‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 194 sur 219 · LA DUCHESSE DE CHEVREUSE HESITE 35'J · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE HESITE 35'J

vous et pour l'amour de moi, de ne rieu faire au pays où vous êtes qui puisse donner de deçà un juste mécontentement de vous. Et je vous avoue qu'en désirant passionnément la paix, je serois au désespoir si l'Angleterre, pendant le temps que vous y serez ou après que vous en serez sortie, faisoit quelque ciîose contrôla France (1). »

Cette lettre où le cardinal jouait le rôle de la mère d'un Dauphin et, par la plume d'Anne d'Autriche, donnait de si bons conseils à M""' de Chevreuse, ne fut point envoyée. Le cardinal écrivit luimême à la duchesse : « Si vous êtes innocente, votre sûreté dépend de vous-même. »

Le cardinal avait d'autres préoccupations en poursuivant avec la duchesse ce jeu des propos interrompus. Le duc Charles de Lorraine était toujours en guerre avec le Roi, mais le Roi et son ministre n'eussent pas été fâchés de s'accommoder avec lui. Or, le cardinal n'ig-norait pas l'influence que M™* de Chevreuse avait conservée sur l'esprit du prince. Elle finit par recevoir une abolition. Le cardinal se gardait d'y rappeler que la duchesse de Chevreuse avait négocié avec le duc de Lorraine. Il ne lui refusa plus d'habiter le château de Dampierre et, pour lui donner le moyen de s'en revenir, il lui fit remettre une somme de dix-huit mille livres, en échange de laquelle l'abbé du Dorât et le sieur de Boispille signèrent en son nom uue sorte de reçu qui contenait l'aveu implicite de sa culpabilité. Mais un entretien qu'elle eut à Londres avec le marquis de Ville envoyé du duc de Lorraine, un billet du Duc lui-même persuadèrent à M™" de Chevreuse que le cardinal ne pardonnait jamais et qu'il l'attirait dans un piège et « qu'étant en France on la feroit bien parler avec ses lettres ».

Le 9 août elle demanda de nouvelles assurances à Richelieu. Celui-ci ne cacha point sa mauvaise humeur : « Le Roi a trouvé fort étrange, répondit-il, qu'ayant reçu votre abolition ily aplus de trois mois, telle qu'on la désiroit pour vous en ce temps et dont il vous a plu me remercier vous-même, vous ayez fait difficulté de vous en servir comme vous disiez le vouloir faire. » C'est en vain

(1) Avencl, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI. p. 17-18.

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