‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 16 sur 219 · AUTOUR DE MONSIEUR. — PUYLAURENS · texte numérisé non relu

AUTOUR DE MONSIEUR. — PUYLAURENS

Quelque trois mois plus tard, le 3 mai 1634-, Puylaureus montait le grand escalier du palais royal de Bruxelles, en compagnie d'une dizaine de gentilshommes, lorsqu'une arquebusade de vingt-cinq balles fut déchargée à courte distance par un inconnu qui disparut. Atteint d'un projectile à la joue, Puylaurens entendit Monsieur s'écrier : « C'est une Chanteloubade », et il ajouta luimôme : « J'ai de l'obligation à la princesse de Phalsbourg de ce qu'elle n'a pas voulu me faire saluer d'une balle seule. »

Il est probable que le comte duc d'Olivarès n'était pas complètement étranger à cette arquebusade (1). Le ministre espagnol n'ignorait pas que Monsieur ne cessait de négocier avec le cardinal son retour en France et il avait des raisons de croire que Puylaurens servait d'intermédiaire. Juste en mai 1G34, où Gaston était sur le point de resserrer les engagements qui le liaient à Madrid, les négociations entamées avec Richelieu étaient bien avancées. Or, trois mois ne s'étaient pas écoulés depuis que Louis XIII avait tenu un lit de justice où il avait été question de Monsieur. Le 28 janvier au Palais, le Roi s'était assis à l'un des angles de la Chambre dorée, sur le coussin traditionnel : « Je viens en mon Parlement, arait-il dit, témoigner par effet mon affection envers mon frère et mon amour envers mon pauvre peuple. » Puis le cardinal avait prononcé un panégyrique du Roi, qui était son propre panégyrique, puisque la politique de son maître était la sienne. Otant son bonnet, chaque fois qu'il nommait le Roi, il avait parlé « avec dignité, assurance et facilité, une grâce non pareille (2) ». Après le discours de Richelieu, le Parlement avait entendu, dé la bouche d'un lecteur, la déclaration royale, qui insistait sur la misère où se trouvait le peuple : « Nous avons résolu, disait Louis XIII, supprimer dès à présent plusieurs impositions dont il est foulé, le décharger d'un quartier des tailles et lui faciliter le paiement du reste en révoquant les privilèges de très grand nombre de personnes, qui, étant les plus riches des paroisses, sont cause, par les exemptions dont

(1) Voir Ja lettre écrite au comte-duc par le sieur de Clauzel, le 15 juin 1G33, Henrard, Marie de Médicis dans les Pays-Bas, 430-431.

(2) Mémoires de Mathieu Mole, t. II, p. 198-199

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