‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 189 sur 219 · SUPPLICATION DE MARIE DE MEDICIS · texte numérisé non relu

SUPPLICATION DE MARIE DE MEDICIS

relus. Elle ignorait certaineinent les instructions que Louis XIII avait données à M. de Bellièvre, son ambassadeur à Londres, et qui étaient dictées par Richelieu : « Quant à la façon dont vous vous conduirez avec la Reine ma mère, il est à propos, lorsqu'elle sera arrivée, que v«us la voyiez chez elle et lui fassiez entendre que vous êtes trop assuré du respect que je lui porte, pour douter que je ne trouve bon que vous lui rendiez ce devoir; et après cela, vous ne retournerez plus chez elle et n'admettrez chez vous aucun de ceux qui ont part à ses aifaires, comme Le Goigneux, Monsigot ou autres de ses domestiques (1). »

Marie de Médicis remarqua bien vite que Belhèvre, se conformant aux ordres de Richelieu, ne se rendait jamais chez Henriette-Marie aux heures où elle s'y rendait elle-même.

Un jour, le comte de Holland, de connivence avec elle, retint l'ambassadeur dans la galerie de Sa Majesté Britannique, sous prétexte de lui parler d'une affaire importante. Et, tout à coup, Bellièvre vit paraître Marie de Médicis, accompagnée de son gendre et de sa fille. Le roi et la reine d'Angleterre ne lui permirent pas de se retirer : ce furent eux qui s'éloignèrent, le laissant en tête à tête avec la veuve de Henri IV.

La Reine mère le conjurait en vain de « faire entendre à M. le Cardinal l'extrême passion qu'elle avoit de retourner en France». Voyant l'inutilité de ses instances : « Il n'importe, ditelle, écoutez-moi. Les peines et les afflictions que j'ai souffertes depuis ma retraite dans les Pays-Bas m'ont inspiré des sentiments fort différents de ceux que j'avois en sortant de Compiègne. Je vous prie de faire savoir de ma part à M. le Cardinal que je le conjure de me tirer de l'étrange misère où je me trouve et de la dure nécessité de demander du pain à mon gendre. Je voudrois retourner auprès du Roi. Non que je pense à me mêler d'aucune chose qui regarde le gouvernement de son État. Je ne cherche plus qu'à passer en repos le peu de temps que j'ai à vivre, et à me préparer doucement à la mort. Si M. le Cardinal ne peut obtenir du Roi la permission de retourner à la

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 211.

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Cour, qu'il deinaiide du moins celle de demeurer dans quelque ville du Hoyauine et d'y jouir de mes revenus. J'oll're de chasser de ma maison tous ceux qui seront odieux ou suspects au Roi, et de faire aveuglément tout ce qu'il voudra. Ses ordres et les bons conseils de M. le Cardinal seront l'unique règ-le de ma conduite. Voilà tout ce que je vous prie de faire savoir à celui-ci. Je crains que ceux à qui je me suis ci-devant adressée n'aient manqué ou de hardiesse ou de bonne volonté pour exécuter la commission dont ils étoient charg-és. — Madame, répondit Bellièvre, Votre Majesté n'aura pas sujet de faire la même plainte de moi. C'est avec un extrême déplaisir que je lui proteste que je ne la puis servir dans cette occasion. — Tel est le style ordinaire des ambassadeurs, repartit Marie de Médicis. Ils se défendent de recevoir certaines commissions, et cependant ils écrivent tout ce qu'on dit. J'en ai vu plusieurs exemples pendant ma Régence ». Et comme elle se rapprochait du roi et de la reine d'Angleterre, Bellièvre la suivit et ne changea pas de style devant les Majestés Britanniques : — « Vous vous souvenez sans doute, Madame, dit-il à Henriette-Marie, que vous m'avez souvent ordonné d'écrire de votre part en faveur de la Reine mère et que j'ai toujoui*s prié Votre Majesté de bien vouloir m'en dispenser, à cause des ordres précis que j'ai de ne me mêler point d'une affaire dont le Roi mon maître se réserve entièrement la connaissance. — Cela est vrai, convint la reine d'Angleterre; mais puisque le Roi mon frère ne veut recevoir aucune entremise sur ce qui regarde la Reine ma mère, le Roi mon époux et moi avons cru que la seule voie qui reste à la Reine ma mère, c'est de s'expliquer immédiatement aux ministres du Roi mon frère dans les cours où elle se trouve (1). »

Marie de Médicis ne se trompait pas, quand elle disait connaître le style des ambassadeurs. Bellièvre ne manqua point d'écrire à Richelieu tout ce qu'elle lui avait dit. Sa lettre est du 23 décembre 1638. Le 20 janvier 1639, le cardinal, avant de répondre à l'ambassadeur, soumit à Louis XllI un mémoire

(1) Voir Ltvassor, Histoire de Louis XIII, t. V, p. 570-571.

RICHELIEU S'OPPOSE AU HETOUH DE LA HEIXE :i5;5

où il avait accumulé tous les ai g'Uincuts qui devaient porter le Roi à ne pas accorder ce que la Heine mère lui demandait : « Sa Majesté, peut-on lire dans le mémoire, a, de son propre mouvement, dit à son Conseil qu'elle n'estimoit pas qu'il y eût lieu de se fier aux paroles de la Reine, vu les profondes dissimulations dont elle avoit usé en son endroit en diverses occasions ; que son esprit étoit de cette nature qu'il étoit impossible de le contenter en quelque lieu qu'il pût être, qu'elle n'avoit su souffrir son bonheur en France. » Le cardinal n'oubliait aucun grief et il résumait de la manière la plus impressionnante tout ce que le Roi était censé avoir déclaré : « Étant connue de l'humeur qu'elle est, s'il la recevoit en son Royaume, elle relève roit l'espérance de tous les mécontents, ce qui étoit d'autant plus à considérer que la plupart de ceux qui le sont étoient, de son temps, attachés à elle. Les Espagnols, qui l'ont méprisée dans leur pays, quand ils l'y ont trouvée, ne manqueroient pas lors de la rechercher et de l'animer contre le repos de cet Etat, quand ils l'y verroient rétablie. Us n'avoient jamais rien tant désiré, depuis qu'ils l'avoient eue et connue en Flandre, que de la faire rentrer dans le Royaume, pour en tirer de l'avantage qu'ils voient bien n'en pouvoir recevoir étant dehors. Elle avoit voulu encore, depuis sept ou huit mois, former, comme elle avoit fait, un nouveau parti à Sedan avec Monsieur le Comte et le duc de Bouillon pour les faire entrer à main armée en France avec Piccolomini... Toutes ces considérations faisoient croire au cardinal qu'il falloit demeurer à la proposition qu'il lui avoit toujours faite d'aller à Florence, où il lui donneroit un entretien proportionné à sa dignité. Par telle offre qu'il étoit prêt d'exécuter et qu'il désiroit qu'elle acceptât, sa conscience et son honneur étoient à couvert devant Dieu et devant le monde, et (il) ne s'exposoit point à de nouvelles brouilleries, lesquelles il ne prévoyoit point pouvoir év^iter ni dans le Royaume ni dans la Cour ni dans son cabinet, si la Reine mère revenoit en France en quelque lieu que ce pût être (1). »

(li Avenel, LeUres du Cardinal de Richelieu., t, VI. p, 274-275. lUCHEI.IKI . — T. V.

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