‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 196 sur 219 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

LK SIKGE D HESDIN

En ce printemps de l'année 1639, les armées du Roi se remettaient en campagne. Le cardinal s'intéressait vivement à la fortune d'un de ses parents, Charles de La Porte, marquis de La Meilleraye, grand maître de l'artillerie, que le Roi venait de placer à la tète de l'armée d'Artois. Le cardinal avait écrit au grand maître le 17 mai 1639 : « Nous ne voyons de loin autre chose à faire qu'à vous donner la carte blanche; le Roi vous laisse libre d'attaquer telle place que bon vous semblera, et nous ne pouvons juger d'ici qu'aucune autre puisse être attaquée que Saint-Omer, Arras et Hesdin ou Bapaume. Nous tenons la première plus que difficile maintenant, à cause que vous ne sauriez plus la surprendre. La dernière, qui est Bapaume. me semble de même nature à cause des eaux. Hesdin est très bien muni de gens et par conséquent meurtrier et le dessein que les ennemis désirent le .plus pour garantir le dedans de leur pays. Il semble ne vous rester qu'Arras à attaquer, si ce n'est que vous aimiez mieux, du mêuie côté d'Arras, entrer dans le pays des ennemis... Tant y a qu'il faut ou attaquer une place ou prendre un poste si avantageux qu'on ruine le pays pendant cette campagne (1). »

Ce fut Hesdin que le grand maître résolut d'assiéger. Le 4 juin, Louis XIII se trouvait sous les murs de la place et il écrivait à Richelieu : « Je ne saurois vous témoigner la satisfaction que j'ai de M. de La Meilleraye, lequel sert avec telle affection et capacité, qu'on n'en sauroit dire assez de bien et de tous ceux qui servent

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 355-356.

:m TH ION VILLE EN LORRAINE

sous lui. Je m'en vas tracer quelques lignes et trois redoutes... Nos gens boivent de l'eau du fossé (1). » Un fossé large de cent vingt à cent cinquante pieds, profond de vingt-cinq et rempli jusqu'au bord (-2). Tandis que le Roi témoignait cette belle ardeur, l'armée de Lorraine, commandée par le marquis de Feuquières, attaquait Thionville pour attirer sur soi Piccolomini, et ainsi l'éloigner d'Hesdin. Feuquicres comptait enlever rapidement la place et s'avancer à la rencontre du général ennemi, avec un grand espoir de le battre. Dans une lettre datée de Pontoisc et adressée à Chavigny le 26 mai, le cardinal avait résumé ainsi la situation : « Nous sommes partis pour Abbeville; Hesdin est assiégé, j'espère que nous eu aurons bonne issue. M. de LaMcilleraye y a reçu une mousquetade, mais si favorablement, qu'ayant percé son baudrier, la balle est demeurée dans son collet de buffle. M. de Feuquières est dans le Luxembourg et je crois qu'au premier jour nous aurons des nouvelles qu'il aura commencé ce que vous savez (3). »

Piccolomini sera-t-il retenu par Thionville?

« Voilà notre maîtresse, elle est belle, mais elle sera un peu difficile à réduire. » C'est ce que, vers le début du mois de juin 1639, Feuquières disait à Antoine Aimauld, qui servait dans son armée. x\ppuyé à la fenêtre d'une maison, où il avait établi sou quartier, dans un village fort proche de la Moselle, en amont de Thionville, Feuquières montrait, à une portée de canon, la place sur la rive gauche de la rivière, environnée de prairies. Et comme Arnauld lui répHquait : « Vous n'en aurez que plus de gloire », il rappelait « le grand empressement que l'on avoit eu à le faire partir », alors qu'il n'avait « que la moitié de ses troupes et manquoit de beaucoup de cfeoses nécessaires » : « Mais, au moins, ajoutait le loyal soldat, ils seront contents de notre obéissance et

(1) Comte de Bauchamp, Louis XIII d'après sa corretpondanee aftc le Cardinal de Richelieu, p. 358.

(2) Le siège d'Hesdin par Messire Antoine de Ville.

(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 373.

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