ARRESTATION DU PERE MONOD
« s'il iiicttoit le pied dans ses États » : «Madame, lui écrivit le ministre de Louis XIII, c'est à ce coup que vous devez vous réveiller de la léthargie en laquelle Votre Altesse trouvera bon que je lui dise qu'elle a été jusqu'à présent, puisque, si vous ne le faites promptement, votre mal sera éntin irrémédiable. C'est une extraordinaire providence de Dieu d'avoir permis que vos propres ennemis vous forcent à ce dont votre bonté vous a détouraée jusques ici (1). » Et Richelieu la pressait de « pourvoir à toutes les places importantes » et de « s'assurer » de la personne du Père Monod.
Mais qu'elle fût pressée par le cardinal de La Valette ou par le comte d'Estrades, qui était arrivé à Turin le 14- décembre, Christine s'en tenait toujours à la même réponse : « Que penseroit-on de moi, si on me croyoit capable d'abandonner tous mes serviteurs à la vengeance du cardinal de Richelieu, quand il lui plairoit de l'exiger, et où trouverois-je des gens qui voulussent s'attacher à mon service? »
Richelieu entendait mettre la main sur le Jésuite de gré ou de force. Pour lui échapper, le Père se réfugia dans la ville d'Ivrée ; mais comme il projetait d'en sortir un matin avant le jour, afin d'aller conférera Villanova avec le cardinal de Savoie, le cardinal de La Valette eut vent de ce dessein. Des embuscades furent dressées sur les chemins. Le religieux tomba dans l'une d'elles. On Peut enseveli dans la citadelle de Pignerol, si la Duchesse n'eût exigé qu'il lui fût rendu. Christine ne l'obtint qu'à la condition de l'enfermer dans sa citadelle de Montmélian (2).
Fontarabie.
« La douleur de Fontarabie me tue. » Voilà ce que Richelieu écrivait à Louis XIII, trois mois plus tôt, le 17 septembre 1638, et voici ce qu'il mandait à Chavigny le 18 : « Je vous envoie la relation de ce qui s'est passé au lèvement du siège de Fontarabie, laquelle il est impossible de lire sans horreur. Sa Majesté en entendra, s'il lui plait, la lecture tout au long (3). » Ce même
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, p. 250 et 252-255.
(2) Père Griiïet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. III, p. 138-139.
(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 182-184.
LA DOULEUR DE FONTARABIE 33r)-
18 sepleiubre, à neuf heures du matiu, le Uoi répondait de Chantilly au cardinal : « Je savois les nouvelles de Fontarabie dès avant-hier; cela m'a fait prendre la résolution de venir en ce lieu, pour n'être à Saint-Germain, quand ce méchant bruit se répandroit. Je crois que vous savez que nous avons perdu tout le canon et tout le bagage de l'armée ; bref on ne peut appeler ce malheur que la même chose qui arriva aux Espagnols l'année passée à Leucate. Le bon Dieu fait tout pour le mieux, il se faut remettre à sa volonté. Le déjjlaisir que j'ai de cette affaire m'a failli faire i-etomber malade, m'étant hier trouvé plus mal qu'à l'ordinaire (I). » Pour comprendre ce « déplaisir », il suffit de considérer quels espoirs le cardinal fondait sur la prise de la ville qu'assiégeait le prince de Condé. Le 27 août, il avait écrit à Ghavigny : « Le retardement des nouvelles de Fontarabie me peine un peu, et cependant je n'en saurois attendre que de bonnes (2). » Et, le 31, il avait donné ces assurances au Roi : « Si Fontarabie se prend, comme je n'en doute pas, pour peu qu'on finisse bien cette campagne, on seroit en état d'avoir la paix, et par après, de jouir d'un grand repos pour jamais (3). »
Gomment douter, en effet? Fontarabie, sur son promontoire, à quatre lieues au nord-est de Saint-Sébastien, à deux lieues au nord-est du port du Passage, surveille la Bidassoa, dont les flots la séparent de la France. A la pointe du promontoire, le Figuier ouvre sa rade sur la mer. Le 2 juillet, Monsieur le Prince avait saisi le Figuier et le Passage. Le cinquième jour de l'investissement de Fontarabie, ses troupes se trouvaient à cinquante pas du fossé. Il est vrai qu'on ne pouvait empêcher les chaloupes ennemies de ravitailler nuitamment la ville. Du quartier général, le marquis de La Force avait écrit le 6 juillet au prince de Gondé, à ce moment au Figuier : « Il est entré onze pinasses dans Fontarabie et en sont sorties deux ou trois heures après. On ne peut mettre du côté de deçà d'autres corps de garde que devant le logis
(1) Comte de Beauchamp, Louis XIII, d'après sa correspondance avec le cardinal de Richelieu, p. 347.
(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. II, p. 117.