‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 106 sur 219 · SCANDALE A LA COUR · texte numérisé non relu

SCANDALE A LA COUR

atiectioiment pas fout tomber la principale faute sur vous... Comme les rechutes aggravent les maladies, si, après avoir manqué l'attaque des iles, vous manquez encore le secours de Parme, tous vos amis ensemble ne seroicnt pas capables de vous garantir du blâme (l). »

Ce secours, le duc de Parme était venu l'implorer lui-même au mois de mars 1636, et le comte Fabio Scotti, son représentant auprès des chefs de l'armée navale, n'avoit cessé de le réclamer depuis lors. Le 19 novembre, il avait supplié Sourdis, d'Harcourt et Vitry de ne pas sacrifier à « l'entreprise des îles, qui se pouvoit remettre », celle de Parme, qui ne pouvait souffrir aucun délai. Il y allait du prestige de la France en Italie (2). Louis XIII, le 26 décembre, semblait tout prêt à combler les désirs de Parme. « Présentement, mandait-il à Sourdis, j'estime qu'il faut préférer le secours de mon cousin le duc de Parme ; et la prudence veut que l'on s'attache plus fortement à un seul dessein que de porter ses pensées à plusieurs et n'en assurer aucun, comme il est arrivé jusqu'ici de mon armée navale ^3). »

Cependant, de Cannes, Fabio Scotti renouvelait son appel de détresse auprès de Sourdis : « Ce que Son Altesse mon maitre me recommande, c'est de vous prier, Monsieur, de le favoriser en sorte qu'il soit promptement secouru, ne pouvant plus soutenir plus longtemps (4). » Les suites de l'affaire seront loin de répondre à cet émouvant appel.

L'invasion du Pays basque et du Pays de Labourd.

Quelques jours plus tôt, le 11 décembre, du château de Noisy près de "Versailles, Louis Xllï écrivait à Richelieu : « Arrivant ici, j'ai trouvé M. Bouvard, cjui me dit que le bruit couroit que jallois à Bordeaux. Je lui répondis que ce bruit étoit bien faux et que la saison étoit trop rude et que, si nous étions à la fin

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 1007-1008.

(2) Correspondance de Sourdis, t. I p. 184.

(3) Ibidem, p. 233.

(4) Ibidem, p. 236.

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de mars, cela pourroit bien arriver, si les ennemis n'étoieut pas chassés avant ce temps-là (1). »

Ce qui motivait le ])riiit dont le médecin du Roi s'était fait l'écho, c'était l'invasion du sud-ouest. Le duc d'Épernon, gouverneur de Guyenne, ayant manqué d'argent pour fortifier Bayonne « et les places de la frontière », Saint-Jean-Pied-de-Port s'était trouvé soudain menacé par le marquis de Valparaiso, vice-roi de la Navarre espagnole, qui s'avançait à la tête de deux mille cinq cents hommes. Le marquis s'était heurté aux troupes que conduisait le vicomte de Belsunce, « huit compagnies nouvellement levées dans la basse Navarre et les milices de Béarn ». A deux reprises il les avait attaquées : une première fois il avait envoyé contre elles douze cents hommes, qui avaient laissé de nombreux cadavres des leurs sur le terrain; la seconde fois il avait donné de sa persoime avec toutes ses forces, mais n'avait pas mieux réussi. Nouvelle défaite à Uonccvaux, où il rencontra le marquis de Poyanne, lieutenant du Roi en Béarn, qui commandait trois mille hommes et cinq cents chevaux (2). Mais, dès le 25 octobre, les Espagnols, traversant la Bidassoa, avaient occupé Hendaye, Urrugne, Socoa, Siboure et Saint-Jean-dc-Luz.

Si l'ainirante de Gastille, qui était à la tête des envahisseur», ne marchait point sur Bayonne, c'est qu'il ne pouvait croire qu'une place aussi considérable fût démunie. Dans le pays de Labourd, le duc de La Valette, malgré son courage, avait dû battre en retraite (3). L'amirante finit par connaître le délabrement de la place de Bayonne; mais déjà il n'était plus temps : le comte de Gramont, exécutant les ordres du duc d'Epernon, avait mis quatre mille hommes dans la ville, armé douze cents Bayonnais, construit deux forts du côté de l'avenue de France, sur deux collines, qui désormais tenaient l'Adour sous leur feu. Les magasins de Bayonne renfermaient quantité de poudre, les greniers contenaient du blé pour quatre mois et on pouvait les ravitailler le plus aisément du monde au moyen

(1) Affaires étrangères.

(2) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. II, p. 790

(3) Ibidem, t. 11, p. 795.

LES ESPAGNOLS COXTEM'S. BAYOXNE .MIME 187

de ceux de Dax. Cependant les Espagnols de l'aniirante s'aliaiblissaicnt de joui' en jour par suite de la pénurie des vivres. Harcelés par les Basques, ils étaient de plus attaqués par les troupes du Roi et n'osaient plus sortii' de leurs retranchements. Ils ne purent empêcher Gramont de s'emparer d'un fort qu'ils avaient bâti pour être les « maîtres de tout le vallon, dans lequel sont situés Socoa et Bourdaguain (1) ».

Quelques mois plus tôt, les peuples de l'Angoumois et de la Saintonge, soulerés par « des esprits brouillons », avaient refusé de payer les tailles et Richelieu, en juin 163C, n'avait pas été sans inquiétude à ce sujet. Heureusement ces rebelles, — sept à huit mille hommes dont trois ou quatre mille armés, qu'il n'était possible de « réprimer que par la force et au moyen de vieilles troupes (2) », — avaient assez promptement manifesté quelque désir de rentrer en grâce, et le cardinal s'était empressé de saisir l'occasion de tout apaiser : il conseilla au Roi de pardonner. Le calme revint dans les deux provinces. La prudence du Roi et du cardinal crut avoir éteint l'incendie ; mais le feu couvait sous la cendre.

(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd Petitot, t. IX, p. 323.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 485 et 492.

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