MARIAGK DU CARDINAL DE LORRAINE
Mais, daus la Manche, un vaisseau hollandais donne la chasse à l'f^pagnol, le contraint de se jeter à la côte. Le courrier est arrêté, conduit au sergent-major de Calais. Pressé de questions, il s'embarrasse dans ses réponses... On le fouille. Le traité, un pouvoir permettant au marquis d'Aytona de déclarer la guerre à qui bon lui semblera, sont saisis, expédiés à la Cour : « L'original de la ratification d'Espagne, dit le cardinal, est tombé entre les mains de Sa Majesté comme par miracle (1) ».
Cet événement si grave ne l'était pas moins que celui qui avait eu Lunéville pour théâtre deux mois plus tôt et dont le héros avait été le frère du duc Charles IV.
Noces de cardinal.
Le 16 février 1634, à sept heures du soir, au château de Lunéville, le cardinal de Lorraine était en conversation secrète avec deux prêtres. C'étaient deux théologiens gradués qu'il venait de faire quérir à l'abbaye des chanoines réguliers de Saint-Rémy. Le prince-cardinal expliquait à ses interlocuteurs la nécessité où il se trouvait d'épouser sur-le-champ la princesse Claude de Lorraine : il peut se marier, étant célibataire et laïque; mais il désire savoir s'il doit attendre la dispense du Pape, la princesse Claude, fille du duc Henri II, étant sa cousine geimaine. Les deux chanoines répondent qu'ils vont retourner à l'abbaye toute proche et revenir avec le fameux ouvrage du théologien Sanchez, Duputationes de sancto matrimonii sacramento.
A cette heure Lunéville est investie : on attend d'une minute à l'autre l'entrée des troupes du maréchal de La Force, dont le quartier général est à un demi-quart de lieue. C'est même en prévision de cette entrée que le cardinal se montre si pressé de convoler en justes noces. Il craint que les Français ne s'emparent de la princesse Claude, héritière du Duché. Le duc Charles IV vient, en effet, d'abdiquer le 18 janvier et de transmettre la couronne à son frère le cardinal.
(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. VIII, p. 54.