MESURES PRISES PAR FEUQUIERES
ne se plaindront pas que la })lace que j'attaque ne soit pas propre à faire l'effet qu'ils souhaitent (1). »
De cette fenêtre, Arnauld regardait le pont de bateaux jeté sur la Moselle par Feuquières auprès du village, le ruisseau qui coulait entre le quartier et la ville et qui, ayant des bords « assez relevés » et ne se trouvant guéable qu'en un ou deux endroits, servait de défense au quartier général et au parc d'artillerie. Plus loin, au quartier de M. de Saint-Pol, maréchal de camp, le terrain commençait à s'élever, puis devenait une véritable montagne au quartier de Bussy-Rabutin. Et Arnauld observait que « cette montagne, couverte de bois sur la hauteur et de vignes sur sou penchant vers la ville, s'étendoit à l'entour de la place et venoit finir au quartier du régiment de Navarre, laissant une petite prairie entre le pied de la montagne et la rivière ». Derrière Navarre, dans un gros village, au milieu de prairies, on distinguait la cavalerie.
En voyant les lignes de cLi'convallation qui enserraient tous ces quartiers, Arnauld songeait : « Si les ennemis nous donnent encore deux ou trois jours, elles seront en état de défense et ils penseront deux fois à les attaquer (2).
Mais le 6 juin, Feuquières apprend, par une lettre de sa femme demeurée à Verdun, que les ennemis viennent à lui. La nouvelle est d'autant plus surprenante qu'un Allemand, le colonel Streff, qui a reçu l'ordre d'envoyer des partis de son régiment pour prendre langue des ennemis », n'a soufflé mot de leur marche. Le soir de ce jour, Feuquières tient conseil avec les officiers généraux et, le lendemain, avertit tous les quartiers et se rend, dès la pointe du jour, à celui de Navarre; il commande qu'on achève promptement un pont de chevalets que, sur son ordre, on a commencé au-dessous de la place pour avoir la communication libre avec le quartier des carabins, qui est seul, sur l'autre rive de la Moselle. Vers les sept heures du soir, raconte Antoine Arnauld, « Ghambord, capitaine de cavalerie, le vint avertir qu'il paraissoit quelques Cravates à la tête de notre grand-garde, au delà des bois. On
(1) Mémoires de VAbbé Arnauld, 1" partie, p. 141-142.
(2) Ibidem, p. 145-146.