LA CAMPAGNE EX ALLEMAG.NE
Hors du Royaume.
Et, en eiïet, cotait hors du Koyaume que devait se poursuivre la campagne. Les événements s'y étaient déroulés assez au gré du cardinal. Si l'on n'avait pu empêcher l'Électeur de Saxe de déclarer la guerre à la Suède, le 6 octobre 1635, l'on avait eu du moins la satisfaction inespérée de le voir fort malheureux à la guerre. Le maréchal suédois Banner, homme de grand poids, de grand travail, de grande activité, était, dès le début de 1636, entré dans la ville de Hall, dont il avait investi la citadelle. Surpris cependant par la vaillante défense de don Fabien Ponica, gouverneur de la place, qui avait détourné des sources pour inonder les lignes des assiégeants, il avait, à l'approche des renforts impériaux amenés par l'Électeur de Saxe, battu en retraite sur Magdebourg, que défendait une garnison suédoise, et il s'était cantonné à dix lieues de cette place, dans le voisinage d'Havelsberg et du fort de \Yerben. Au mois de mai 1636, le Saxon avait mis le siège devant Magdebourg, et Banner, sous prétexte d'attendre les troupes du général Leslie, n'avait rien fait pour secourir la ville, qui avait capitulé le 13 août : « Ce fut, expliquent les Mémoires, un eifet de son nouveau mariage, qui l'avoit tellement occupé à faire l'amour et des festins, qu'il sembloit y avoir arrêté toutes ses pensées... Il avait néanmoins une très bomie et très nombreuse armée, mais l'étonnement dans lequel il étoit faisoit qu'U la laissoit inutile (1). »
Toutefois, au début du mois d'août, le nouveau marié s'était résolu à mettre en campagne sa « très bonne et très nombreuse armée. » il avait enlevé la ville d'Ulzen, lucrative opération, qui lui avait rapporté trois mille rixdales. C'est auprès d'Ulzen qu'il rencontra enfin le général Leslie. Le 22, les deux généraux avaient sommé Lunebourg d'ouvrir ses portes. Le 27 septembre, Richelieu écrivait à Chavigny : « Banner et Leslie sont joints et ont pris tout le Luxeml)ourg et la ville capitale de là. Ils vont attaquer les Saxons où les quatre mille chevaux tirés de Pologne, commandés
(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. IX, p. 15.
174 NOUVEAU TRAITl-: AVEC LA SUEDE
parle cololiel Gœtz (1), oui t'té contraints de retourner, au lieu de venir fortifier Gallas, qui les attendoit. Le landgrave (de liesse) n'a plus d'ennemis sur les^ bras et les affaires vont bien de ce côté-là (-2). )»•
Les quatre mille chevaux de Gœtz n'auraient sans doute épargné à Gallas ni l'échec de Saint-Jean-de-Losne ni la désastreuse retraite qui suivit et que Richelieu appelait, non sans raison, une « déroute ».
Gcetz ne fut pas d'un plus grand secours à l'Électeur. Le !p octobre 163G, attaqué par Banner à quelque distance de Wistock, ce prince, qui se battait en personne à l'aile gauche, ne put résister.
M. de Saint-Chamond, l'envoyé du Roi près de l'Empereur, avait signé à Wismar, dès le 20 avril 1636, un traité avec les envoyés de la reine Christine, fille de Gustave-Adolphe. Louis XIII, aux termes de ce traité, commençait par payer ses dettes, — un arriéré de cinq cent mille livres, que la France devait à la Suède, — puis il promettait de donner chaque année, pendant toute la durée de la guerre, un subside d'un million. Par contre, la Suède s'engageait à combattre en Silésie et en Bohême, pour occuper les armées de l'empereur Ferdinand, loin des frontières françaises. L'entente était prévue pour trois ans. Les deux alliés étaient tenus de ne point faire de paix séparée avec l'Empereur ou ses adhérents. Un congrès se réunirait à Cologne pour traiter avec les ennemis et, dix années durant, la France et la Suède surveilleraient l'exécution de ce qui s'y serait décidé.
Assuré d'un champion vigoureux dans la région de l'Elbe, Saint-Chamond en avait cherché un autre qui pût suppléer les armées du Roi dans les pays du Rhin. Il avait songé au landgrave de Hesse-Cassel, que Richelieu considérait comme « le plus brave et généreux prince de toute l'Allemagne (3) ». Cédant aux
(1) Le comte de Gœtz, général de l'Empereur, que Richelieu traite de simple colonel.
(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 588.
(5) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. IX, p. 12.
