GASTON NÉGOCIE AVEC L'ESPAGNE
je désire avec une passion indicible (1) ». Belles protestations sans plus. Monsieur devait bien sentir que l'on était toujours résolu à poursuivre l'annulation de son mariage.
Le prince, s'il persévérait, allait tomber dans une sorte de trahison. Puylaurens songeait, non sans inquiétude, au peu de scrupule des Espagnols en matière d'assassinat et M™" du Fargis « lui faisoit apju'éhender un second arquebusier qui fût plus adroit que le jjrécédent (2) ». Cependant, par calcul, il poussait Monsieur vers le piège tendu sous ses pas. « Lorsque, le 23 mai, d'Elbène, de retour à Bruxelles, aborde Puylaurens avec un témoignage extraordinaire de joie (3), il trouve un homme qui <( cherche des difficultés où il n'y en a point (4) ». C'est que Gaston vient de signer, le 12, avec le marquis d'Aytona un traité qui doit être ratifié par le roi d'Espagne le 25 juin. Ne pas s'accommoder avec son frère sans le consentement de l'Espagne, « quelque changement qui puisse arriver en France par la ruine du cardinal; si la guerre éclate entre le Roi catholique et le Roi Très Chrétien, prendre le parti de la très auguste maison d'Autriche »; céder à l'Espagne quelques-unes des villes qu'il aura conquises en France, telles sont les conditions que Monsieur se voit imposer, et qu'il accepte; par contre : fournir douze mille hommes, moitié espagnols, moitié français, plus trois mille chevaux, et cela dès le mois de septembre, qui est le moment choisi par l'Espagne pour envahir la France au nord et au midi; payer soixante-dix mille francs pour la levée des troupes et quarante-cinq mille écus chaque mois pour leur entretien jusqu'à ce qu'elles puissent vivre sur le pays ennemi; verser mensuellement quinze mille écus pour les dépenses de Monsieur et de Madame, telles sont les conditions qu'accepte Philippe IV. Une manque pas de ratifier le traité au jour convenu et de le remettre à un courrier, qui s'embarque à Saint-Sébastien pour Dunkerque (alors possession d'Espagne).
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 548-549.
(2) Mémoires de Gaston, duc d'Orléans, p. 602.
(3) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. VIII, p. 21.
(4) Ibidem, p. 12.