LE PÈRE CAUSSIN DEFEND LA REINE
sera le meilleur, donnant, je crois, de mauvais conseils àChcnellc. Je m'en vas courre le loup à Merlou (1). »
Mais le cardinal courait un plus noble gibier.
Ce qu'il lui fallait maintenant, c'était conti'aindre la Heine à des aveux complets. N'avait-elle pas eu, la veille, l'audace de lui dépêcher pour la seconde fois le sieur Le Gras, qui avait « renouvelé ses protestations. » En vain le cardinal avait répondu au secrétaire : « Le Roi en sait beaucoup plus que je ne vous en dis (2) ». Anne d'Autriche avait appelé à son aide le Père Gaussin. Elle avait endoctriné le religieux par la bouche d'un Gordelier, le Père Faure, son confesseur : (( Elle lui fit les mêmes serments qu'elle avoit faits au sieur Le Gras, disent non sans dédain les Mémoires, en sorte que le bon Père, qui ne savoit pas ce que le Roi savoit, en demeura persuadé par raison (3). »
Il en fut d'autant plus ardent à la défendre auprès du Roi, il insista sur l'insignifiance des lettres qu'elle avait écrites, lettres pleines de compliments et non de crimes d'Etat. Que de peines et d'humiliations on avait imposées à la Reine pour une faute qui, à la vérité, n'en était peut-être pas une!
Lorsque le cardinal entendit, de la bouche même du Roi, le plaidoyer du Père Gaussin, il observa que l'on avait la preuve des faits niés par la Reine et par son porte-manteau : les affaires de l'État avaient été plus d'une fois le sujet des lettres saisies.
Il est facile de vérifier aujourd'hui l'exactitude des projîos de Son Éminence, Victor Gousin ayant publié ces lettres au milieu du siècle dernier. Gelle du 23 juillet, adressée à M™" du Fargis, dit, en effet : « Je suis toujours bien en peine des bruits qui courent que le roi d'Angleterre et le roi d'Espagne vont être mal ensemble. » Gelle du 28 mai n'est pas moins compromettante. Elle est adressée au cardinal infant et destinée à être communiquée au comte duc, pour représenter au prince et au ministre qu'il importe fort au Roi Gatholique de ne pas se laisser ravir par le Roi Très Chrétien l'alhance du duc de Lorraine, dont la petite
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 808, note.
(2) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. III, p. 49.
(3) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petilot, t. X, p. 199