralement opposé aux passions brutales retracées dans les annales des Scandinaves et des Francs.
ries, pleîp^s de charme; la facilité de l'existence présente )^ nature isoi)S un aspect s^ttrayant à celu^ qui jouit ^e ces biens et Thi^itue à adorer le Créa, teyr dg cette harmonie upiverselle. De là^ ces dispositions h 1^ gaieté, fille ^es doii^ Joisirs ; à la bonté, a la générosité, que nous ^vpns ren^arqqées chez les Grecs et chez les Celtes (1).
A ];nesure que la face liqpit&îPÇ est r^fpulée ver^ le Nordi £iu contraire, la riguevir des iptempéfies, la longueur des hivers et des nuits, l'ép^ip^ur dfis forêts [î\ , exposent l'homme à des privations de tP.ute^ sprtes. La mortalité du bétail, lui epleya^t sç^ prii^cipf(l^ re?-
(i) Les Romains, les Carthaginois, pourrait-on objecter, bien qu'établis dans des contrées plus fertiles, dans des cil* mat9 plus dqux que la Prove^Qe et rAQuJtftinQi ei^rent cependant des caractères tout opposés à celui ^çs (^fiUô-Ceites: il3 furent sévères, avares, ambitieux^ cruèlfli^ ^f» eqtrailiet.... Sans (loute; mais nou$ répondrons qi^'il (^'est pas ^e ffiçKKMitions primitives que les lofs et rpfgi^pis^tipq sp.^ai9 09 puissent modifier. Le climat exerce sof) inf(ueqçQ çur \^ peuples primitifs, dans Pétat sauvage ou barbare; m^i ^ cette action première suççèdç! cell^ ^^ loi^i çtie| les peuple^ civilisés, ce^ Ipi? peuvent respeçfçr^ dàvelppper lean aptitude^ originelles, ou ie« cpntcarifjf ^\ \e^ç aoqqef an cours tout différent
(2) Les Çddas décrivent des paysages du pim sombre e^ dn plus terrible caractère : ainsi, le voyageur f[^i^çi cheviipche pendant neuf jours et neuf nutts Sftns pouvoir so^f de yalléei profondes et ténébreuses : ce n'est qq'au }^\\i de ce t^pi qu'il retrouve la lumière prè9 de la rivièro GjalL.,, Mais, hélas! le pont jeté sur cette rivière ne sert nn'aif plissage de cadavres. La Scoldmœer^ ou vierge au bouclief, qui g^rde le pont, est fort surpris^ de voir un vivant a^Jf prôafsqtêr; ^ raconte qvQ Qinq Uqdes de morts gnt passé Ij T^jUé 99 1^' dant au royaume de ffelL (Eddas, Voyage de âilfe.)
sourdes aiimentairea, oécasienDe âesftoiiiiesépeuyAi)- Ubles. Quand il soufiVe la faim et qu'il voit lespeupWa voisins plus heureux , il cède à ]a jalousie, à Tenvie, ^ la passion du vol et du meurtre ; il se fait des dieux terribles pour justifier ses fureurs i dea dieux qui haïssent les humains comme il les bait lui-même^ quà aiment à se repaître de leur sang oomme il 9st heureux ëe le verser. La gaieté sémillante, la bonléi des Galle- Celtes et des Orées étaient, en grande partie, une question de douce température, de clair soleil, de vie facile. La jalousie, la soif de rapine et de sang qui Pég^aieat chez les Scandinaves, étaient des conséquences de la neige, des vents glacés, de la stérilité du sol.
Les Ëddas consacrent plus d'un passade à cette ia<fluence du froid et des disettes. Certaines prophétie nous révèlent les famines épouvantables, les mlsènpi qui décimaient ces malheureuses populations. « Les frères combattront contre leurs frères, disait la prophétesse Wola ; les neveux et les nièces oublieront I43 liens du sang. Il y aura un ftge de hache, un âge de glaive : les boucliers seront fendus 1 il y aura un âge de tempête, un âge de meurtre, avant que le monde ne fmisse. » Nous voyons ailleurs que « Svasâd était le père de l'été; ççlul de {^hlvér s^appelajt Vindone onWindsval : il ét^U fils dû Svq^4i ^^ 4ÇSc^ndants furent cru^ ^t fraick 4e ççftw^^l^^W ^ ^^^ êaractère. »
D'après ^ar^ c'est par une suite d'hivers rimureux que doit arriver ]a fin ^t^ n^onde : « H y ^ura a abqrd up hiver appelé /âver 4^ fimbi^i : 1^ n^jge ^qiphef a dans toutes les directions ) une gelée trèa*rigoureiise et des vents piquants feront disparaître la chaleur du soleil. Cet hiver se composera de trois saisons pareilles,
qui se succéderont sans été. Il y aura trois hivers, durant lesquels le monde entier sera livré à la guerre (1). » (Eddas, p. 82.)
