‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 188 sur 219 · IL TRAVAILLE EN ECOSSE · texte numérisé non relu

IL TRAVAILLE EN ECOSSE

à Edimbourg attendre les deux personnes que vous nie noinniez, pour lier(iuelque uég-ociation avec eux. L'année ne passera pas que le roi et la reine d' /Angleterre ne se repentent d'avoir refusé les otFres que vous leur avez faites do la part du Roi... Ou connoltra bientôt qu'on ne me doit pas mépriser (1). » Les deux personnages que l'abbé Chambres ou Deschambres, — Chanibers de son véritable nom, — devait rencontrer à Edimbourg, étaient un ministre appelé Mobil et un seigneur nommé Gordon : « J'ai eu avec eux, écrivait le comte d'Estrades au cardinal, deux conversations de plus de trois heures. Le ministre, qui est un esprit plein de feu et violent, m'a dit qu'il étoit à Londres depuis trois semaines sans avoir pu avoir audience du Roi, quoiqu'il y soit venu pour lui donner des avis très importants et lui découvrir des cabales qui se font contre sa personne et son service... Il est sur le point de s'en retourner et il est assuré que l'Ecosse s'accommodera avec les mécontents d'Angleterre. Gordon, qui est député de la Noblesse, ne m'en a pas dit moins (2). »

Le voyage de l'abbé Chanibers éveilla bien vite les soupçons du gouvernement de Charles P^ Dès le 1" juillet 1638, le ministre Windbank écrivit au comte de Leycester, ambassadeur du roi d'Angleterre à Paris : « Notre affaire d'Ecosse va fort mal, mais vous ferez bien de la dissimuler par delà et de vous informer soigneusement comment la faction est fomentée tant par delà que par deçà; car, de ce dernier, vous en pouvez plus savoii' de delà que nous ici. » Mais Leycester se reconnaissait incapable de débrouiller l'intrigue de Son Éminence : « Je suis, répondit-il, aussi ignorant de l'affaire d'Ecosse que si je demeurois en Tartarie. Si elle est fomentée de la France, ce sera par des voies si secrètes, qu'on ne le découvrira que par les effets; et selon toute apparence, un des instruments dont on se servira le plus tôt est un nommé Chanibers, écossais, aumônier du cardinal de Richelieu, neveu de M. Conneo, avec lequel il entretient une grande correspondance. » L'inquiétude ne diminuait pas à la cour d'Angleterre ; le 30 septembre, Windbank mandait à

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 895-896.

(2) Ibidem, p. 896, note.

nôO MISSION DM CHAMBERS EN ECOSSE

Leycestcr : « Vous ferez uu grand service au Roi d'empêcher, tant que vous pourrez, qu'on porte des munitions de France en Ecosse, car il ne tiendra pas au cardinal qu'on n'y en envoie, principalement s'il se voit les coudi-es plus franches. » Le 4 octobre, Cooke, un autre membre du gouvernement anglais, instruisait le même ambassadeur des propos que tenaient à Londres des personnes fort sensées, qui paraissaient les avoir puisés aux meilleures sources : « Le cardinal de Richeheu a avoué ouvertement qu'il ne savoit pas pourquoi la France n'assisteroit pas aussi bien les Ecossais, comme le Roi a assisté les ennemis de la France à Saint-Omer. » Leycester répondit le 8 : « J'ai fait et ferai toute diligence pour découvrir si on a porté des munitions d'ici en Ecosse, mais je ne crois pas qu'on l'ait fait, non qu'ils manquent de volonté pour cela, mais parce qu'ils le peuvent mieux faire, et à meilleur marché, de Hollande... Toutefois on dit qu'on a arrêté deux navires à Douvres, venant de France et allant en Ecosse chargés de munitions. » Au mois de mars 1639, chacun était persuadé à Londres que l'abbé Ghambers « venoit fomenter la guerre d'Ecosse ». C'était M. de Bellièvre, ambassadeur de France, qui donnait cette nouvelle à Ghavigny, et bien qu'il ne semble pas avoir été informé de la mission secrète confiée à l'aumônier par le cardinal, il ajoutait : « Non seulement le peuple, mais aussi des personnes de qualité ont pris telle jalousie de nous que tout leur donne du soupçon (1). »

Ainsi Richelieu ménageait de loin ces « troubles d'Angleterre » qui devaient empêcher Sa Majesté Britanniqne d'intervenir contre la France dans les affaires du continent.

La requête de la Reine mère.

Tandis que ce travail s'accomplissait en Angleterre, Marie de Médicis n'était préoccupée que d'une chose. Obstinée, elle ne désespérait pas d'obtenir son prochain retour en France, bien que le sieur Knut, envoyé de Hollande qui avait intercédé pour elle auprès du cardinal peu de temps auparavant, se fût heurté à un

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VIII, p. 185-186.

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