GASTON ET SOISSONS TOUJOURS INQUIETANTS
Gaston que Richelieu appelait dans ses lettres à Cliavigiiy «Sa Trop Facile Altesse », put lire ce billet doux du cardinal : « Vous méritez une bonne réprimande. Je m'assure que, si j'avais l'honneur d'être auprès de Votre Altesse, elle l'avoueroit ingénument. Les grands et continuels témoignages que vous avez reçus de l'ati'cction du Roi vous ôtent tout lieu de douter de sa bonté, et les preuves que vos serviteurs vous ont rendues, en toutes occasions, de la passion qu'ils ont à votre bien ne peuvent souffrir que vous croyiez qu'ils soient autres qu'ils ont été par le passé. » Richelieu avait mis en post-scriptum : c Si Sa Majesté a eu l'intention de faire aucun mal à Monsieur le Comte, je veux perdre l'honneur et la vie. » Un peu plus bas. Son Éminence ajoutait plaisamment : « M. de Rautru vous va trouver de la part du Roi, (jui vous dira toutes choses. Je m'assure que vous aurez entière confiance en lui, parce qii U est un de vos confrères en Belsebuth 1) ».
En même temps que cette lettre, Monsieur en reçut une autre affectueuse et grave, de la rédaction du cardinal, mais signée du Roi. Louis XIH y assurait Monsieur qu'il le « considéroit, non seulement comme son frère, mais comme il feroit un fils unique (*2) ».
Gaston restait froid. Chavigny, arrivé à Blois, constatait que Son Altesse Royale ne s'était « ouverte de rien à M. de Bautru » et que lui, Chavigny, n'était pas plus heureux.
Monsieur et Monsieur le Comte restaient fidèles à la promesse qu'ils s'étaient mutuellement faite de « ne jamais consentir à aucun accommodement particulier ». Blois et Sedan étaient en conversation constante : il y avait un continuel va-et-vient de « domestiques » chargés de dépêches eoiifîdentielles.
Le ministre éciivait tout crûment à Chavigny le 30 novembre : « Quant à la pensée qu'a Sa Majesté de faire dévaliser les courriers de Monsieur le Comte qui iront ou viendront, soit à Blois, soit à Madame la Comtesse, je la tiens très bonne. Reste à savoir comme il la faut exécuter. Je ne sais pas où les lettres passeront ;
(1) Avenel., Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 695-696.
(2) Ibidem, p. 697.
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à mon avis elles pourront s'adresser ou ù Jouy, à Blois, ou au comte de Fiesque ou à Montrésor. Vous y penserez avec Sa Majesté et pourvoirez aux moyens nécessaires (1). » Il écrivait encore : « Il commence à m'ennuyer que Bautru ne mande des nouvelles (-2). » Le l*''" décembre, il adjoignit à Bautru le comte de Guiche.
A Blois, Chavigny interrogeait Monsieur; il le priait <( de lui dire franchement ce qu'il désiroit pour son entière satisfaction » et « quel étoit le sujet de sa sortie de Paris ». — « On me tourmente continuellement sur mon mariage, que je crois bon, répondit Gaston, et je ne me tiens point en sûreté à la Cour. — Le Roi donnant son consentement pour votre mariage, ou une place pour votre sûreté, seriez-vous content? demanda Chavigny. — Oui, dit le prince. »
Le lendemain 11 décembre 1636, Chavigny est de nouveau près dé Monsieur. U tient à la main une feuille de papier : « x4yant l'honneur d'être au Roi, proteste-t-il, domestique de Sa Majesté et le votre, je serois ravi de contribuer à renouer la confiance et ôter tout ce qui la peut altérer entre des personnes de si grand poids et pour lesquelles j'ai une extrême passion (Chavigny se servait des termes mêmes du cardinal). Si Votre Altesse Royale veut signer cet écrit, j'espère de lui rapporter dans ,peu de quoi la mettre en repos et lui rendre le calme qu'elle se plaint de ne pas avoir eu depuis si longtemps ».
Par cet écrit, Gaston suppliait le Roi de consentir à son mariage ou de faire « juger « si ce mariage étoit valable ou non ». En ce dernier cas, il demandait une place de . sûreté; en tout état de cause, « un traitement favorable et raisonnable pour Monsieur le Comte ». Gaston lut et signa. L'acte fut contresigné par son secrétaire et Chavigny se hâta de le portera Noisy, où l'attendait le Roi (3).
Dès le 16, il apportait à Blois la réponse de Louis XIII, un pardon généreusement accordé aux deux princes. Le Roi trouvait
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 700
(2) Ihidcm.
(3) Mémoires de Nicolas Coulas, t. I, p. 306.
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1)011 que Monsieur le Comte « (leiiieurAt au lieu où^il étoit » aussi louiitenips (juil « ne pourroit garantir son esprit d'apin-éhension ». Pour lui le Uoi, il « sauroit toujours bien g-arautir la personne de Monsieur le Comte dans son Royaume », et il laisserait son cousin «. jouir des émoluments de ses cliari;es et des pensions qu illuidonnoit, poui'vu (ju'il vécût en bon et lidèle sujet, sans intelligence et pratique qui tut contraire à son État (1) ».
A cette lettre était jointe une promesse rédigée en bonne et due forme, signée de Louis XllI et contresignée de nouthillier. Sa Majesté consentirait au mariage de Monsieur, « rendant dès à présent son frère si libre en cette action qu'il dépendroit de lui d'avoir ou n'avoir pas ladite princesse pour épouse. Sa Majesté désiroit seulement que, s'il en prenoit la résolution, il népousât pas les prétentions de la maison delà dite princesse ni les passions du duc Charles de Lorraine contre sa personne, mais demeurât inséparablement lié aux justes intérêts de la Couronne et n'eût aucune intelligence qui pût lui être préjudiciable (2) ».
Par un troisième acte, Monsieur promettait d'accepter solennellement les conditions du Roi. Cet acte se terminait ainsi : « Nous jurons ce que dessus sur les saints Évangiles et nous obligeons à l'observer très religieusement et n'avoir à l'avenir aucune intelligence qui puisse être préjudiciable au repos de ce Royaume (3). »
Gaston refusa de signer. • .
Ce refus ne surprit point Richelieu ('i-). Le cardinal ne déses- ])ère j^as de ramener Monsieur par les voies de la douceur : « Quoi qu'on en puisse dire. Monseigneur, lui niande-t-il dans une lettre que Chavigny ne lui remettra que s'il le juge à propos, on ne sauroit m'empêcher do croire que vous ne connoissiez enfin ce qui vous est le plus utile et que vous ne voyiez clairement que toute votre grandeur ne consiste qu'en celle de cet État ».
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, page ^12,
(2) Ibidem, i>. 714-715.
(3) Ibidem, p. 715.
(4) Ibidem, p. 718-720.