Cette action du climat sur l'homme produisit deui sortes d'expéditions de guerre. Les Gaulois, qui n'étaient troublés dans leur patrie, ni par la famine, ni par la rigueur du ciel, avaient parcouru l'ancien monde, depuis Rome jusqu'à la Macédoine, cédant au désir de courir, de satisfaire leur curiosité, de se procurer des aventures, bien plus qu'à celui de faire des conquêtes (2).
Les Scandinaves, au contraire, poussés par le manque de vivres et les intempéries, s'avançaient vers le Sud afin de se procurer les pâturages, le brillant soleil qu'ils n'avaient pas, le vin qu'ils connaissaient i peine, les riches vêtements qu'ils avaient aperçus chex quelques Romains.
Dirigés par cette passion du larcin et des jouissances physiques, ils ne courent pas étourdiment au comtMt en chantant, comme les Gallo-Celtes, ils ne s'amusent pas à provoquer l'ennemi en duel en se moquant de
(1) Voilà la véritable cause des én^igrations des peuples do Nord, et non pas les prétendues inondations de TOcéan racontées par les historiens de la Grèce et de Rome.
(2) Le coq vigilant, qui dort un œil ouvert, porte la tèto haute, bat des ailes, pousse des cris retentissants ; le coq qd a le regard perçant de l'aigle, mais qui o^en a ni les griffei^ ni le bec, sied à merveille sur les étendards des Gauloifc L'alouette au vol rapide, inoffensive, toujours Joyeuse, toujours chantant, n'était pas moins bien placée sur renseigM de Tune de leurs légions. Ces deux oiseaux étaient aussi bitf appropriés à ce peuple que la louve rapace Tétait aux enfaoti de Romulus.
lui ; ils marchent avec la frénésie sanguinaire du Berserker^ et Ton frémit en songeant aux résultats de la lutte qui se prépare.... Ces hommes de sang, ivres de destruction et de carnage, vont traverser le Rhin en invoquant le dieu du mal et sa fille, la déesse de la mort : la population gauloise disparaîtra dans la pluie de sang, dans la mer de carnage, annoncées par les prophéties des Eddas. N'est-ce pas à ce cataclysme que s'appliquera cet affreux tableau de la fin du monde que Har fait au roi Gilfe?
. (c Le loup Skœll avalera le soleil ; les montagnes crouleront. Le loup Fenris brisera sa chaîne et se répandra sur le monde : sa gueule touchera de la mâchoire supérieure au ciel, de Tinférieure à la terre ; il lÉuicera des flammes par les yeux et par les narines. Les géants Hrimthursars se réveilleront. Si Thor parvient à tuer le serpent, il mourra lui-même empoisonné er le venin du reptile. Le loup Fenris^ enfin, avalera Dieu des dieux. Siirtur lancera des flammes sur le
monde et le réduira en cendres. L'Océan ne sera pas plus épargné que la terre. Le serpent Midgord^ saisi Ae la rage des géants, se jettera sur le continent, et répandra tant de poison qu'il en infectera l'atmosphère 6t les mers. »
Calmons ces craintes exagérées.... Non, tel ne sera
pas le cataclysme déchaîné par les Francs sur la Gaule.
A côté de ces passions ravageuses et sanguinaires, ils
èdent, comme contre- poids, deux éléments plus
^iriiisateurs : d'abord de nombreux troupeaux, base de
r subsistance, qui les rapprochent des Germains ;
is des préceptes de prudence et de sagesse qu'ils
t probablement apportés de leur première patrie. es deux fondements de la société franque sont consi-
gnés dans les Edd^ eux-mêmes ; il q'est pas ini)tlle dç les y recueillir.
Afin de mieux faire ressortir la grandeur de l'état pastoral, la mythologie n^ttacl^e la création des dieqxà son origine. Nous avons vu Qdin et sa race naître de ficerr^ fils de Bure^ lequel était qé sous I4 langue 46 la vache OdAumlât l^haqt les pierres.... Cent autres passages des EddaQ donnent au bœuf ao rôle considérable, et prouvent ain^i que le produif des troupeaux fut la principale soprce de 1^ nourriture, da vêtement, de 1^^ richesse dçs pei;ples du Nord. Quant
(1) Lprsquo Thor veuf pêcher, il tropye (lei IxBiift, f| prend up, lui coupe la tète et la place à ao^ hameçon. -^ Odin, Loké et Hcmer, étant en voyage et noyant rien à vaagfer, finissent par apercevoir un grand troupeau de famfe dans une vallée; ils eu attaquent un et; le font ci)if(i,r-pdim pendant un 4q ses voyages t fepcoptre peuf ^^laves ^ fauchent, non pas (}u blé, mais de l'iierbe pour li^ nourfitun des animaux. (Eddas, Entretiens de Brage.)
