LES MINISTRES CONSULTES
et de Noyers d'opiner par écrit sur les questions que posait le retour de la Reine. L'avis unanime fut, bien entendu, conforme à celui du cardinal.
« C'est l'absence de la Reine mère, disait Séguier, qui a donné moyen de porter l'autorité royale au point où elle est aujourd'hui. Seroit-il de la prudence d'accorder le retour de la Reine?... Les propositions de ce retour viennent de la part de nos ennemis. »
La réponse de Bullion n'était pas moins péremptoire : « Le retour de la Reine mère en ce Royaume ne peut être utile à la personne du Roi, de Monsieur le Dauphin et à l'État, mais très dommageable et au préjudice de tous les trois. »
Bouthillier a daté sa réponse du 14 mars 1639. Il estime que le « séjour de la Reine, mère de Sa Majesté, seroit du tout préjudiciable en ce Royaume, duquel elle est sortie de son propre mouveujcnt, au déçu du Roi, et s'est retirée en pays que l'on pouvoit dire lors ennemi... Si le retour étoit jugé à propos, il croiroit que la demeure derroit être au milieu du Royaume, comme en haut Poitou, en Anjou, au Maine ou en Bourbonnais ».
L'avis de Bouthillier, qui peut être considéi'é comme émanant du cardinal, est le moins rigoureux de tous : l'ambassadeur de France à Londres proposera à la Reine mère « d'aller à Florence, auquel cas il lui offriia de la part du Roi, par chacun an, une somme égale à ce qu'elle pourroit tirer de revenu en France, tant pour la raison de ses deniers dotaux que pour son domaine, et même quelques sommes considérables pour le passé, afin d'acquitter les dettes que l'on dit qu'elle a faites en pays étrangers. Au cas qu'elle ne voulût accepter ce parti, ce qu'on tient assurément qu'elle ne fera jamais, j'estimerois lui devoir être proposé d'aller en lieu neutre ».
Bouthillier conseille la Hollande et surtout Avignon, « où le Roi lui pourroit faire ofl'rir une somme pour l'avenir par chacun an, et une somme pour le passé, une fois payée, mais l'une et l'autre moindres que si elle alloit à Florence ». Au cas où la Reine, toujours écartée de Fiance, « voudroit absolument demeurer en Angleterre,... il est à j^ropos que le Roi lui donne de quoi y vivre selon sa qualité ».
356 LE HOl REFUSE LE HETOUH DE LA REINE
Chaviuny répond le "20 mars, il pense comme les autres ministres sur la plupai't des questions, mais, sui' la question de l'entrctènement, il est en contradiction avec Bouthillier, son père : « Mon ojiinion est qu'on ne doit jamais, à l'instance des Anglais, ni laisser à la Reine mère la jouissance du bien qu'elle possédoit lorsqu'elle étoit en France ni lui donner de quoi s'entretenir ù Londres selon sa qualité. »
La réponse de M. de Noyers, qui porte la date du 19 mars, développe à peu près les mêmes raisons que les autres. Son auteur opine lui aussi au séjour de Florence et il conclut ainsi : <( Toutes ces raisons et mille autres, que je tais pour n'être ennuyeux, bien examinées et balancées dans mou esprit, je suis d'avis que le retour de la Reine mèi'e en France est entièrement contraire au bien de l'État; que, pour couper chemin aux desseins que les ennemis du dedans et du dehors pouri-oient foj'uier sur icelui, il ne doit être mis en négociation; que le roi d'Angleterre sera remercié des offices qu'il a voulu rendre à la Reine mère, et cependant prié de ne s'entremettre à l'avenir des affaires domestiques de Sa Majesté, étant bien l'aisonnable que chacun règle les affaires de sa maison ainsi qu'il le juge à propos, non au goût d'autrui (1). »
Restait à répondre à lord Jermyn, Louis XIII lui écrit : « Monsieur Jerniyn, je, loue ma sœur du bon naturel qu'elle témoigne pour la Reine ma mère. Je n'ai jamais manqué de bon naturel envers la Reine ma mère, mais elle a tenté tant de diverses choses contre mon État, et a pris tant de liaisons avec ceux qui en sont ennemis déclarés, que je ne saurois prendre aucune résolution que de n'en prendre point en ce qui la touche, jusques à ce que l'établissement d'une bonne paix me donne lieu de moins soupçonner ses intentions que je ne dois faire maintenant. »
Ainsi le retour de la Reine se trouvait remis à une date que nul n'était en mesure de prévoir et, pour ce qui était de la demande d'argent, le Roi pouvait opposer que des sommes données à la Ri'iiie profiteraient aux ennemis de sou État ('2).
(1) Aubery, Histoire du Cardinal Duc de Richelieu, t. III, p. 395-402.
(2) Avenel Lettres du Cardinal de Richtiieu.. t. VI, p. 311-312.