‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 159 sur 219 · LES TROUPES ALM:.MANDES DURES AU PAYS · texte numérisé non relu

LES TROUPES ALM:.MANDES DURES AU PAYS

aniinosité aux sujets de Sa Majesté contre ses troupes, (juil ny avoit pas moyeu de les y faire retourner (1) ».

Bernai'd se disait hors d'état de recommencer la campagne avant d'avoir « reuionté » ses soldats; cependant il était bien résolu « à se remettre aux champs » dès que la belle saison serait revenue ; il comptait entreprendre alors « le siège de Rheinfelden ou se saisir de quelque autre passage sur le Khin, plus comuiodc et de plus facile garde que celui de Rhinau, avec l'espérance d'aller jusque dans les pays patrimoniaux de la maison d'Autriche et pousser les armes du Hoi jusque dans le cœur de l'Allemagne (2) ». En attendant, il s'arrangea pour demeurer dans les Franches-Montagnes. Louis XIII écrivit à Richeheu : « Je suis très aise que le duc de ^Yeimar ait pris ses quartiers d'hiver dans le comté de Bourgogne (3). »

En Languedoc.

Cinq mois plus tôt, le 2 juillet 1637, Louis XIII, dans la lettre môme où il exprimait au cardinal la joie que lui causait la prise de Champlitte, ajoutait : « Je ne doute nullement que les Espagnols ne veuillent entreprendre quelque chose vers le Languedoc (4. » Le cardinal était dans le même sentiment. Dès le surlendemain, il mandait à M. de Sourdis, alors en Provence : « Nous avons avis certains que les Espagnols préparent une armée de terre pour entrer dans le Languedoc, qui doit être commandée par Gerbellon, qui est déjà passé d'Italie en Espagne, et même qu'ils se veulent servir de leur armée navale. C'est pourquoi il est nécessaire de mettre celle du Roi en état de les bien frotter, comme vous avez bien conmiencé. Pour cet effet, on envoie deux cent mille livres comptant aux galères, afin que l'on en mette le plus grand nombre qui se pourra en mer avec l'armée navale. Si les chiourmes étoient assez fortes, l'intention du Roi seroit qu'elles y allassent toutes.

(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. IX, p. 47 i.

(3) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, p. 332.

(4) Ibidem, p. 312.

LES ESPAGNOLS MK.NACENT LE LA\GLEL>OC '.^lô

Ce sera à vous autres, Messieurs, d'avoir de si bons avis que vous jugiez où vous pouvez rencontrer l'armée ennemie (1). »

Cette menace d'une descente en Lang-uedoc, depuis trois ans formulée par les Espagnols, allait donc se réaliser. Le comté de Roussillon appartenant à l'Espagne, la place forte de Leucate, située à neuf lieues au sud de Narbonne, à neuf lieues et demie au nord de Perpignan, ne pouvait manquer d'être assiégée par les Espag-nols. Il y avait beau temps, d'ailleurs, que les galères d'Espagne, qui longeaient la côte, avaient accoutumé de la saluer de quelques boulets de leurs pierriers : a Leucate, d'après le Mercure français, est une montagne sur le bord de la mer et à l'extrémité de la France, du côté qu'elle confronte avec la plaine de Roussillon. » Avancée dans la mer, elle semble « une pièce détachée de la France par son étang; mais la France et l'Espagne la tiennent chacune par un bout » : le sommet de la montagne tient à la France par une langue de terre entre deux étangs; le bas, entre le midi et le couchant, « communique avec l'Espagne par une plage qui est entre la mer et l'étang de Leucate ».

Vers la fin du mois d'août 1637, M. de Barry, gouverneur de Leucate, attendait l'attaque imminente des Espagnols. La forteresse était constituée par un donjon, grosse tour ronde entourée d'un boulevard antique et munie jadis, par François r"", de quatre petits bastions. C'est la sentinelle de l'un de ces petits bastions qui, le 29, sur les quatre heures du matin, entendit « quantité de mousquetades et de tambours battant la diane » vers la petite ville espagnole de Salces. M. de Barry, aussitôt averti, descendit à la courtine et il inspecta l'horizon : les fumées des corps de garde des troupes ennemies montaient dans le ciel du côté du Mal^^as, « qui est le passage par où l'on vient de Roussillon en Languedoc ».

Cinq jours plus tard, ces troupes, commandées par le comte Cerbellon, assiégeaient Leucate ; dLx-sept mille travailleurs creusaient des retranchements dans la montagne pour fortifier le camp espagnol et n'étaient pas sans étonner les Fran-

(!) Eugène Sue, Correspondance de Sourdis, t. I, p. 410.

296 ILS ASSIEGENT LEUCATE

<;ais, qui, selon la remarque toujours juste du Mercure, « donnent tout à la valeur et au courage, aimant mieux conquérir la terre par force que la remuer avec travail ». Tandis que le duc d'IIalluin, gouverneur de Languedoc, organisait les secours, le comte Gerbcllon crut devoir « attaquer la fidélité du sieur de Barry avec des pistoles d'Espagne (1) ».

Tu commerçant suspect, nommé Rouch, sera l'émissaire. Le gouverneur français, pour se renseigner et tâter le terrain, envoie un tambour vers les retranchements espagnols.

On lui oii're à boire à la table de Cerbellon, qui commande le camp ennemi.

Après cette beuverie et quelques pourparlers, Rouch est introduit dans la forteresse. Il offre à M. de Barry, de la part du roi d'Espagrne, cinquante mille écus comptant et une pension de six mille pour rendre Leucate. Barry, outré de colère, se contient et le dialog"ue s'engage entre le gouverneur et le marchand: (( — Les Espagnols sont forts. En persévérant dans votre refus, vous aurez affaire à des gens qui ne vous épargneront pas. — Vous pouvez leur dire qu'ils se heurteront à un soldat qui est ambitieux et qui se réjouit d'autant plus de leurs grands efforts, qu'il aura plus de gloire à les vaincre (2). » Rouch a son compte, qui n'est pas celui d'un marchand.

Deux jours plus tard, un autre dialogue, celui des artilleries. Dialogue fort inégal, car les assiégés ont peu de canons, et ce sont des bombes d'un pied de diamètre qui éclatent sur la forteresse.

Cependant de Béziers, le 8 septembre, le duc d'Halluin conjurait Sourdis d'accourir de Provence avec les galères et de débarquer sur la plage de Leucate : « Puisque vous avez pris possession de chasser les ennemis des lies... je vous demande... secours... et vous êtes obligé à me le donner. Que si, avec trois ou quatre mille hommes, vous débarquez du côté de la mer et que nous donnassions au retranchement de l'autre, à mesure

(1) Mercure français, t. XXI, p. 427 et suivantes.

(2) Ibidem, p. 433-434.

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