« Les bestiaux connaissent le moment oA 1)8 doivent kdIni à l^étable^ et ils quittent le p&turage« dit le CAaivI «otouid mtique. -r- Un homme dôraisonoiible pp piet pqi^t d« )ki^ à sa voracité, il vaut mieux vivre que mourir d^na aqq ï\ car celui qui vit pourra acheter une vache. — Le m^ic^ peut conduire les troupeaux au p&turage. — Tes parenti, ttt bestiaux mourront, tu mourras toi-même; naia la mémaifff des liommes de bien ne périra pas (t6i4) «r 9 1<0 pptai 4il Pfil Allvis parle d'hydromel oiTert dans ù^ cqupea f^m^ (^ cornes de bœufs. — Dans les festins Scandinaves, oq pe fsf! servir que des bœufs, des taureaux. — Dans le poénie d*QF* mer, le géant tue trois taureaux et les fait cuire poar la 1^ cevoir. — Thor se rend dans la forêt et y prend nn UoMS^ noir, r- Dans Un Rechercfie du inarteq\i^ 1^ poète ||iemi« A. bœufs nqjrs, d^s troupeaux ^ cornes d'or, ^ prpiMiuuitdUJ la cour du géant . . -rpn
flut préoeples de sagesse, base de leur législation, ils forment deux classes : les préceptes morauxi utiles k tout le monde^ et les conseils de prudeoce, prolitàbles surtout à celui qui les pratique. Ces leçons, données sous torme de proverbe, passent en reiruè les lîreonstances les plus délicates de la. vie, et font #9nnaltre assez exactement l'état social des âcandî*-
iMiYefiu '-T^—
Wola-la-Savante plat^ dans la forteresse du m4
\%8 ^rjures, les assassinsT, ^eijx qui séduisent les
ss d* autrui.. i. » Dans les Poëmtn cHàdin^ le Scalde
hommage k celui qui donne : « L'homme qui
ive les genoux gelés, dit- il, a besoin de feu; celui
i a franchi les roontàgnesi de vôtemenis et de
iture. »;••«#»• « La bière forte n'est pas aussi sa-
ire qu'on le pense i plus on en boit, moins on se
dt. »
« Le sage comprend l'utilité de la circonspection et
)ilence« ainsi que les inconvénients de demander
I souvent ou trop longtemps l'hospitalité au môme
Il sait que la ruse est dans le sein des
38| et qu'il ne faut pas plus compter sur leur
lie que sur la direction des vents, sur la diseuse de
ne aventure ou sur le repentir de la pécheresse. •••
t :é de paix avec les fenuaes n'est pas plus solide
sourse sur une glace sans épaisseuTa n Le vieil-
I 3ille « de ne vanter là journée que le 8oir« la
le lorsqu'elle aura été brûlée, le glaive qu'a-
dir éprouvé^ la vierge qu'après son mariage, la
qu'après avoir passé dessus^ la bière qu'après
I avoir bue. »
k La plus mauvaise des maladies de rhomme, c'est ée m 89 eontenler de rien. — Richeese ou jpauvreté ne
prouvent pas la sagesse. — Le fils des hommes doit excuser les défauts d' autrui. »
« Ne ris jamais d'un orateur à cheveux gris, dit Lodfafner. — Ne bafoue jamais l'étranger ; tu ne sais pas qui il est. — Sois bon envers les pauvres, h
Le Discours runique couronne dîgneaient ce traité de philosophie pratique, en disant : « Mieux vaut ne pas faire d'expéditions que deçomr»^**r>^-*<\f* Af^ ravages. » y^^'^
Nous serions entr^**^l^î®o 'oî^^ si nous voulions rapporter les cent douze préceptes du Chant solennel antiqvt^', les trente-six du Chant de Lodfafner, les vingt-sept du Discours runique^ et les nombreux adages disséminés dans les autres parties des Eddas. Nous en avons cité suffisamment pour reconnaître les indices de l'origine orientale de la sagesse Scandinave. On sent, après cette lecture, que la peuplade qui avait transporté les traditions du centre de l'Asie sur les bords de la Baltique, avait dû singulièrement souffrir du froid, des privations, de la misère, pour produire ces bandes de Berserkers et de pirates qui effrayèrent l'Europe, du cinquième au neuvième siècle, et imposer à leur mythologie primitive le caractère sanguinaire et hideux que nous venons de constater.
Cependant ce peuple dégénéré avait quelques sou venirs d'une patrie plus heureuse, de mœurs pis hospitalières et plus douces; il les conservait dans quelques Eddas, dans les chants de quelques Scaldes: il les récitait encore, mais sans les comprendre. La\ie réelle était emportée dans le tourbillon sanglant des expéditions guerrières et maritimes.
Les Francs, placés à l'extrémité sud de la Scandinavie, nous apparaissent donc à leur arrivée sur b
rive gauche du Rhin, comme des hommes dominés par la religion sanguinaire d*Odin, de Thor, et de Loke, L'odeur du sang leur est aussi douce qu'aux Berserkers et aux Einharjars, la soif de la bière et du vin aussi funeste qu'à ce dieu Loke, auquel l'ivresse a dicté les outrages du festin d^Œ^^er; mais ils sont en possession de deux éléments de civilisation qui atténueront la violence du êhoc : les habitudes pastorales et quelques préceptes traditionnels de sagesse et de prudence* Nous voilà, par conséquent, amenés à considérer l'in- .yasion franque sous un double aspect : celui du caractère germain, celui du caractère Scandinave, réunis dans le même peuple.