‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 111 sur 219 · PROJET SUIMIS PAR GASTON IVI'J · texte numérisé non relu

PROJET SUIMIS PAR GASTON IVI'J

La Valette et M. de Ghàtiilon tiennent tète à Monsieur le Comte, cependant que nous pourrons mettre fin à l'aflaire de mou frère le mieux que nous pourrons. » Le Roi ne se souciait nullement d'en être réduit à ne plus quitter son frère d'une semelle pour le garder auprès de soi et il observait : « Peut-être vaut-il mieux qu'il manque à sa parole donnée authentiquement en allant joindre Monsieur le Comte, que de nous promener par le Royaume en le suivant, cependant que Monsieur le Comte, joint avec les Espagnols, entreroit en Champagne (1). »

Cette lettre était datée du 25 janvier 1637. Quelques jours plus tard, Louis XIII était à moins de vingt lieues de Blois. Le marquis de La Force, à qui il av^ait commandé de l'accompagner, écrivait à la marquise le lundi 2 février : « Nous sommes en cette ville (d'Orléans) depuis vendredi au soir, où tout s'est passé en allées et venues vers Monsieur. MM. de Chavigny et de Bautru y sont allés deux fois de la part du Roi et y sont retournés ce matin pour la troisième (2). » Chavigny emportait un mémoire des demandes formulées par Gaston. Ce mémoire, qui venait de passer sous les yeux de Louis XIII, s'en retournait à Blois, tout chargé des annotations royales.

Le Rai avait pris connaissance de la première demande de Gaston : « L'acquittement des dettes après la paix générale suivant la liquidation qui en sera faite en présence de telle personne qu'il plaira au Roi de commettre. » Il avait imposé des bornes au torrent de dépenses qui menaçait de se précipiter, et il avait mis en marge : « Jusques à cinq cent mille livres après la paix ».

Louis XIII avait approuvé la deuxième demande, — eu inscrivant en face le mot Bon, — et en ajoutant, que « l'on fit valoir dès maintenant toutes les assignations qui avoient été données à Monseigneur ».

Mais il avait fortement rabattu la demande suivante . « Dès maintenant aussi, il plaira au Roi lui donner la somme de

(1) Comte de Beauchainp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, p. 291.

(2) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. III, p. \'i-.

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trois cent mille livres pour les bAtiiiieiits de Sou Altesse et poui' les autres raisons qui ont été représentées par M. de Chaudebonne. » Il n'avait plu au Roi « accorder que cent cinquante mille livres, ([ui soroient fournies à divers paiements selon qu'ils seroient etléctivemcnt employés à ses bAtimeuts ».

De même Louis XIII avait trop de bon sens pour « accorder que, Madame étant en France, on lui donnât une pension à l'épargne pour l'entretènement de sa maison, suivant l'état qui en seroit fait en pi'ésence de telle personne qu'il auroit agréal)le de commettre ». On lit en marge cette prudente restriction : « Quand le mariage sera célébré et qu'elle sera venue trouver mon frère en France, je lui accorderai volontiers. »

S'agissait-il d'accorder la liberté aux sieurs du Fargis et du Coudray, aux sieurs de Goville et de La Mothe-Massas, la marge portait : a Néant pour le général. Sa Majesté voulant bien élargir le sieur du Fargis après la paix, à condition qu'il demeure au lieu qui lui sera ordonné. »

Plus bas, Louis XIII avait lu, avec indignation sans doute : « Exemption pour les villes de l'apanage et de celle de Tours, à cause de la levée qu'elles ont faite l'année dernière de trois régiments à leurs dépens, suivant la parole que Son Altesse leur en a donnée après avoir eu celle du Roi, ensemble leur continuer les octrois qu'on leur veut ôter. » Et il avait annoté avec une sécheresse pleine de prévision et d'autorité : « Néant pour la conséquence. »

Le mémoire comportait une addition. En marge de l'article premier de cette addition, qui demandait (( les passeports nécessaires pour le retour près Son Altesse de ses serviteurs qui étoient en campagne, après que le traité auroit été signé w, Louis XIII avait écrit : « Je leur pardonnerai, mon frère se remettant en son devoir. »

Il était spécifié en outre « une déclaration d'amnistie générale pour tous ceux qui auroient fait quelques voyages par ordre de Son Altesse, ou par celui de Monsieur le Comte, ou bien qui auroient été employés pour leur service en quelque manière que ce fût, comme aussi pour tous ceux que l'on pourroit mécroire

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(lavoir eu quel([ue ailcction pour les intérêts de Son Altesse ou (le Monsieur le Comte dans l'occasion présente, sans que les uns ni les autres en pussent être recherchés à l'avenir et que cela les put éloigner des bonnes grâces de Sa Majesté ». Louis XIII avait inscrit simplement : « J'accorde cet article pour les gens de mon frère et pour ceux de Monsieur le Comte, s'il se remet à son devoir ».

