RICHELIEU CONSEILLE ANNE D'AUTRICHE
triche de sa grossesse, elle la suppliait d'intercéder pour elle auprès du Roi et du cardinal : « Je ne serois pas digne de pardon, si j'avois manqué de rendre compte à Votre Majesté du voyage que mon malheur m'a obligée d'entreprendre. Mais la nécessité m'ayant contrainte d'entrer en Espagne, où le respect de Votre Majesté m'a fait recevoir et traiter mieux que je ne méritois, celui que je vous porte m'a fait taire jusques à ce que je fusse en un royaume qui, étant en bonne intelligence avec la France, ne me donne pas sujet d'appréhender que vous ne trouviez pas bon d'en recevoir des lettres, il m'a fallu priver de la consolation de soulager mes maux en les disant à Votre Majesté, jusqu'à cette heure que je puis me plaindre à elle de ma mauvaise fortune, espérant que sa protection me garantira de la colère du Roi et des mauvaises grâces de M. le Cardinal. Je n'ose le dire moi-même à Sa Majesté et ne le fais pas à M. le Cardinal, m'assurant que votre générosité le fera et rendra agréable ce qui pourroit être importun de ma part (1). »
Ce fut Richelieu qui dicta la réponse de la Reine : « Ayant su que vous étiez en Angleterre, je prends cette occasion de vous écrire pour vous dire que, puisque vous aviez dessein d'y aller, je suis très aise que vous y soyez arrivée, et vous donner avis de ma grossesse, qui est véritable, et dont je ne doute point que vous n'ayez une extrême joie, pour le bien et l'avantage que ce m'est. Je suis bien fâchée qu'en Espagne vous n'ayez pas été posada en palacio. Si mes souhaits avoient eu lieu, vous pouvez croire qu'on auroit ajouté ce bon traitement aux autres que vous avez reçus. Je plains plus que je ne vous puis dire la peine que vous avez eue en un si long voyage, et n'ai pu m'empêcher de rire de certaines aventures que j'ai su qui vous sont arrivées. Vous avez pris l'alarme troj) chaude. Je vous puis assurer maintenant qu'on n'a point eu d'intention de vous faire mal... Il faut songer à réparer ce qui est fait. L'état auquel je suis me donne les pensées que doit avoir une personne qui espère d'être bientôt mère d'un Dauphin, et partant je vous prie, et pour l'amour de
(1) Victor Cousin, La Duchesse de Chevreuse, p. 145-146.