LE HOI NE VEUT PLUS SATTACIIHK
s'embarquer dans quelque amitié qui pourrait être iiuisiijle aux intérêts du Royaume. Si ce rôle éveillait quelque scrupule, sans doute se disait-il, comme M'"" de Motteville, que « de la manière que le Roi aitnoit, c'était le plus doux des plaisirs innocents ». Le /i- juin 1037, à la fin d'une loneue lettre qu'il écrivait à Louis XIII sur la guerre, il glissait cet insinuant paragraphe : « Je change de matière pour dii*e à Votre Majesté qu'un religieux est allé trouver M"" de Ghemerault pour lui dire qu'il savoit de bon lieu que vous la vouliez aimer, qu'il l'en avertissoit et de plus que, si elle vouloit se laisser conduire par ses avis en cette affection, ses affaires iroient bien. Cet avis est très véritable. Sa Majesté n'en fera pas semblant, s'il lui plait (1). »
Louis XIII ne soupçonnait pas que M'^" de Ghemerault était entre les mains de Richelieu. Il n'en écrivit pas moins de Fontainebleau, ce même k juin, cette réponse que son bon sens et sa vertu suffisaient à lui inspirer : « Je vous dirai que ceux qui ont fait ce discours à Ghemerault ne me connaissent pas bien, et n'ai nommé son nom depuis que je ne vous ai vu. Premièrement je suis résolu à ne m'engager avec quelque personne que ce soit, l'ayant plusieurs fois dit tout haut, afin que personne n'en prétendît cause d'ignorance. Secondement quand j'aurais cette intention, mon inclination ne va point de ce côté-là, étant trop méchante et brouillonne, et son visage ne me revenant pas, aussi que je sais que la Reine a mis en campag-ne tous ceux qui sont de son parti pour m'y porter, ce que je vois tous les jours. En troisième lieu, si j'avois à aimer quelque personne, j'aimerois mieux essayer à me raccommoder avec Haufefort qu'avec quelque fille qui soit à la Cour; mais, n'étant pas mon intention de m'engager jamais avec personne, comme je vous ai dit ci-dessus et encore l'ayant promis à La Fayette, à laquelle je n'ai jamais manqué de parole ni elle à moi, je persisterai jusqu'à la mort dans ledit dessein de ne m'engager à personne et essayerai à vivre le mieux que je pourrai en ce monde pour faire en sorte de g-agner le paradis, qui est le seul but qu'on doit
(1) Avene], Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 784.
LOUIS XIll A LA VISITATION 243
avoir eu ce iiioude. Voilà mou iuteutiou, eu laquelle je persisterai tant que le bou Dieu me fera la grâce de vivre. » Et pour preuve de sa résolution, le Roi déclarait : « Vous pouvez savoir que, depuis que je suis ici, je n'ai parlé à femme ni fille du monde (ju'à la Reine (l). »
Richelieu le savait, en effet, mais, le 30 de ce même mois de juin, il sut bien autre chose.
Une grave nouvelle.
Ce jour-là, on lui apporta dans son cabinet de Rueil une lettre du Père Caussin. Cette lettre était adressée à M. de Noyers. Gomme le secrétaire d'État ne se trouvait pas alors au château, le cardinal ouvrit le paquet et lut avec stupeur : « Je viens d'apprendre que le Roi, étant entré assez soudainement dans Paris, est descendu à la Visitation pour y voir M"*" de La Fayette. Cola m'a un peu surpris et me suis vu obligé d'en donner avis à Son Éminence par votre moyen. » Son Éminenco manifesta aussitôt un grand mécontentement, que ne purent apaiser ni les assurances ni les phrases lénitives qui défilaient sous ses yeux, tandis qu'elle achevait la lecture de la lettre : « Toutefois, je ne vois pas qu'il y ait rien à craindre, car je puis assurer que j'ai reconnu la fille dans une forte résolution de persévérer en la religion, de laquelle le Roi ne la divertira jamais. J'envoie un message exprès pour savoir si Monseigneur n'a rien à me commander là-dessus. Si vous jugez qu'il soit expédient, je Tirai voir après dîner (2). »
Le cardinal jugea qu'il était expédient, car le religieux fut mandé à Rueil.
Richelieu connaissait déjà certains détails de la visite du Roi, que M. de Noyers, enfin revenu, lui avait appris lui-même. Le secrétaire d'Etat se trouvait par hasard au parloir de la Visitation et il causait avec la supérieure, lorsque Louis XIII y était entré.
(1) Affaires étrangères, Lettres du Roi Louis XIII au Cardinal de Richelieu. Cette lettre a été publiée par M. Vaunois dans sa Vie de Louis XIII, p. 452, Paris, 1936.
(2) Père Camille de Rochemonteix, Nicolas Caussin, confesseur de Louis XIII, et le Cardinal de Richelieu, ^A!t2. Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, i.^ ,1). 810, note.