CHARNACi: ET LE LANDGRAVE DE HESSE ]7r>
instances de Saint-Chamond et du comte de Hanau, que M. de Cliarnacé et le maréchal de Brézé avaient supplié de s'entremettre eu cette affaire, le landgrave avait rompu la trêve qui le liait à l'égard de FEmpereur, et secouru la ville de Hanau, sur le point de se rendre. Mais il ne crut pas devoir ratifier le traité conclu, au mois de juin, avec Saint-Chamond et que trois commissaires avedent signé pour lui dans la ville de Minden.
On avait attendu en vain l'arrivée de Banner. Interrompant sa marche déjà longue, le Suédois allégua la fatigue de ses troupes et se retira dans l'Électorat de Saxe, cpi'il mit au pillage.
Sur ces entrefaites, Saint-Chamond apprit que le landgrave s'était rendu à La Hâve, afin d'obtenir de MM. les Etats « des munitions de bouche et de guerre », et comme, pour regagner la Hesse, le prince devait passer dans le duché de Clèves, non loin de Wesel, il lui fit proposer une entrevue dans cette ville. Les ennemis tenaient la campagne, l'ambassadeur fut contraint de recourir aux comtes d'Oldenbourg et d'Ostfrise pour protéger sa rout«. Il trouva le landgrave fort satisfait du Roi : M. de Cliarnacé, ambassadeur de Sa Majesté auprès des Etats de Hollande, lui avait fait remettre vingt mille écus « pour acheter les grains, chairs salées, beurres, draps, linges, onguents et médicaments qu'il étoit nécessaire de mettre dans Hermenstein ». Sa reconnaissance n'allait point toutefois jusqu'à signer le traité d'alliance qu'on lui proposait, et la pension de quinze mille rixdales que lui faisait le Roi et qui d'ailleurs n'était pas encore payée, ne lui semblait pas suffisante pour compenser les dangers qu'il allait courir. « Le plus brave et généreux prince de toute l'Allemagne » ne put être rassuré que par le paiement intégral de ce qui lui était dû (augmenté de cent mille rixdales) et par la promesse de cent mille autres. Cependant, voyant que les Impériaux occupaient Paderbon et rendaient l'accès de ses États fort hasardeux, il s'en fut, sur le conseil de Saint-Chamond, solliciter l'aide des Suédois pour délivrer Hermenstein. Banner s'étant refusé encore, Saint-Chamond écrivit à M. de Charnacé pour demander aux Hollandais un secours de quatre mille hommes et l'envoi des deux régiments de Waldenbourg et de Mulard, que
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le Roi entretenait dans ce pays. Mais les régiments étaient en piteux état, les colonels avides d'areent et peu sûrs , quant au prince d'Orange, il ne voulait point fournir les troupes que l'on désirait. En outre, M. de Gharnacé redoutait de voir les États consentir à traiter séparément avec les Espagnols. Louis XIII partageait ses craintes (1). Il fallait agir avec la plus grande prudence : les États avaient chargé de nég-ocier "avec les envoyés du Roi le sieur Musch, leur g-ref fier.
Muscli n'était pas inconnu de Gharnacé, à qui il avait déclaré, dès l()3'i-, que, si « le Roi vouloit lui faire quoique bien, il le serviroit très bien ». Le cardinal n'avait pas oublié cette déclaration. Il avait pi'éparé une somme de quatre-vingt-douze mille livres et il entendait que le greffier et tous les bons amis du Roi fussent u traités, en la distribution de cet argent, selon leurs conditions et qu'ils étoient plus ou moins considérables » : « Vous contenterez aussi, ajoutait Richelieu, les commissaires qui assistèrent à votre traité, auxquels vous me mandez que l'on a promis des chaînes d'or ; enfin l'intention du Roi est que vous distribuïez toute ladite somme de quatre-vingt-douze mille livres le plus utilement qu'il se pourra, dont Sa Majesté se repose sur vous {'1). »
Non seulement le cardinal cherchait à satisfaire MM. les États, mais il s'etforçait d'isoler les royaumes voisins de l'Empire. Le 27 septendne, il annon^-ait à Ghavigny : « Il est venu un courrier de M. de Saint-Ghamond, qui apporte de fort bonnes nouvelles. Le roi de Danemark demeure purement et simplement neutre par la négociation du sieur de Saint-Ghamond, ce qui a fort réjoui les Suédois. » A})prenant que l'ambassadeur de Pologne, qui relève de maladie, va regagner son pays, Richelieu ne manque point de le remercier par avance des bons offices qu'il pouria rendre à Louis XIII en traversant l'Allemagne. Pour se conformer à l'usage de la cour polonaise, c'est en latin que Son Éminence trousse, pour le voyageur, un fort galant billet : <( Gratiilor exseninio Vestrœ Excellentiœ de restituta tandem
(4) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p, 533, note 1. (2) Ibidem, p. 533-534.