LE DAUPHIN SI ATTENDU
de Grosbois : « Je lus iiicr à Sainte-Marie, ce qui m'a rcdoimé la santé parfaite et augmenté la dévotion (1). »
Ce fut à la suite dune de ces visites si redoutées que se produisit, au début du mois de décembre, un événement dont les conséquences devaient combler les vœux du cardinal et de la France. Louis XIII se rend de Versailles au château de Saint- Maur, où déjà l'ont devancé sa chambre, son lit et ses officiers de bouche. Travei'sant Paris, il profite de l'occasion pour s'arrêter rue Saint-Antoine, à la Visitation. Mais .tandis qu'il échange de pieux propos avec M''" de La Fayette au parloir, un orage affreux éclate. Impossible de retourner à Versailles, impossible d'aller à Saint-Maur. Louis XIII décide d'attendre que l'orage cesse. L'orage redouble et la nuit approche. Où aller? Au Louvre? L'appartement du Roi n'y est jioint tendu. La Reine, il est vrai, s'y trouve en ce moment dans le sien. Le mieux n'est-il pas de lui demander bon souper, bon gite? C'est l'avis de M. de Guitaut, capitaine aux gardes, qui a toujours son franc parler avec le Roi. Louis XIII voudrait attendre encore. La violence de l'orage ne fait que croître. Guitaut renouvelle sa proposition et le Roi finit par consentir. Il se résigne, non sans avoir objecté que les heures de souper et de coucher qu'affectionne la Reine ne sont pas les siennes. Guitaut gagne le Louvre à bride abattue. Anne d'Autriche, avertie de l'heure à laquelle Louis XIII veut souper, se conforme à son désir. Le Roi soupe avec elle et ne la quitte qu'au matin. Et il s'ensuivit, le 5 septembre 1638 (2), la naissance d'un fils, le Dauphin si attendu. « Le Roi régnant aujourd'hui, disait plus tard l'Année Sainte de la Visitation, cet auguste prince Louis XIV, qui fut nommé du peuple Dieudonné (3). »
(1) Affaires étrangères. Lettres du Roi Louis XIII au Cardinal de Richelieu, Louis Vaunois, Histoire de Louis XIII, p. 459.
(2) La « visite » du Roi n'eut pas lieu le 5 décembre, comme on pourrait être tenté de le croire. Les Archives des Affaires étrangères conservent, en effet, une lettre de Louis XIII à Richelieu, datée du 2 septembre 1638, où l'on peut lire cette phrase : « La Reine se porte si bien, que je ne crois pas qu'elle accouche de quatre jours; elle est deux jours dans le dixième mois. »
(3) Père Camille de Rochemonteix, Nicolas Caussin, confeiseur de Louis XIII, et le Cardinal de Richelieu, p. 174.