POURPARLERS ENTRE LES DEUX FRERES
jurait son frère de ne pas faire procéder contre son niariaçe.
Monsieur objectait que le rapt dont on le plaignait d'avoir été victime était « une chose peu vraisemblable en l'âge (trente-deux ans) et la condition où il étoit ». Il ajoutait que « la justice et la bonté du lîoi ne voudroientpas consentir qu'une telle déclaration servit aux siècles avenir d'un témoignage de tant d'amour envers ses sujets et d'indignation envers lui et une princesse qui lui étoit plus chère que sa propre vie et qu'il aimoit par préférence à toutes les choses du monde ». Une princesse «petite-fille de France » (par sa mère Claude de France, fille de Henri II) : « Il étoit de la gloire du Roi qu'un sang si illustre ne reçût pas la moindre tache » . Cette petite-fille de France n'avait « pas même eu la pensée de déplaire à Sa Majesté ». Quant à lui, Monsieur, « il ne cherchoit pas à pallier sa faute », il en demandait pardon et il n'aurait « jamais de désir plus passionné que de s'acquitter envers le Roi du service et de l'obéissance et de la fidélité » à quoi l'obligeraient toujours sa naissance et beaucoup plus son inclinalion (1).
Gaston avait écrit aussi à Richelieu. Il n'oubliait pas « les favorables offices » que le cardinal lui avait rendus ; « il conjuroit Son Éminence de l'assister encore dans cette affaire de son mariage; il lui seroit reconnaissant » tout le reste de ses jours « de lui avoir donné » le repos de sa conscience et tout le bonheur qu'il pou voit avoir en la vie ». Richelieu avait répondu avec réserve. Il avait d'abord rédigé (le 21 avril) la lettre du Roi, l'avait faite affectueuse, digne et peu compromettante. Le 23 avril, écrivant en son propre nom, le cardinal avait montré une déférence de convention en se maintenant dans de prudentes généralités : il parlait de « la tendre affection que le Roi avoit pour Son Altesse; si le Roi avoit un fils, il lui seroit impossible de l'aimer davantage. En mon particulier, Monseigneur, ajoutait Son Éminence, je vous supplie de croire que je n'estimerai jamais la prospérité, de Sa Majesté complète que lorsque la vùtre y sera conjointe ; ce que
(1) Archives des affaires étrangères, copie dans les Actes, Mémoires et Avis touchant la validité ou invalidité du mariage contracté par M. le Duc d'Orléans, recueil manuscrit appartenant à M. Gabriel Hanotaux.