CHRISTINE RÉGENTE DE SAVOIE
Et le r' mars 1638, Madame, qui venait d'exiler le Père à Coni, mandait au cardinal : « Pour vous plaire, j'ai consenti à me priver du plus ancien serviteur que j'ai entre tous mes sujets et qui a témoigné autant de passion pour la France et pour votre service particulier que s'il eût été naturel Français (1). «
Le "26 mars 1638, Bremo capitula. Madame, effrayée, écrivit au Père Monod de reprendre la conversation avec Leganès; mais, voyant arriver à Turin, au début d'avril, le comte de Guiche, l'un des lieutenants du cardinal de La Valette, elle se bâta de donner contre-ordre au relig-ieux.
La Valette ne parut en Piémont que le 6 mai. Il apprit à Pigiierol une grave nouvelle. Un complot s'était tramé pour livrer Casai aux Espagnols. L'auteur du complot était Monteil, gouverneur du cbâteau de Casai, L'instigatrice était Marie de Mantoue, veuve du duc de Retbélois. Cette princesse, dévouée à l'Espagne, venait de perdre son beau-père, Charles de Gonzague, duc de Nevers et de Mantoue et, comme son fils était en bas âge, elle se trouvait régente du Duché. La Valette, après avoir fait arrêter Monteil, fut brillamment reçu à Turin et Particelli d'Hémery ne cacha point à la princesse de Mantoue qu'il n'ignorait rien de sa conduite à l'égard de la France.
Cependant Christine, consentant à renouveler la ligue offensive avec la France, demandait qu'il fût spécifié dans le traité que la ligue était formée « contre les ennemis du Roi et non contre l'Espagne ». C'était sans doute « l'effet des bons documents (2) » du Père Monod qui étaient restés entre ses mains. Mais elle apprit, le 20 mai, que le Montferrat était envahi parles Espagnols, qui réclamaient, au nom de la princesse de Mantoue, a la restitution des places tenues par les Français (3) ».
(1) Gabriel dé Mun, Richelieu et la Maison de Savoie, p. 266-267.
(2) Ibidem, p. 299.
(3) Rappelons tout de suite, pour expliquer certaines incertitudes sur la politique de Christine de France, duchesse de Savoie, qu'il existe un pamphlet très venimeux, qui paraît avoir été écrit d'abord en italien, et qui reproche à cette princesse un grand désordre de mœurs et certaines intrigues avec l'Espagne, de connivence avec Marie de Médicis. Le tout aurait été connu dans l'entourage de LouisXIII par les rapports d'un agent français qui était chargé de la poste en Savoie et décachetait les lettres. Il y autait aussi à revenir sur le rôle du Père Monod en ce temps
332 LA KEGE.NTK DlXLARE LA Gl EHHE A L'ESPAGNE
Après beaucoup d'a.i^itatioQ et de protestations, la duchesse de Savoie, devant les ravages que les troupes espagnoles accomplissaient dans le Montferrat, fit publier un manifeste où elle déclarait la guerre à l'F^spagne ; elle accepta même qu'il fût si)écifié dans le traité que la ligue était formée contre le Roi Catholique. Le traité fut signé le 3 juin à Turin. Il prorogeait jusqu'en lOVO celui de fiivoli. La France recueillait, en somme, de la mort de Victor-Amédée un avantage précieux : l'armée savoyarde continuait d'être à la charge de la Savoie, mais son commandement revenait au chef des troupes du Roi.
Le 5 juillet, Verceil, que le cardinal de La Valette ne put délivrer à temps, capitula faute de poudre. Échec dont Voiture essayait de consoler ce prince de l'Église par une lettre de couiplaisance digne de l'ami des précieuses (i); mais Louis XIII ne se payait pas de cette monnaie; il écrivait à Richelieu, le 13 juillet : ' Je fus hier si surpris de la nouvelle de la capitulation de Verceil, — après les bonnes espérances qu'on nous avait données qu'elle était hors de péril, — que je ne sus vous écrire; je vous assure que cette nouvelle m'a extrêmement touché, parce que je vois que c'est un éloignement de la paix, que vous et moi désirons avec tant de passion (2j, » Non moins déçu que le Roi, le ministre mandait à La Valette le 19 juillet : « On vous envoie trois régin)ents, Roussillon, Caylus et Mirepoix, outre le reste des troupes de votre armée qui vous sont maintenant arrivées, afin de vous fortifier et de vous donner lieu de réparer le mauvais événement de Verceil par quelque autre action (3). » Mais au début de septembre, La Valette ne put empêcher don Francisco de Mello d'entrer dans le Montferrat et d'enlever le château de Pomare, « la plus méchante bicoque de toute l'Italie >».
Le nouveau duc de Savoie, le jeune François-Hyacinthe, mou-
oii la Savoie était toujours si hésitante entre les deux adversaires, France et Espace. L'original du manuscrit en langue française, Les amours de Chriatine, duchesse de Savoie, fait partie des Archivei de M. Gabriel Hanotaux [Règne de Louis XIII).
(1) Vicomte de Noailles, Le Cardinal de La Valette, p. 434.
(2) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, p. 345.
(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 66-67.