LES BELGES ET LES AQUITAINS
L'auteur des Commentaires a placé cette phrase fondamentale en tête de son livre :
G allia est omnis divisa in partes très, quarum unam incolunt Belgœ^ aliam Aquitani^ tertiam, quiipsorum lingua Celtœ, nostra Galli appellantur. Hiomnes lingua, institutis, legibus inter se differunt. Gallos ah Aquitanis Garumna flumeriy a Belgis Matrona et Se* qimna dividit.
César nous met donc en présence d'un vaste territoire divisé en trois parties : la Belgique, l'Aquitaine et la Gaule ; chacune de ces régions a sa langue particulière.
Nous dirons peu de choses de la Belgique. Ses li^ mites sont parfaitement connues; elle s'étendait entre la Marne, la Seine, l'Océan et le Rhin ; pour ce qui concerne sa langue, nous nous contenterons de faire observer que le breton et le gaélique ont laissé peu de traces dans cette région ; le belge devait être, par conséquent , tout à fait étranger à ces dialectes gaulois) car ce n'est pas sous l'invasion latine que le belge
primitif put disparaître. La civilisation romaine n'avait pénétré que très-imparfaitement entre la Seine et le Rhin; peut-être trouverait-on des indications précieuses dans le patois wallon et le flamand. Nous nous bornons à cette observation, laissant aux érudits de Gand et de Bruxelles le soin de jeter sur la langue de leur pays une lumière dont nous ne pouvons qu'entrevoir la lueur.
Les limites de l'Aquitaine, la nature de l'idiome qu'on y parlait, seront l'occasion d'investigations plus développées.
L'Aquitaine est la province des Gaules que César connaît le moins et qu'il définit le plus incomplètement. 11 commence par dire qu'elle est séparée de la Gaule par la Garonne : Gallos^ ab Aquitanis Garumna flumen... dividit ; plus tard il ajoute qu elle est « bornée par la Garonne, les Pyrénées et la partie de l'Océan qui baigne les côtes d'Espagne. » Le triangle ainsi limité, et qui devint dans la suite la Novempopulanie^ forme à peine la vingtième partie de la Gaule, et cependant César ajoute que l'Aquitaine en représente le tiers, soit par son étendue, soit par sa population (1).
Evidemment César avait oublié sa première délimi* tation, 0U9 pour mieux dire, la reconnaissant erronée, il considérait l'Aquitaine comme se prolongeant au nord, bien au delà de la Garonne, et atteignant la Lyonnaise, conformément aux limites qu*elle reçut officiellement du temps d'Auguste.
Il résulte de cette contradiction qu'il y a deux Aqui-
(1) Crassus quum in Aquitaniam pervernùset, quœ pars, ut ante dictum est, et regionum latitudine, et muUitudine hominum ex tertia parte Galliœest œstimanda*,, (Liv. III, ch« xx.)
taines pour César, Tune qui s'arrête à la Garonne : c'est celle qui diffère du reste de la Gaule par sa langue et par ses lois; l'autre qui pénètre jusqu'à la Loire : celle-ci forme bien le tiers de la Gaule, mais dépend en partie de la Celtique proprement dite (1).
Les Aquitains parlaient une langue différente de celle des Celtes^ nous dit César; pour savoir quel était l'idiome des Aquitains, il faut chercher l'origine de ce peuple.
Selon Pline (2), les Aquitains n'étaient autres que les Armoriques. « Toute la Gaule à laquelle on a donné le nom de chevelue^ dit-il, comprend trois peuples différents : la Belgique s'étend de l'Escaut à la Seine ; le pays qui vient ensuite entre la Seine et la Garonne est la Celtique, à laquelle on donne aussi le nom de
(1) Nous ne sommes pas les premiers à le dire : les Commentaires sont loin d'être une œuvre complète et bien étudiée : « Le texte, dit le général d'Allonville (DisseiHation sur les camps romains)^ n'est, en général, point assez développé pour qu'il ne soit pas facile d'établir des hypothèses différentes relativement aux divers lieux que César a mentionnés plutôt que décrits : c'est au milieu des opérations de la guerre et despréoccupations de l'ambition que ce conquérant jeta rapidement sur ses tablettes les notions succinctes qui avaient été recueillies par lui seul sur ce pays. Quam facile atque celeriter eos perfecerit scimus, dit Hirtius dans sa préface, »
Le sens précis de commentaires est souvenirs : il se compose des mots cum mens, et exprime l'idée de notes prises dans le but de ne pas oublier les faits principaux ; aussi Plutarque donne-t-il aux commentaires le nom d'éphémérides
La guerre des Gaules n'est donc pas une œuvre après laquelle il ne reste rien à dire ; elle renferme des notions trèsprécieuses, mais une infinité de points ont besoin d'être éclaircis et développés.
