RICHELIEU PATIENTE ENCORE
année entière et révolue jour pour jour depuis leur entrée, que des restes dune etTroyable dépense. Ainsi voilà désormais la Guyenne paisible grâces à Dieu, et les armées du Roi, qu'il falloit de nécessité y tenir, en liberté d"ètre utilement employées ailleurs (1). »
Ce qui importait au cardinal de La Valette, c'était de savoir si le ministre pardonnait l'obstination du duc à ne point se rendre à ses désirs : M. de Noyers se contenta de lui écrire : « Je me serois réjoui avec vous. Monseigneur, de la retraite des Espagnols de la Guyenne, si M. le Duc de La Valette y eût eu autant de part que je l'eusse souhaité : néanmoins cela a rompu le voyage de Monsieur le Prince, qui part demain à la pointe du jour, pour s'en retourner en Bourgogne. J'ai vu en ma présence Niœ (le Roi), nonobstant cet heureux succès, vouloir toujours agir contre le parent de 22 (le duc d'Épernon), et Nestor (Richelieu) le détourner, me jurant que c'étoit la seule considération de 21 (le cardinal de La Valette), qu'il aimoit tendrement, qui l'empêchoit de prendre l'occasion de châtier des personnes qu'il n'avoit pas sujet d'aimer (2). »
Un g-entilhomme du duc de La Valette vint au château de Grosbois le 6 novembre 1637 : « Je lui ai dit, manda Louis XIII à Richelieu, qu'il dit à son maître que j'étois bien fâché que les Espagnols se fussent retirés sans avoir sur les doigts ; que M. d'Halluin, lequel n'y avoit pas tant apporté de façon, les avoit bien chassés de leurs retranchements et y avoit acquis un grand honneur: que, si M. de La Valette eût voulu, il eût bien fait de même . Il m'a fait des réponses fort faibles et s'en est allé là-dessus (3). » Le cardinal, dans les Mémoires, partag-e le sentiment de son maître ; d écrit : (( Le duc de La Valette manda au Roi qu'il étoit sur le point d'aller attaquer les ennemis de force, quand ils se retirèrent; mais ce lui fut un grand désavantage que leur fuite précipitée lui eût ravi la gloire de les y avoir forcés (4). »
(1) Aubery, Histoire du Cardinal Duc de Richelieu, t. III, p. 522-523.
(2) Ibidem, p. 526.
(3) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance ai^ec le Cardinal de Richelieu, p. 330.
(4) Mémoires du Cardinal de Richelieu, t. X, p. 188.
310 E.MOTIU.N Ri:LlGlKrSI-: DE LOUIS XIU
Le vœu de Louis XIII.
Dans sa lettre du G novembre, Louis XIII, annonçant à Richelieu quelques menus succès, avait commencé par cette phrase joyeuse : « Il m'arrive toujours de bonnes nouvelles à Grosbois(l). » Ce qu'il pouvait admirer en cette fm de l'automne 1637, c'était le rétablissement des affaires
Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses promesses.
Ni le cardinal, d'ailleurs, ni le Roi ne cessaient de reconnaître les bienfaits du Ciel. Une année auparavant, presque jour pour jour, apprenant, après la prise de Gorbie, la levée du siège de Saint-,lean-(ie-Losne, Richelieu s'était souvenu qu'une religieuse Calvairienue avait, à la suite d'une révélation du Christ, prédit ces deux événements si ardemment désirés (2). Le Père Joseph avait dressé procès-verbal de cette révélation. Ce n'est point la seule que transcrivit l'Éminence grise. Il en est une autre que Louis XIII n'oubliait point; il la tenait d'Anne de Goulaine, en religion .Mère Anne de Jésus Crucifié : « Je fais des grâces, avait dit Notrc- Seigneur, et après on ne s'en souvient plus quand j'ai garanti des périls. Quand cela est, je change mes grâces en punitions et je châtie les ingrats... Il faut que ton Roi ne soit de ce nombre... Je veux aussi qu'il fasse honorer ma Mère en son Royaume en la manière que je lui ferai connaître. Je rendrai son Royaume, par l'intercession de ma Mère, la plus heureuse patrie qui soit sous le ciel (3). »
Le 24 novembre 1636, le Roi avait écrit au cardinal : « Depuis la prise de Corbie, je me suis mis dans la dévotion beaucoup plus que devant, pour remercier Dieu des grâces que j'en reçus en cette occasion ('i-). »
(1) Comte de Beaucluimp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, p. 329.
(2) Voir ci-dessus, p. 171,
(3) Gustave Fagniez, Le Père Joseph et Richelieu, t. II, p. 245-24G.
(4) Comte de Beauchamp, Le Roi Louis XIII d'après sa correspondance a-^'ec le Cardinal de Richelieu, p. 282.
LA FHANCE CONSACHKl': A LA SAINTL VlKlîCE 311
C'est, n'eu doutons pas, sous l'influence de Richelieu et du Père Joseph que le Roi lit rédiger, vers la fin du mois de déccnihre 1637, la Déclaration pour la protection de Ui Vierge. Elle commence avec la majesté d'une oraison funèbre de Bossuet : *< Dieu, qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l'esprit qu'il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre Etat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne sans y voir autant d'effets merveilleux de sa bonté que d'accidents qui nous pouvoient perdre. Lorsque nous sommes entrés au gouvernement de cette Couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d'en troubler la tranquillité; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause, que l'on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins.
En divers autres temps, l'artifice des hommes et la malice du diable ayant fomenté et suscité des divisions non moins dangereuses pour notre Couronne que préjudiciables au repos de notre maison, il -lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice. La rébellion de l'hérésie ayant aussi formé un parti dans l'Etat, qui n'avoit d'autre but que de partager notre autorité, il s'est servi de nous pour en abattre l'orgueil, a permis que nous ayons relevé ses saints autels en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avoit ôté les marques. Si nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes, qu'à la vue de toute l'Europe, contre l'espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs États, dont ils avoient été dépouillés.
Si les plus grandes forces des ennemis de cette Couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins pour faire voir à toutes les nations que, comme sa Providence a fondé cet État, sa bonté le conserve et sa puissance le défend.
...Nous déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse