LE DUC DHALLLIN BAT LES ESPAGNOLS
« Durant ce silence, nous explique Sourdis, quelque particulier de raruiée se souvint qu'il y avoit quatre bataillons d'infanterie et deux escadrons de cavalerie, lesquels, n'ayant pa entrer à l'attaque du sieur de Saint-Aunez, ctoient inutiles. Il les alla quérir et les amena au champ de bataille. » Le bruit se répandit aussitôtque quatre mille hommes et quatre cents chevaux frais allaient arriver. Gourant et grossissant de proche en proche, ce bruit atteignit les Espagnols. Il leur enleva tout courage. Le jour, qui parut enfin, éclaira de sa lumière grise une campagne, à travers laquelle les troupes d'Espagne se retiraient, un « étang tout couvert de gens qui se siuvoient et qui se noyaient » et, dans les diverses batteries, une profusion de canons abandonnés. A la tête de ses escadrons, Halluin marcha droit au camp évacué par la cavalerie du Roi Catholique.
Une semaine plus tard, Richelieu, enthousiasmé, mandait à Chavigny : « Je vous dépêche ce courrier afin qu'à votre arrivée vous puissiez donner à M. le Cardinal de La Valette la nouvelle que nous venons de recevoir du bon succès qu'il a plu à Dieu donner aux armes du Roi en Languedoc, ce qui ne donnera pas peu d'envie à celles qu'il commande de faire quelque chose de considérable. Je ne parle pas pour lui, parce que je sais que sa juste ambition ne peut être plus grande qu'elle est, et j'en réponds comme de moi, qui me mets souvent au nombre des braves, quoique non si furieux que le bon Père Joseph ciprésent. Leucate est secourue après trente et un jours de siège.
Celui qui étoit dedans a fait des merveilles pour se défendre. Les retranchements des ennemis ont été forcés, quatre mille sont demeurés morts sur la place, cinq cents prisonniers, force chefs tués, quarante-cinq pièces de canon prises, quatre mortiers, toutes les munitions et tout le bagage, jusques au lit, à la casaque, au bâton et aux mules de Cerbellon, leur général ; douze drapeaux demeurés et quatre ou cinq cornettes. Enfin la bataille est absolument gagnée, et, de tous les ennemis, il ne
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s'en est pas retourné mille en Espagne, beaucoup s'ctant noyés. M. (rilalluin a fait merveilles et est blessé (1). »
Le duc d'Halluin, au dire même de Sourdis, avait été, à cette bataille, « soldat, capitaine et général ». Le 22 octobre 1037. Louis XIII était à la veille de lui donner la récompense de sa valeur : « Vous savez, écrivait-il à Riclielieu, ce que je vous ai déjà dit sur le sujet de M. d'Halluin, estimant qu'il étoit à propos de faire connoitre par effet à tout le monde le gré que je lui sais de s'être conduit avec la chaleur qu'il a fait pour chasser les Espagnols du Languedoc. Je vous prie de me mander encore si vous ne trouvez rien à redire à ma pensée et, en ce cas, faire tenir toutes les expéditions prêtes par M. de Noyers, afin que je puisse envoyer un des miens les lui porter. » Et la joie de Louis XIII éclatait dans la dei'nière phrase de la lettre : « Je me porte bien aujourd'hui et vous puis assurer que je suis plus content de vous que je ne fus jamais (2). » Cette joie n'éclatait pas moins dans la lettre que le Roi écrivit de sa propre main au vainqueur de Leucate après lui avoir expédié ses provisions de maréchal de France : « Vous avez su vous servir si à propos de votre épée, que je vous envoie nn bâton, tant pour marque du contentement que j'en ai, qu'afin qu'une autre fois vous ayez à choisir les armes dont vous voudrez vous servir, si mes ennemis se présentent en lieu où vous puissiez de nouveau leur faire connoitre ce que vous valez. Je n'accordai jamais grâce de meilleur cœur que je fais celle-ci, pour perpétuer en votre personne le nom du maréchal Schomberg-, qui, m'ayant été fort agréable en celle du père, ne me le sera pas moins en celle du fils (3). »
Tandis que Louis XIII invitait le duc d'Halluin à s'appeler désormais le maréchal de Schomberg-, un autre maréchal venait d'être rappelé à la Cour. C'était Vitry. Le Roi l'attendait non sans impatience. Le 12 il avait, du château de Villeroy, près de Corbeil, mandé au cardinal : c Livry m'a dit que le maréchal
(1) Avenel, Lettres du Cardinal- de Richelieu, t. V, p. 865-866.
(2) Comte de Beauchamp, Le Roi Louis XIII d'après sa correspondance avec It Cardinal de Richelieu, p. 328.
(3) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. III, p. 87.
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(le Vitry étoit passé à Lyon et qu'on disoit qu'il veuoit eu poste. Si de hasard il vient avant que je sois à Versailles (qui sera le 15 au soir ou le 16 au matin), je vous prie me mander si j'exécuterai ce que nous avons résolu, ou bien si j'attendrai que je sois à Versailles ou Saint-Germain (1). »
Quinze jours ne s'étaient pas écoulés et le marquis de Gesvres, capitaine des gardes, arrêtait au nom du Roi le maréchal de Vitry et le conduisait à la Bastille Retour des choses d'ici-bas, celui qui avait dû sa carrière à l'arrestation de Concini était arrêté en vertu de la même. volonté royale.
En Guyenne.
Le Roi et le cardinal, qui venaient de voir avec tant d'inquiétude l'entreprise des Espagnols sur Leucate, ne songeaient pas sans ennui aux postes que les Espagnols occupaient depuis l'année précédente sur les frontières de Guyenne, le pays de Labourd, Saint-Jean-de-Luz et, en face de cette ville, le petit village de Socoa, défendu par un fort. Cet ennui s'était changé en une véritable inquiétude, lorsque, vers le début du mois de mai 1637, ils avaient appris qu'une horde de factieux s'était levée en Guyenne sous le nom de Croquants. Huit mille de ceux-ci formaient une armée disciplinée que commandait un gentilhomme de la province, M. de La Mothe-La Forêt. Ils s'étaient emparés de Bergerac et s'y étaient retranchés au faubourg de la Madeleine. Le cardinal désirait d'autant plus recevoir la nouvelle d'une victoire remportée par le duc de La Valette, fils du duc d'Epernon, que de mauvais bruits, nés à Sedan, repaire du dangereux duc de Bouillon, commençaient à circuler à la Cour : « J'ai empêché jusques à présent, écrivait Richelieu à La Valette, le 30 mai 1637, que ces mauvais bruits ne soient allés jusques aux oreilles du Roi et je ne désire rien tant qu'ainsi qu'il est arrivé de bons événements en Provence, il en puisse arriver en Guyenne, afin que je les fasse
(1) Comte de Beauchamp, Le Roi Louis XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, p. 325-326.