Q:A DISGRACE DU PERE CAUSSIN
Cette disgrâce n'était pas celle dont s'étaient flattés les ennemis (lu cardinal. M. de Canipion, qui l'ignorait le 30 décembre, bien que la Gazette l'eût annoncée le 26, écrivait à Monsieur le Comte : « La Notre-Dame des Avcnts est passée et le ministre n'est pas arrêté, comme on nous l'avoit fait espérer. » Plus clairvoyant que beaucoup de factieux, Campion ajoutait : « Je ne doute point de l'éloig-nement du Père Caussin; mais, quoi qu'il en soit, le Roi étant persuadé qu'il a besoin de son ministre, qui est habile et heureux, je vous demande pardon si je vous dis que je ris des négociations du cal^inet pour le perdre. Il est bien trop établi pour les craindre et ce sont des chimères que des filles et d'autres gens bien intentionnés entreprennent, à quoi ils ne réussiront jamais (1). »
C'était bien l'avis du ministre lui-même, qui, dès le 27 juin, avait mandé à Chavigny : « Quant aux conseils que le Père Monod donne au Père Caussin sur le sujet de M"" de La Fayette, j'ai pris cela comme effet du peu d'expérience qu'il a de cette Cour, où les intrigues ne servent plus d'aucune chose. Vous savez, g-râce à Dieu, que je suis si assuré de a bonté du Roi, que je n'appréhende point qu'aucun artifice puisse changer la disposition de son esprit à mon égard (2). »
Au moment où Richelieu écrivait ces lignes qui n'étaient que l'expression de la vérité, il songeait de plus en plus à faire expulser de la cour de Savoie le Père Monod, qui ne cessait d'y contrecarrer la politique du Roi.
coup de vertu et d'excellentes intentions, il n'était point fait pour la Cour, où tout est nuance, tact, adresse, forme, souplesse, calculs, à-propos et savants détours. Caussin est d'une candeur rare, d'une sincérité exubérante, d'une franchise de langage presque brutale; lorsqu'il a une idée en tète ou qu'il entend un appel de la conscience, il n'est plus maître de lui, il fonce tout droit, sans craindre ni ménager personne, s'imaginant que, pour l'emporter, avoir raison suffit » (t. V, p. 102).
(1) Mémoires de Henri de Campion, p. 337-338.
(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. YII, p. 770.