LE DUC DE L.\ VALETTE ACCUSE
« Gela ébranla aussi le corps de cavalerie et d'infanterie qui les devoit soutenir, de sorte qu'il ne put jamais rallier qu'environ dix chevaux, et, cela, presque tous de gentilshommes qu'il avoit ordinaiteuient près de lui. Le marquis de La Force fit plusieui's chars-es aux ennemis, il y eut deux chevaux tués sous lui... S'il eût eu encore cinquante chevaux avec lui, il auroit repoussé les ennemis (1). » C'est en vain que les régiments d'Enghien et de Condé avaient d'abord dégagé son quartier, le duc de La Valette avait refusé de se joindre à eux. Monsieur le Priace n'avait pas été plus heureux que le marquis de La Force, quand il avait tenté de rallier toute la cavalerie, qui faisait demi-tour. Il fut même renversé. Comble de disgrâce, cinq cents hommes de la garnison sortirent par cette brèche que le duc de La Valette « déclaroit impraticable » et prirent de flanc le marquis de Gesvres qui, avec quatorze compagnies, tenait tête aux assaillants.
Le soir, toute l'armée était en fuite, Monsieur le Prince montait dans une barque et gagnait Rayonne. Il reçut bientôt les condoléances de Richelieu : « Sa Majesté, disait Son Éminence, ne mesure pas les intentions par les événements (2). » Le cardinal écrivit, le i25 septembre, au marquis de La Force : « Si chacim eût agi avec le même soin et affection que vous ave» fait en cette occasion, assurément nous n'y serions pas tombés (3). » Dans le réquisitoire qu'il rédigea vers le même temps contre le duc de La Valette, se trouve cette phrase menaçante : « Si le désir de nuire aux affaires publiques a été le motif de sa faute, il mérite de mourir en public pour l'expiation d'icelle. » M. de La Valette doit être mandé pour venir rendre compte au Roi, « et Sa Majesté pourroit lui donner la première clôture du Rois de Vincennespour lieu de demeure, pendant qu'on éclairciroit son cas en présence de Sa Majesté séant en un conseil de guerre ('»•) ».
Peu s'en fallut que la personne du duc de La Valette ne fût saisie. Le 3 octobre, le duc mandait à son frère le cardinal : « Je m'en
(1) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. III, p. 227-228.
(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 185.
(3) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. III, p. 459.
(4) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 207-208.