Suivait un article auquel Gaston tenait fort : « Monseigneur aura la liberté de demeurer en ses maisons et d'aller où bon lui semblera dans le Royaume et il ne sera pas pressé d'aller à la Cour contre sa volonté et jusques à ce que, de son propre mouvement, il supplie Sa Majesté de lui permettre d'y aller, comme il étoit porté par le traité de Bruxelles. » Louis XIII avait jugé la demande injurieuse et il avait écrit : « Cet article est ridicule, mon frère ayant toujours eu, dans mon Royaume, autant de liberté et de sûreté que moi. »

Restait le dernier alinéa : « Ensuite de ce qu'il plaira au Roi d'accorder des articles ci-dessus, seront mises aussit(')t par articles les promesses qui ont été apportées par M. de Léon. » Et le Roi d'écrire : « Les promesses sont comme on a accoutumé de les faire » i^c'est-à-dirc de valeur relative). Toutes les grâces, d'ailleurs, étaient subordonnées à une condition ajoutée au bas du mémoire : «. Sa Majesté accorde la réponse aux articles ci-dessus en cas que Son Altesse vienne à la Cour pour demeurer auprès d'elle (1). »

Ce fut le Père de Gondren, général de l'Oratoire, un religieux doux et affable, chargé pendant quelque temps de diriger la conscience de Gaston, qui, envoyé auprès de celui-ci le 24 décembre 1636, « moyenna une entrevue des deux frères ». Et cela, disent les Mémoires du cardinal, « avec tant de dextérité et de soin, qu'il réussit, par la confiance que Monsieur avoit en lui, dans une négociation où les plus habiles auroient échoué ». Bien que Son Éminence ne fût pas sans craindre de « passer pour

(1) Avene], Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 748-750. Le projet d'accord revu par le Roi et apostille par lui, avec notes autographes différentes de celles publiées par Avenel, fait partie des Archives de M. Gabriel Hanotaux.

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dupe », cette réussite la mettait en gaieté : « Quand cet accortl sera bien cimenté, écrivait-elle à Ghavigny le 3 février, les méchants seront désespérés et les sots bien étonnés, [aiit Dcus lit omnia succédant ex voto. Si cela est, nous aurons l>ientùt la paix, le Roi sera le plus heureux prince du monde et Monsieur le plus content qui ait jamais été. Après cela, je voudrois de bon

cœur

Pour y passer le reste de mon âge...

Trouver un ermitage (1)

Quelques jours plus tard, le 9 février, le marquis de La Force se hâtait d'écrire à sa femme : « J'ai retenu un jour ce porteur pour vous mander l'entrevue du Roi et de Monsieur, qui se fît hier avec force témoignages d'affection et de contentement. Nous croyions qu'il suivroit le Roi, mais on dit qu'il s'en rêva à Blois. Pour nous, nous partons ce matin pour aller coucher à Toury (dix lieues au nord d'Orléans) et demain à Dourdan, s'il plait à Dieu. Je ne sais s'il n'y avoit point ce matin quelque chose que tout le monde n'entend oit pas, car le Roi devoit partir à huit heures et il ne part qu'à dix ou onze, et M. le Cardinal le doit voir au sortir de sa messe, là où il est. Je crois que nous serons trois ou quatre jours à Dourdan, de là on ira à Saint-Germain (2). »

Richelieu préparait maintenant, pour être soumise au Roi, « la dépêche générale » qui allait être envoyée aux « gouverneurs et lieutenants des provinces et armées touchant raccommodement de Monsieur ». Il mettait sous la plume du Roi cette ferme et paternelle déclaration : « Mon frère ayant si bien jugé que l'union des cœurs est aussi bien nécessaire en ce temps que celle des forces du Royaume pour agir plus puissamment contre les ennemis de la grandeur de cette Couronne et de son repos, il s'est porté de lui-même à tout ce que j'eusse pu désirer. 11 n'a pas plus tôt reconnu sa faute, que je l'ai oubliée de bon cœur, ajoutant telle foi aux assurances qu il m'a données de son atïection et de son zèle au bien de cet État, que je m'en rends caution envers moi-même. Je me suis résolu, sur la supplication do mondit frère,

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VII, p. 76 t.

(2) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. III, p. 442-443.

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