‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 173 sur 219 · IL NE FAUT QUL'X CHEF EN UNE ARMEE · texte numérisé non relu

IL NE FAUT QUL'X CHEF EN UNE ARMEE

villes de la rivière de Soiunie se trouveront de même. » Et le ministre en arrivait à cette conclusion : « Il n'y a rien si nécessaire, pour (jue le Roi puisse avoir les cœurs de ses sujets, que l'observation de sa parole, à laquelle n'oubliant rien de ce qui dépendra de moi, j'userai de plus grande civilité qu'ils ne l'ont pas, en ce que je les avertirai des changements quil est nécessaire de faire à leurs résolutions, au lieu que jamais ils ne nous disent mot des traités et partis qu'ils font tous les jours au préjudice des promesses de Sa Majesté (1). »

Cependant M. du llallier, qui remplaçait le maréchal de Brézé, avait investi Le Catelet, et Richelieu avait prescrit à Châtillon et à La Force de « s'avancer diligemment pour prendre un poste entre cette ville et Cambrai ». Depuis le il août 1638, les deux armées s'étaient fondues en une seule. Louis XIII avait écrit aux deux maréchaux : « Ayant reconnu que la plupart des fâcheuses rencontres qui sont arrivés pendant cette campagne, en mes armées, ont été causées parce qu'elles n'ont pas agi avec l'union nécessaire, chacun ayant désiré donner avantage au corps qu'il a commandé, j'ai résolu, pour éviter à l'avenir ces inconvénients, de joindre ensemble les deux armées que vous commandiez séparément pour en former un seul corps que chacun de vous commandera à son tour selon le rang de son ancienneté (2). » Le cardinal constatait dès le '22 août : « Plus on va en avant, plus reconnait-on qu'il ne faut qu'un chef en une armée et point de conseils publics (3). »

Le 25 août, Richelieu est à Chaulnes et il apprend que M. du Hallier « a ouvert la tranchée ». Il annonce au Roi le 31 : « Le siège du Catelet continue et M. du Hallier estime qu'il aura la place le 8 septembre. L'armée de MM. de La Force et de ChAtillon est logée à Crévecœur et à Vaucelles, de façon que M. du llallier est entièrement couvert et n'a rien à craindre (4^).» Mais le 11 septembre, la place n'a pas encore capitulé et, de Saint-

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI. p. 99-100.

(2) Archives de ta Guerre, vol. 48, p. 232 bis.

(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 102.

(4) Ibidem, p. 128.

0\ REPRKND EN MAl.NS LE COMMANDEMENT '.V^l

Germain, le Roi mande au cardinal : « La prise du Gatelct jne semble bien longue, on voit par là ce que c'est que mettre de bons hommes dans les places (1). » A quoi Richelieu répond le 12 : « Le capitaine espagnol dit ouvertement qu'il juge ])ien qu'il faut se rendre, mais qu'il est tellement assuré d'être pendu, s'il le fait, que cela le retient (-2). » Le 14 septembre enfin, les mines ont joué, la place est emportée d'assaut.

Il y avait alors dix jours que le maréchal de Chàtillon, mandé au Louvre par le Roi, s'était arrêté à Saint-Quentin où Son Éminence lui avait donné ce conseil : « Je suis d'avis que vous alliez droit chez vous sans voir Sa Majesté, car elle n'est pas contente de vous ; il faut prendre du loisir pour accommoder vos affaires (3). » Et bientôt une lettre de Louis XIII avait changé en un ordre formel le conseil de Richelieu.

La Force, en dépit de son âge, que le cardinal jugeait « un mal irrémédiable », garda le commandement de l'armée. 11 eut ordre de faire vivre ses troupes « dans le pays ennemi, tout le reste de la campagne (4) ». « De pouvoir entreprendre autre chose, expliquent ses Mémoires, il n'y avoit pas moyen, d'autant que la saison étoit fort avancée et qu'il y avoit de grandes maladies dans l'armée; d'ailleurs, il est certain que le prince Thomas et le comte Piccolomini étaient toujours à trois ou quatre lieues de lui avec leurs armées, le côtoyant toujours. Néanmoins, il s'avance vers la rivière de Selle, qui va de Cateau-Gambrésis à Valenciennes. » Mais bientôt la pluie et le froid, le manque de fourrage et de pain, le contraignent à se rapprocher de la frontière. Posté quinze jours durant à Ilanape, il quitte ce village, dispose son armée aux environs de Guise, distante de deux lieues, et reçoit dans la petite ville une lettre du Roi, qui le blâme : « La nouvelle que m'a apportée le capitaine Desjourac de votre délogement du camp de Hauape sans mon ordre ma tellement surpris que je ne puis témoi-

(1) Affaires étrangères, Lettres de Louis XIII à Richelieu.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 159.

(3) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de Frarne, t. III, p. 220.

(4) Ibidem, p. 220-221.

:V3S SLCCES EX ALSACE

gner le luécontcnteinent que jeu ai, lequel est d'autant plus grand que, par votre éloig-nement de la frontière, vous laissez les places de Catoau en Canibrésis et Landrecies en péril, et qu'en entrant dans le Royaume vous portez dans le sein de mes sujets tous les maux et la ruine que traîne après soi une armée mal disciplinée (1). » La Force répond au Roi qu'on ne lui a jamais commandé de rester à Hanape : « il a été hors de sa puissance d'y retenir les troupes », qui abandonnaient leurs quartiers pour « venir chercher du couvert en Fi-ance (2) ». Un mois plus tard, les troupes des deux partis rentraient dans leurs quartiers d'hiver. Les généraux français pouvaient se féliciter de deux beaux succès, ils avaient repris Renty et ce Catelet, dont les Espagnols s'étaient emparés en 1G3G et entendaient se servir, disent les Mémoires du cardinal, comme « d'une porte en leurs invasions contre la France ». Plus au nord, il est vrai, le prince d'Orange, notre alhé, avait été moins heureux : dès le •11 août 1638, le cardinal infant, accourant avec seize mille hommes, l'avait forcé à lever le siège de la ville de Gueldre, et depuis, la faiblesse du Hollandais avait rendu toute nouvelle entreprise impossible avant l'hiver.

La campagne d'Alsace.

Quelques jours avant la levée de ce siège, Richelieu, alors dans Amiens, écrivait sur le dessus d'une lettre adressée à Chavigny : « Depuis ce paquet fermé, la bonne nouvelle apportée par M. Truchsess est arrivée (3). » Certes, depuis le début de l'année, le duc Bernard, dont Truchsess était le chambellan, avait obtenu de beaux succès. Il avait, à la fin de janvier, quitté ses quartiers d'hiver pour attaquer les quatre villes forestières, Sekinghen, Valshut, LautTenbourg et Rheinfelden. Il s'était emparé aisément des trois premières. Battu, le 28 février, par Jean de Werth, tandis qu'il assiégeait la quatrième, il avait pris sa revanche le 3 mai*s,

(1) Archives de la Guerre, \0 . 48, p. 422.

(2) Mémoires du Duc de I.a Force, Maréchal de France, t. 111. p. 459-460.

(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 98.

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