(2) Histoire naturelle, liv. IV, chap. xxxi.
Lyonnaise ; puis vient l'Aquitaine, auparavant nommée TArmorique {Aremorica) , qui s'étend de la Garonne aux Pyrénées. »
Ainsi Aquitains et Armoriques formeraient le même peuple ; mais nul n'ignore que le centre de la confédération armoricaine était placé au nord de la Loire ; il faudrait donc conclure qu'à une époque plus ou moins reculée, elle s'étendait depuis la Seine jusqu'aux Pyrénées, où elle confrontait aux Cantabres. Cette opinion ne manque pas de preuves ; il est incontestable, par exemple, qu'il fut un temps où le bas-breton, langue des Armoriques, était parlé au pied des Pyrénées. On retrouve trois cents mots de ce dialecte, pour le moins, dans le vocabulaire de la Gascogne moderne; et ces mots ne se reproduisent ni dans le provençal, ni dans le languedocien. Déplus l'armoricainafaitégalementsentir son influence sur la prononciation gasconne, bien plus directement que sur la provençale : les sons che^ go^ gar^ ho^ hec, ed, principales intonations du basbreton, figurent dans le patois gascon, tandis qu'il sont remplacés dans le provençal par des sons plus doux, tels que /<?, el, y, et d'autres voyelles finales.
Un grand nombre de mots bretons se retrouvent dans la géographie romaine de l'Aquitaine (1) ; enfin
(1) Ses, capitale des Sociates, vient du breton soc'h, souech, souez : merveille, admiration, ce qui répond parfaitement à l'importance de cette ville et à sa vigoureuse résistance.
Tarusate?, vient de tarza, rompre, darder, pointer, pétarder, et de es, terminaison donnant au mot la force d'un adjectif.
Tarbelli, de tarza, et de belli, pouvoir, autorité.
Pregiani, depreiza, piller, butiner, ravager, faire le métier de pirate.
cette langue a fourni un contingent trës-considéra ble de noms géographiques à des villages inconnus des Romains, et conservés jusqu^à nos jours. Nous en avons relevé trente-sept dans le département des Landes, onze dans le pays Basque, trente dans le Béam, vingt-deux dans les Hautes-Pyrénées, trentetrois dans le Gers, vingt dans le Comminges (1). Tels sont les titres qui établissent une certaine parenté entre les Aquitains de la Novempopulanie et les Armoriques.
D^un autre côté, Strabon nous représente les Aqui-
Eldatzes, (capitale, éouso, éause), vient de éouch, élévation, vigilance.
AGiifDM, (Agen), de agen, source d'eau vive.
Carantonds (la Charente), de Karantez, Karantéziou, agrément, ahondance.
Segoba (à l'ouest de Poitiers), de sech'or^ sécheresse.
Agenates (au sud de Nantes), de aienen, agen^ source.
Namnetes (Nantes) de nannek^ affamé, avide, ardent
BuNGriNDERo (entre Auch et Toulouse), de heng, aversion, répugnance et de kunia, fuir en sautant.
Monesi (Monein), dans le pays Basque, de moanat, grêle, menu, fin.
ToRNATES (près de Tarbes", Tournay), de torr, anfractuosité ; de ann, le, et de aot^ rivage : le rivage escarpé.
Gardmna (la Garonne), de gwar^ ou war, courbé, arqué (ce fleuve décrit un quart de cercle), et du basque ona^ bonne.
LuGDURUH coNVENARUM, do lug, corbeau, et de dun, montagne.
Vdlchalo, de hug, houx, plante, et de choalem, sel : le houx de la fontaine salée.
Lç chef Adcantdannos portait un nom également breton, formé de arf, redoublement ; A:a?w, bataille; ^un, colline: la colline des deux batailles, nom digne d'un guerrier gaulois.
(1) Voir notre HisU des Peuples pyrénéens, t. i, p. Zi45 à 452.
tains comme des Ibères, a II diffèrent par la langue et par Textérieur des autres Gaulois, dit-il, et sont semblables aux Espagnols. » (Liv. vi. )
11 est positif, en effet, qu'on trouve dans la géographie romaine des traces du séjour des Ibères dans cette province, tout aussi nombreuses que celles du séjour des Armoriques (1),
On sait d'ailleurs que le haut Comminges fut
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(1) Nous citerons les noras de villes qui suivent :
Lapurddm (Bayonne), qui vient du basque lapa, lie, saleté,
et de nrde pourceau, lieu ou Ton enferme les pourceaux
On n*ignore pas que le Béarn et le pays Basque furent renommés de tous temps pour la production de ces animaux.
Benearnom, vient de béhia, vache; arnoa, vin... pays de les et de vin. Le Béarn portait des vaches dans ses ar- 8, et les coteaux de Jurançon produisent du vin qui fut ^bre à toutes les époques.
liERCORATES (aujourd'hui Blscarosse, dans les Landes), vient de bisk, colline; arran, vallée ; osse, bonne.
Bazadates (Bazas), de baze, p&turage abondant.
Aturenses, ou atures, habitants de TAdour, vient du basque andi, grande ; et de our, eau.
TuRNASiDM, tursan, près d'Aire, dérive d'^aturenses.
Tarbelli (Dax) de tara, pâturages: belz, noirs.
Osquidates, de osca, entaille, gorge, mot auquel les Romains ajoutèrent la terminaison aies, c'est-à-dire habitants de la gorge. »
Oloronensicu ou CiviTAs OLORONE, dc UH, vllc ; uros, eau. Oloron est à 1& jonction de deux gaves.
AsPALDCA {Acous d'après Banville) de aspe, derrière; lu, pays.
BiGERRONES OU Begerki (BIgorrans), de baya^ rivière, ou de 6i, deux ; gorra, élevé, élévation.
SiBiLLATEs, de subola, pays couvert de forêts (aujourd'hui Souletins, pays de Soûle).
Garrites (pays de Gaure, dans le Gers), de gari, blé ; cette contrée est abondante en céréales.
peuplé, administrativement, par Pompée, qui transporta, aux sources de la Garonne, des tribus Cantabres vaincues dans la guerre de Sertorius. Il leur donna le nom de Convenœ (réunis); Lugdunum convenarumM leur capitale. Les environs de cette ancienne ville, aujourd'hui Saint-Bertrand de Comminges, ont fourni un grand nombre de cippes et d'autels votifs dont les inscriptions renferment des noms incontestablement basques. Leur étude ayant une grand importance historique, nous allons répondi*e au désir exprimé par M. Ampère, dans son Histoire de la littérature française^ t. I, pag. 11, en traduisant ces noms.
Les Convenœ^ ralliés aux Romains, avaient adopté les caractères de Talphabet latin; leurs inscriptions sont d'ailleurs composées selon les formules en usage dans tout l'empire; mais, en acceptantes habitudes romaines, les Convenœ conservèrent les noms de leurs ancêtres et ceux de leurs dieux ; la grammaire imposa à ces mots des terminaisons, des cas latins; les racines restèrent cantabres. Il serait bien difficile, en effet, de découvrir des radicaux latins dans des noms aussi étranges que ceux de lixoy erge^ sornausi, artahéy
Climberris, Eliberre (Auch), de illi, ville; ôerr?/, nouvella
Belzinum (Lombez), de helz, noir; ino, tant que.
Callagurris (aujourd'hui Martres sur la Garonne), de callaco, roseau; uri, village : village dans les roseaux.
On voit encore, dans cette localité, le quartier de Calagans,,.. La vallée de l'Ebre possédait une ville du même nom.
Nous trouvons un bien plus grand nombre de noms de lieux basques parmi les villages modernes de cette contrée. Nous en avons cité 79 dans le Béarn, 75 dans le Bigorre, 23 dans les Landes, 18 dans le Gers, /|0 dans le Comminges. — (Voir Histoire des Peuples pyrénéens, t. I, p. l\li à 496.)
astoilunno^ baygorixo^ bihosdn^ ele^ abellioni^ leheren^ aherbelstê. Le basque, au contraire, les revendique et les explique sans effort (1).
Nous n'avons pas à chercher quelles sont les traces
(1) Lixo vient de lizuna^ impudique. Ce dieu présidait aux eaux thermales de Bagnères-de-Luchon.
Erge, de erguella^ enjouée.
BiHOsciir, de bihotza, cœur, courage : le dieu du courage.
SoRNAUSi, de zoméa, matière ; osoa, entière : le dieu de la nature.
Art A HÉ, de artha, soin, protection.
HOROLATi, de ohoréa, honorée.
Abellioni, de abéie, troupeau ; on, bon : Dieu protecteur des troupeaux.
Batgorixo, de baya, étang, rivière ; goria, élevée.
AsToiLDiriro, de asta^ rocher; lu, pays ou de astoa, âne; illum, des nuits... Etait-ce le Dieu des rochers, était-ce une divinité plus erotique ? quelle que soit la traduction que Ton préfère, cet être adoré par les Gonvense n'en a pas moins un caractère cantabre incontestable.
Mauti leherer de lehercea, écraser : Mars écraseur.
Aherbelstê, de aker, bouc ; bels, noir.
ExPROciNio, de ezporsatcéa, animer.
Cahbarards, de cambara, chambre : qui s'occupe de la chambre.
Harbelle de harcea, prendre ; belia, corbeau.
Baczerte, de baz^ sauvage ; baza, forêt.
Hars! , de harcea, prendre.
Senhennis, de sinhestea, foi ; croire : le croyant.
Andossig, andosso, de andatcéa, ou andotcéa, lever.
Ardostrn, idem.
Bascéia, de bazcatcéa^ paître, repaftre.
Artbéide de arthé, soin, soigneuse.
Andere, de anderéa, andréa, jeune fille.
Harspt, de haritz, chêne ; pe, au pied de.
Berhaxis, de aberatça, riche en troupeaux.
llOTARRis, de otharre, panier : faiseurs de paniers.
La HÉ, de lachoa^ libre, délivré; il faut remarquer que lahé
— iode la tengue cantabre dans les arrondissements de Bayonne et de Mauléon ; tous les noms de lieux y sont basques, et cette langue est la seule en usage dans le peuple.
L'Aquitaine, comprise entre la Garonne et les Pyrénées, nous offre donc deux langues en usage du temps de César; il en existait même, probablement, une troisième: le patois qu'on y parle de nos jours, qui fut un dialecte très -important , très- répandu , et dont nous allons nous occuper. Mais faut -il s'étonner de la présence de trois idiomes dans une proviqce frontière que les Romains jugèrent à propos de désigner bientôt après sous le nom de Novcmpopulanie?
Quoi qu'il en soit, comment expliquer la coexistence de ces trois langues ; comment concilier l'opinion de Pline, qui considère les Aquitains comme des Armoriques, avec celle de Strabon, qui voit en eux des Ibères ou Espagnols?... Loin de combattre l'une pour adopter l'autre, il nous sera facile de prouver qu'elles sont conciliables toutes les deux, et qu'elles se complètent mutuellement.
Lorsque des pensées différentes sont émises par des hommes d'une grande autorité, la prudence conseille de ne repousser complètement aucune d'elles : il vaut mieux rechercher ce que toutes les deux renferment
est invoquée: Pro sainte (fommortim, pour le salut des maîtres. Alardossi, vient de aldarea, autel.
Armastoni, de arima, âme.
AvERARO, de aberastea, s'enrichir.
Bdlluca, de bazcatcéa, paître, repaître.
Argesis, de arguitcéa^ éclairer.
iLLCiiB... de illumbeac, ténèbres.
de vérité. Le mensonge n'est pas si facile à inventer que l'on pense, et le paradoxe lui-même cache souvent un fond vrai qu'il est utile de recueillir.
Quelles sont, par exemple, les preuves historiques qui s'opposent à ce que les Armoriques aient pénétré dans la région pyrénéenne trois ou quatre cents ans avant César ? Cette supposition admise, il est naturel qu'ils aient laissé dans cette contrée des noms bretons à des villes, à des villages.
