‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 165 sur 219 · LE DUC DEPERNON ET SES FILS · texte numérisé non relu

LE DUC DEPERNON ET SES FILS

supplie très huinbleiiicnt de m'en dispenser et de trouver bon qu'ayant eu jusques à présent les mains nettes, je conserve ma réputation et (jue je ne l'expose point aux clameurs de vos pauvres sujets, dont les nécessités ne me sont que trop connues (1). »

Le Roi et le cardinal jugèrent que le duc d'Épernon, afin d'accroître sa puissance en Guyenne, voulait s'y rendre populaire à leurs dépens. Ils chargèrent le prince de Gondé de prendre le conniiandement de ses armées dans ce gouvernement. Le cardinal, toutefois, ne désespérait pas de ramener le duc de La Valette dans la bonne voie. Il écrivit, le 10 octobre 1G37, à M. dEspenan : « Sa Majesté ayant envoyé quérir Monsieur le Prince pour l'envoyer en Guyenne, l'intérêt que je ju'eiids à ceux de M, de La Valette t'ait que je serois très aise qu'il pût faire en sorte que Monsieur le Prince trouvât la plus grande partie de la besogne faite. Nous apprenons de tous côtés, et c'est chose véritable, que les ennemis y sont extrêmement faibles. Cette considération et l'exemple du Languedoc lui doit donner lieu de faire l'impossible (2). »

Le cardinal de La Valette apprit, au bout de trois semaines, que le duc son frère n"avait pas fait l'impossible et qu'il avait peu de part à la retraite des Espagnols, qui était la bonne nouvelle du jour : « Cette bonne nouvelle, lui écrivit M. de Noyers le 31 octobre, mérite bien ce courrier exprès. Hier soir, M. de Hautmont l'apporta à Sa Majesté de la part de M. le Duc de La Valette, qui mande que, soit que la maladie, qui leur a tué huit mille hommes dans leurs forts, les y ait conviés, soit qu'ils aient désespéré de pouvoir soutenir davantage une si longue et si inutile dépense dans ces retranchements, ou que le bruit du commandement que le Roi avoit donné à niondit sieur le Duc de La Valette de rassembler ses troupes leur ait fait peur, les obligeant à prévenir cet effort, enfin, le *25 à neuf heures du matin, ils mirent le feu à leurs huttes et se retirèrent en Espagne, ne laissant autre marque de leur séjour durant une

(1) Levassor, Histoire de Louis XIII, t. V, p. 334-336.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 873.

Page 1