RICHELIEU CHOISIT CINQ-MARS
Richelieu n'oublia point de mettre les assiégeants en garde contre une attaque éventuelle de Piccoloniini joignant ses forces à celles du cardinal infant pour venir au secours des assiégés. Le 19 juin il concluait ainsi un n)énioire qu'il adressait à son cousin : « Les ennends ont battu M. de Feuquières, parce qu'ils l'ont surpris, parce que les forces étoient en quartiers séparés, parce qu'il n'étoit point retranché et parce que la cavalerie n'a rien fait qui vaille. On ne surprendra point Monsieur le Grand Maître : l'année n'est point séparée, elle est bien retranchée et composée de la meilleure infanterie et cavalerie qui soit en France. Et, partant, au lieu que les ennemis ont été battant à Thionville, j'ose répondre que, s'ils viennent à Hesdin, ils seront battus. Il faut envoyer force partis à la guerre et loin, afin d'être avertis à coup près de la marche des ennemis (1). »
Cinq-Mars. — Le Roi s'ennuie.
Jusque sous les murs d'Hesdin, Richelieu était toujours ei; alerte au sujet des entourages, des sentiments et des épanchements de Louis XIII. Depuis qu'il avait rompu avec M'"' de Hautefort (-2), depuis qu'il avait laissé M"'' de La Fayette prendre le voile, le Roi s'ennuyait; il avait besoin d'une de ces relations sentimentales qui occupaient son ennui. Auprès de lui, justement, une charge se trouvait vacante par la démission du marquis de La Force, celle de maître de la garde-robe, dont Louis XIII disait que c'était l'une de celles « qui approchoient le plus de sa personne ». Richelieu songea au jeune Cinq-Mars.
Cinq-Mars avait un esprit agréable et beaucoup de bonne grâce. Richelieu pensait qu'un favori de dix-neuf ans serait docile à son influence. Le 19 août 1638, Louis XIII avait mandé à Richelieu : « J'ai trouvé le sexe féminin avec aussi }»eu de sens et aussi impertinent en leurs questions' qu'ils ont accoutumé ». Il s'agissait de la charge de gouvernante du futur Dauphin et de l'insistance
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 395.
(2) Appelée dt^sormais Madame, parce qu'elle venait d'obtenir de la Reine la survivance de la charge de dame d'atour, qu'occupait, sa grand'mère M"^ de La Flotte.