Survient une nouvelle tribu : les Celtes (nous justifierons plus tard cette opinion) , ils arrivent du côté de la Ligurie et du Languedoc, ils franchissent la Garonne au-dessus d'Agen et refoulent les Armoriques. Ces premiers occupants repassent le fleuve à leur tour audessous d'Agen, et rentrent dans la véritable Armorique. Le nouveau peuple apporte dans l'Aquitaine une langue dont le fondement est le patois moderne.
Ar mor^ en bas-breton, signifie la mer ; or, la même idée s'exprime en patois méridional, par agoua tenguen ou ayga tienen; qui tiennent l'eau, qui habitent les bords de l'eau. César arrive, trouve le mot armor truduit par ayga tienen ; il écrit Aquitania, Aquitani (1).
Les Aquitains avaient de grandes relations avec
(1) On nous objectera, peut-être, que les Romains ont pu former directement le mot Aquitani en traduisant en leur langue les mots ar mor par aguam tenens. Un pareil résultat est contraire à Taction grammaticale des Romains sur la géographie gauloise : ces conquérants se contentèrent de donner des désinences, une physionomie latine, aux noms de lieux gaulois, sans songer à les traduire ; sMls avaient formé eux-mêmes les mots aguam tenens de ar mor^ ils auraient appliqué la désignation ù^ Aquitani à tous les Armoriques, tandis qu'ils ne rétendirent qu'à ceux du midi de la Ga-
— laies Basques, dont ils n'étaient séparés que par l'Adour et les Gaves. Crassus les trouva réunis, au nombre de 50,000, dans le pays des Sodates et des Tarusates. César nous raconte de la manière la plus précise que bon nombre de ces combattants arrivaient du pays des Ibères, de ces Pyrénées d'Osca (Huesca), dans lesquelles Sertorius avait lutté si longtemps contre les armées romaines ; ils étaient donc de la même race que les Convenœ^ transportés par Pompée près des sources de la Garonne... Après les victoires de Crassus sur les Sociales et les Tarusates^ nous voyons très-clairement ces Ibères regagner les Pyrénées (1).
L'étroite alliance des Ibères et des Aquitains y la promptitude des premiers à voler au secours des seconds, dans les moments de danger, indiquent assez qu'ils fréquentaient l'Aquitaine, qu'ils y avaient des villes, des villages, des camps retranchés. Strabon, contemporain d'Auguste et de Tibère, était donc parfaitement autorisé à dire que les habitants de l'Aquitaine ressemblaient plus aux Espagnols qu'aux autres Gaulois. La langue basque ou ibérienne y étant parlée dans plusieurs cantons, comme elle l'est aujourd'hui dans deux arrondissements des Basses-Pyrénées, César avait également raison de dire : Hi omnes lin- (jua. institutis^ legibus intei' se differunt.
Mais, à côté de la population basque, devait exister une population celtique, assez considérable ; sans cela
renne, et respectèrent le nom primitif chez ceux du nord.
(1) Ex inillium L numéro quœ' ex Aquitania Cantahrisque cnnvenisse constabat, vix quarta parte relicta, multa nocte se in cas^ ira recepiU (L IH, ch. xxvi.)
comment expliquer la grande émotion que provoqua, peu de siècles plus tard, sous les rois de la première race, Tinvasion cantabre, qui sillonna toute la Novempopulanie et franchit même la Garonne ? Cette irruption, racontée par Frédégaire, fut motivée par Texpédition que les Goths de Tolède dirigèrent contre les Ibères du nord de l'Espagne, et qu'ils refoulèrent vers les Pyrénées. Quoi qu il en soit, il n'y aurait pas eu irruption, trouble, grande inquiétude dans le royaume de Charibert,siles Basques avaient, de tous les temps, occupé la Novempopulanie, et s'ils n'avaient pas poussé devant eux une autre population. Celle-ci était formée de tribus celtiques, qui se hâtèrent de rentrer en Novempopulanie aussitôt que les circonstances le leur permirent ; elles y formèrent les Vasconsy c'est-àdire les petits Basques, les demi- Basques, successeurs des Basques venus de Tlbérie.
Ainsi se trouve expliquée l'existence d'un grand nombre de lieux, portant des noms cantabres, dans tout le triangle compris entre la Garonne et les Pyrénées, bien que la langue basque elle-même y ait été parlée à une époque indéterminée, et d'une manière très -passagère.
Nous avons dit un mot des Belges, nous connaissons les Aquitains, occupons-nous des Galls et des Celtes.