‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 109 sur 219 · SOISSOXS APPELLE MONSIEUR A SEDAN · texte numérisé non relu

SOISSOXS APPELLE MONSIEUR A SEDAN

Il fait rcinarquei' à Monsieui' la bonté du Roi, qui a ouvoyc un passeport au couitc de Fiesque. Celui-ci vient dcti'c dépêché vers Monsieur le Comte par Gaston. Louis XIII ne veut pas que l'andjassadeur de son frèi'e soit arrêté par les chemins entre Blois et Sedan : procédé bien différent de celui de Monsieur, qui, assure-t-on, retient à Blois et Chavigny et Guiclie, résolu de ne pas leur rendre leur liberté avant que le comte de Fiesque soit revenu de son périlleux voyage. Richelieu ne peut croire que Monsieur ose arrêter les hommes du Roi, mais « pense aux remèdes » pour user de « représailles » . Il n'est pas impossible que Gaston songe à fuir (1). Chavigny devra « avertir à tue-cheval » tous les gens de guerre postés sur la Loire et sur l'Yonne.

Les précautions n'étaient pas inutiles : M. de Campion, l'un des fidèles du comte de Soissons, s'était rendu de S^dan à Blois malgré « les glaces, les neiges et les end^uscades de M. le Cardinal ». Apprenant à Blois que les ducs d'Épernon et de La Valette étaient peu disposés à recevoir Monsieur en Guyenne, il avait offert au prince, de la part de son maitre, un refuge derrière les remparts de Sedan. Monsieur pourrait de là « ménager ses intelligences dans le Royaume ». Il fut convenu que Monsieur gagnerait la Principauté ; M. de Campion devait « s'assurer d'un passage sur la Marne, d'un autre sur l'Aisne ». Tout avait été prévu par le prince lui-même pour le passage de la Seine.

Mais lorsque M. de Campion s'en fut allé attendre Gastonà Condé, un gentilhomme lui apporta de Blois une nouvelle déconcertante : Monsieur se dérobait : « Monsieur avait appris avec un extrême déplaisir que M. du Hallier étoit avec des troupes sur la rivière de Seine pour en garder les passages. » Chose plus grave, quelques-uns de ses gentilhommes, qu'il y avait envoyés, avaient été pris par M. du HalHer. Le comte de Soissons s'apprêtait alors à venir au-devant de Gaston, jusqu'aux environs de Reims. (; Il faut demeurer d'accord, lui écrivit M. de Campion le 3 janvier 1637, que cet accident est fâcheux et qu'il trouble bien vos projets, et même d'autant plus que nous sommes incertains si ce retardeil) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 719-721.

ion LOUIS XIII \E CEDE PAS

iiioiit est causô par les raisons que Ton vous dit ou si les émissaires de M. le Cardinal n'ont point ga.sné sur l'esprit de Monsieur pour lui donner le déiroùt de nous joindre (1). » Monsieur, ([ui ne se sentait nullement en sûreté à Blois, était en proie, comme disait Corneille,

Aux ritsoureux tourments d'un cœur irrésolu.

D'autre part, le cardinal travaillait à gagner doucement Monsieur le Comte (2).

Le Conseil du 11 janvier 1637.

Le 11 janvier 1637, au Palais-Cardinal, le Roi tient conseil. M. de Chaudebonnc est venu, quelques jours auparavant, lui exposer les nouvelles demandes de Monsieur. Le Roi n'a rien accordé (3). Il sait de bonne source que, s'il cède quelque chose, c'est un aliment pour de « nouvelles bronilleries ». Il n'accordera 2)lus rien. La veille (10 janvier), il refusait encore les propositions que Chavigny lui apportait de la part de Richelieu « pour tâcher d'adoucir les affaires, pour que l'aigreur n'éloignât pas ia paix [k) » .

En ce Conseil du 11 janvier 1637, le Cardinal explique sa pensée avec ral)ondance, la clarté et la vigueur qui lui sont ordinaires. « L'affaire do Monsieur, dit-il, ne peut aboutir qu'à l'une de (ces) quatre fins : ou à accommodement sincère et véritable, ou à la détention de la personne de Monsieur, ou à sa sortie du Royaume, ou à accommodement simulé. Le premier est le meilleur et celui auquel il faut tendre, si la sincérité s'y peut trouver. Le second est dangereux et on n'y veut point penser. Le troisième est mauvais i)our la France, mais particulièrement pour Monsieur, qui s'exposeroit à sa perte, s'il se mettoit entre les mains des ennemis de l'État et qui ne pourroit

(1) Mémoires de Henri de Cainpion, p. 323-324.

(2) .\venel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V. p. 717.

(3) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. XVIII, p. 328-329.

(4) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 729, et comte de Beauchanip, Louis XIII diaprés sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, p. 2',10.

KlCHELIEl' SE MONTRE CO.NCILIAM 107

iiiiiro beaucoup, s'il ne s'y uiettoit pas. Le quatrième est le pire do tous et celui qu'il faut éviter à quelque prix que ce soit. « Contre ce « quatrième », Richelieu accumule argument sur argument : a La présence de Monsieur, avec mauvaise intention, met en certain cas la sûreté du Roi et de ses serviteurs les plus contidents en compromis. Elle diminue les forces du Royaume pour le dehors, parce qu'il les faudroit diminuer pour contenir Monsieur au dedans. Elle empêcheroit Sa Majesté d'être al)solue et troubleroit la levée de ses deniers, parce que quiconque voudroit désobéir trouvcroit un asile. Elle exciteroit les mal aflectionnés à tenter ce qu'ils n'oseroient penser, si Monsieur étoit au dehors, et il seroit bien difficile d'éviter qu'il ne corrompit à la longue cpielque personne considérable, principalement s'il arrivoit quelque mauvais événement. Enfin, en cet état, le Roi n'oseroit rien entreprendre de considérable ni au dehors ni au dedans. » Et Richelieu concluait ainsi : « Pour ces raisons, il faut tenter tous les moyens possibles pour parvenir à un accommodement sincère avec Monsieur. Mais quelque résolution qu'on preime, il en faut voir la fin dans huit jours, parce que la saison commence à nous presser et que telles personnes pourroient bien se déclarer au printemps qui ne l'oseroient faire maintenant; elles craignent qu'on n'ait assez de temps pour les châtier, avant que les armées ennemies soient en campagne (1). »

Cet accommodement si désirable pourrait consister en ce que le Roi ne s'opposerait plus au mariage de Monsieur et laisserait Monsieur le Comte demeurer en son gouvernement, tout cela moyennant les conditions suivantes : « Monsieur et Monsieur le Comte promettroient par écrit de ne rien entreprendre contre le service du Roi, de favoriser ses affaires en tout ce qu'il leur seroit possible et de n'avoir aucune intelligence, dedans ni dehors le Royaume, qui dût être suspecte à Sa Majesté, et tous deux promettroient séparément que, si l'un manquoit à sa parole et sortoit de son devoir, l'autre ne l'assisteroit ni favoriseroit direc-

(1) Mémoires du Cardinal de Hichelieu, éd. Petitot, t. IX, p. 333-335.

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