HESDIN SE REND
de M""" de llautefort, qui mécontentait le Roi. Celui-ci était las de toutes ces intrigues fomentées autour de lui. Il écrivait au cardinal que c'était la brouille décisive avec Mme de Hautefort, qui songeait à épouser le marquis de Gesvres, dont elle était aimée (1) : « il m'ennuie bien que la Reine ne soit accouchée pour m'en retourner en Picardie, si vous le jugez à propos ou ailleurs. Pourvu que je sois hors d'avec toutes ces femmes, il ne m'importe où (2). »
Au siège d'Hesdin à présent, en cette fin de juin 1639, le maitre de la garde-robe remplissait sa charge auprès du Roi et gagnait peu à peu sa fareur.
La Capitulation d'Hesdin.
Le 27 juin 1639, malgré le retard causé par la difficulté des lieux, la pluie, la grêle et la tempête, qui depuis quelques jours empêchaient les soldjits de quitter leurs huttes, deux mines étaient en état de jouer. On y mit le feu sur les six heures du soir ; l'explosion ouvrit deux grandes brèches dans les murs de la place, mais les ponts qui menaient à ces brèches se rompirent; on y retourna le 28, pour faire un logement, c'est-à-dire elTectuer un retranchement qui permit de s'y maintenir : « Jamais, nous dit Antoine de Ville, attaque n'a été plus opiniâtre ni mieux soutenue. Il fut résolu de faire le lendemain deux attaques par les deux passages du fossé. » Ces passages avaient été pratiqués au moyen de fascines et de sacs do terre. Des ponts de bois et de joncs donnaient accès « aux autres lieux ruinés, à la courtine et aux flancs, aussi rompus et aussi aisés à monter que ceux où la mine avait joué ». Tout le monde « se retira pour faire un plus grand effort le lendemain (3) ».
Il n'en fut pas besoin. Le 29 juin 1639, au lever du soleil, par delà le fossé, où des cadavres flottaient, on vit paraître sur la
(1) Le mariage n'eut pas lieu. Le marquis de Gesvres fut tué au siège de Tliionville. M"« d3 Hautefort épousa, en 1646, Charles de Schomberg, duc d'Halluin, et maréchal de France.
(2) Archives des Affaires étrangères, Lettres de Louis XIII à Richelieu,
(3) Le Siège d'Hesdin, par Messire Antoine de Ville.
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])i'èclie cncombn'o do morts un tambour espagnol battant la chamade. Le feu ayant cessé, le tambour dit que la place demandait ii parlementer et M. de La Meillerayese rendit aux tranchées. 11 accorda les (juatrc heures de répit que Le comte de Hanapes, gouverneur d'Hesdiu, jugeait nécessaires pour régler les articles delà capitulation. Louis XIII les examina et les modifia quelque peu. La nuit était venue lorsqu'il écrivit au cardinal : « J'ai retenu voti-e gentilhomme jusqu'à temps que la capitulation fût signée, laquelle ne l'a été qu entre sept et huit heures du soir, ce qui est cause que je ne l'ai pas envoyé dès ce soir. La garnison doit sortir demain à huit heures du matin, mais je ne crois pas qu'elle puisse sortir plus tôt que trois heures après midi, à cause <le leur bagage, pour lequel nous devons fournir deux cents charrettes. Vousdevez être très content deM. d'Auxerre ((iilles deSouvré, évêque d'Auxerre), lequel a fait de très beaux travaux; et très mal satisfait de M. de Ville, lequel a très mal pris sa circonvallation et l'a mise en sorte qu'il falloit vingt mille hommes pour la garder, et encore est-elle tellement vue par derrière qu'eu plusieurs endroits elle ne peut se défendre; et a fait faire deux milles toises d'ouvrage plus qu'il ne falloit. Je ne saurois vous témoigner la satisfaction cjue j'ai de M. de La Meilleraye; je vous puis assurer que toute l'armée l'a de même (1). »
Le 30 juin, veis dix heures du matin, la garnison sortit taiii- ])Our battant, enseignes déployées, mèche allumée par les deux bouts et balle en bouche. Louis XIII regardait défiler l'infanterie, à la suite de laquelle le comte de Hanapes, gouverneur de la ville, s'avan(;ait en carrosse. Soudain le carrosse s'arrête : le gouverneur, (jui a plus de quatre-vingts ans, qui est blessé d'un éclat de bombe et que la goutte tourmente, en descend pour monter dans une chaise à porteurs. Précédé de deux capitaines, qui marchent la pique à la main, il vient faire la révérence an Roi : « Sire, dit-il, j'ai été fait gouverneur d'IIesdin par un grand Roi et un grand Roi m'en fait sortir. Je tiens à grand honneur, puisque j'avois à perdre la place, de la remettre entre les mains
(1) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance ai-ec le Cardinal de Richelieu, p. 359-360.
LOUIS XUI CONTENT l'K LA ML ILLEILVYL 300
lie Votre Majesté. — Vous Favoz si bien défendue, répond Louis XllI, que le Roi votre maître n'en pourra être que très satisfait. » Cependant M. de Puységur, l'un des témoins de cette scène, songeait : « Ce qu'il dit est très véritable et on peut assurer que c'est celui de tous qui se soit le mieux défendu (1). <> Puis le comte de Hanapes regagna son carrosse et il parvint, après huit mortelles lieues, à Lillers, où le cardinal infant, qui n'était pas de l'avis de Puységur, se hâta de le faire arrêter.
Maréchal de France sur la brèche.
Tandis que la g-arnison du Roi Catholique séloignait de la ville et que les troupes du Roi Très Chrétien l'y remplaçaient, celui-ci regagnait son quartier pour dîner. Puységur le suit jusque dans sa chambre. Attendant que La Meilleraye et le reste de la Cour aient diné, il demeure seul avec son maître et un lieutenant des gardes. Dans la pièce, les tapissiers sont en train de détendre les murs : « Puységur, dit Louis XIII en désignant une garde-robe attenant à sa chambre, regardez qui est là dedans. — Il n'y a, répond Puységur, que M. de Cinq-Mars, qui est couché sur un lit et qui dort. — Il ne dort pas, répond le Roi; il en fait semblant, afin d'écouter ce que nous disons. »
Louis XIII alors entraine Puységur dans sa ruelle et lui « ordonne de lui dire la vérité de ce qu'il lui va demander ». Puységur promet d'obéir et le Roi interroge : « Quel homme est-ce que le grand maître? — Sire, c'est un homme qui sert Votre Majesté avec beaucoup d'affection et qui se peine fort ; il est très vigilant et très soigneux d'apprendre ce qu'il ne sait pas, s'enquérant des uns et des autres des choses qu'il faut faire; quand il est dans un conseil, il reçoit fort bien les opinions d'un chacun, et puis après il en fait un résultat dans sa tête et, prenant ce qu'il trouve de meilleur, il donne son avis fort justement. — Il vaut bien nos barbons )>, remarque Louis XIII, songeant aux maréchaux de La Force et de Cbâtillon, qui, malgré l'inégalité
(1) Mémoires de Jacques de Chastenet, seigneur de Puységur, t. I, p. 225. lili IIELIEI". — T. V.