‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 163 sur 219 · LE DUC DE LA VALETTE A BERGERAC · texte numérisé non relu

LE DUC DE LA VALETTE A BERGERAC

valoir. Je vous coiijuio donc de faire quelque chose d'extraordinaire et vous assure que vos intérêts nie seront plus chers qu'à vous-même (1). » Le 13 juin, Richelieu put écrire à Louis XIII : « La défaite des Croquants (battus à La Saiivetat dEyniet entre Marniandc et Bergerac par le duc de La Valette et le comte de Maillé) est bien certaine. M. de La Valette a dépêché un courrier pour en apporter la confirmation. Il est demeuré quatorze cents hommes sur la place, outre quantité qui se sont retirés en leurs maisons. Le dit sieur de La Valette mande qu'il s'en va droit à Bergerac, où le reste de cette canaille s'est retiré en nombre de cinq ou six mille, avec du canon, et qu'il espère de les avoir bientôt réduits à la raison ('2). » Il y avait alors huit jours que La Valette s'était avancé, à la tcte de trois mille hommes et de quatre cents chevaux, vers la Madeleine, ce faubourg de Bergerac solidement occupé par les rebelles.

Richelieu apprit bientôt que les rebelles terrifiés avaient proposé au marquis de Duras, lieutenant du duc de La Valette, une entrevue .avec leur général. Si on leur accordait une « entière abolition du passé », ils déposeraient les armes. La Mothe- La Forêt était sorti du faubourg et s'était avancé à deux cents pas de ses retranchements pour conférer avec le marquis. Il lui avait déclaré que les communes du Périgord l'avaient choisi pour chef en le menaçant de le brûler dans sa maison avec sa femme et ses enfants, s'il essayait de se dérober à leur choix (3). Allégation qui doit être exacte, car les Vendéens ne procédèrent pas très différemment en 1793. La Mothe-La Forêt s'était excusé de sa révolte en assurant le marquis de Duras qu'il n'avait autorisé aucun excès et qu'il était prêt à mettre bas les armes, (( quand il j)lairoit à Sa Majesté ». Sans doute avait-il rappelé tout ce que les communes du Périgord avaient eu à soull'rir des soldats royaux, — en dépit des sages règlements du Roi sur le « logis des gens de guerre » : — le feu dans leurs hameaux, le rapt de leurs filles, « le violement de leurs femmes à la

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 780.

(2) Ibidem, p. 786.

(3) Père Griiïet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. III, p. 78-79.

LES «t CROQUANTS . E\ PERIGORD 307)

vue des pauvres maris garrottés et mis à la torture, la perte de tout ce que ces harpies eiilevoient de même que si cette province eût été à conquérir ». Le marquis de Duras avait exigé avant toute chose le désarmement des Croquants et })arlé de la bonté du Roi en laquelle il fallait espérer. La Mothe-La Forêt avait répondu qu'il ne lui fallait qu'une demi-heure pour convaincre ses troupes. Mais lorsqu'il était revenu à la Madeleine, un médecin du nom de Magot avait essayé d'ameuter les troupes contre leur général, qui, disait-il, ne parlait de soumission que parce qu'il était vendu au duc de La Valette. Avec cinq mille d'entre eux, Magot s'était aussitôt retranché dans la citadelle de Bergerac. Suivi d'un millier de ses fidèles, La Mothe-La Forêt l'y avait forcé et blessé de trois coups de pistolet. Ses hallebardiers l'avaient achevé. Le 7 juin. Je duc de La Valette était entré dans la ville, que tous les Croquants avaient quittée la veille pour rentrer dans leurs foyers et, le 8, il avait marché sur Périgueux, qu'il avait bientôt pacifié.

C'était le marquis de Duras qui, sur l'ordre du duc de La Valette, avait porté ces bonnes nouvelles au Roi, tandis que le cardinal recevait d'un maréchal de camp de l'armée de Guyenne une lettre dont il s'empressa de soumettre le contenu à son maitre : « Espenan, mandait Richelieu à Louis XIII le 18 juin, propose d'accorder une abolition aux Croquants, — en en faisant au préalable pendre une douzaine des plus coupables et séditieux qui sont pris, — à condition qu'ils fourniront quatre mille hommes de pied effectifs, pour deux mois, avec lesquels Espenan écrit que, les troupes du Roi étant renforcées, on pourroit chasser les Espagnols de Saint-Jean-de-Luz et de Socoa. On estime cette proposition fort bonne, s'ils la peuvent faire réussir (1). » Louis XIII répondit le jour même au cardinal : « Je trouve très à propos la proposition d'Espenan pour les Croquants, pourvu (ju'ils la puissent exécuter et que ce ne soit point un prétexte à ces marauds de se rassembler pour faire pis qu'ils n'ont fait par le passé (2). » Le Roi et son ministre, heui*eux de

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 788.

(2) Affaires étrangères, Lettres de Louis XIII à Richelieu.

UICIIELIEU. — T. V. 20

nOC) REPRESSION DE LA 1{K\()LTE

voir (|uc la rôhcUioii était apaisée et que les Croquants n'avaent point d'intelligence avec l'Espagne, renvoyèrent le marquis de Duras avec l'abolition qu'il avait demandée pour les coupaldes : « Il vous dira, si i)ai'ticulièrement, écrivit Richelieu à La Valette le 22 juin, la satisfaction de Sa Majesté de votre conduite en cette occasion, le gré qu'elle lui sait de la façon avec laquelle vous y avez agi et l'honneur qu'elle lui a départi, l'ayant fait maréchal de canq) dans ses armées, qu'il seroit superflu d'y ajouter aucune chose; aussi me contenterai-je de vous dire que le voyage de M. de Beaupuis n'a pas été moins agréable à Sa Majesté que celui du dit sieur de Duras, en ce qu'il l'a confirmée en la croyance qu'elle a toujours eue de la sincérité de votre affection pour sa personne. Pour moi qui prends part à tout ce (jui vous touche, j'en ai grande joie, voyant que c'est le seul et vrai moyen de démentir tous les beaux desseins que vous savez qui se font à Sedan. Je veux croire que vous serez aussi heureux contre les Espagnols que vous l'avez été contre les malheureux révoltés. Je ne doute pas que vous ne fassiez l'impossible à cet effet (1). » Le soir du morne jour, le cardinal vit arriver à Rueil un courrier qui lui annonça que MM. de Menillet, Vrolik et de La Ralde « avoient heureusement exécuté le dessein pour lequel le Roi les avait envoyés » en pays basque : à trois lieues par delà Saint-Sébastien, ils s'étaient saisis du port et de la forteresse de Guetaria : « Ils y ont douze cents houmies, écrivit aussitôt Richelieu à Louis XIII, avec outils et pionniers pour s'y fortifier. Us espèrent grandement incommoder les Espagnols, tant par les courses qu'ils feront dans le pays qu'en empêchant qu'ils apportent par mer des vivres aux forts qu'ils ont en France. Je dépêche un des miens à M. de La Valette, pour lui faire connoitre que la prise de ce poste lui donne beau lieu de presser les ennemis. Je l'en conjure autant qu'il m'est possible, l'assurant que je ferai valoir ses services auprès de Votre Majesté, si, ensuite de la défaite des Croquants, il peut chasser les Espagnols. Le courrier, qui vient d'Irun, a passé dans les

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 792-793.

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