LOUIS XIII K.NTKH PAH LA BRECHE
de leur Age (quatre-vingts ot cinquante et un ans) lui paraissent également mûrs. — « Sire, s'il continue d'avoir de l'emploi, assurément qu'il en saura autant que les autres. — J'ai résolu, déclare le Roi, d'entrer dans la ville par la brèche, sur le haut de laquelle je le veux faire maréchal de France; il n'en sait rien, et que personne n'en parle. — Votre Majesté aura peine à passer le pont pour monter à la brèche, d'autant qu'il y a bien des pierres dessus, et vous vous sentez de la goutte. — Je m'aj)puierai sur toi et sur d'autres et j'y passerai bien. »
Quelques instants plus tard, Louis XIII descendait de cheval devant le fossé. S'appuyant de sa main sur l'épaule de Puységur (( et de la droite sur celle de M. de Lambert », maréchal de camp, il passait le pont et montait par la brèche. Le grand maître l'attendait en haut des décombres. Il le prit sous les aisselles et l'aida à- gravir. Tiré par La Meilleraye, soutenu par Puységur et Lambert, le Roi parvint au sommet. Se retournant aussitôt, il saisit la canno que Puységur tenait à la main : « La Meilleraye, dit-il au grand maître, je vous fais maréchal de France; voilà le bâton que je vous en donne; les services que vous m'avez rendus m'obligent à cela; vous continuerez à me bien servir. »
Le grand maître baise les pieds du Roi et tandis qu'il s'abime en remerciements, Louis XIII l'interrompt ; — « Trêve de compliments, je n'en ai fait pas un de meilleur cœur que vous (1). » Paroles qui montrèrent au duc d'Orléans, aux ducs de Mercœur et de Beaufort et aux seigneurs de la suite du Roi que, si le prestige de Son Éminence n'avait pas diminué, la faveur de Cinq- Mars, — présent à cette scène, — ne cessait de grandir : car, si le nouveau maréchal était le cousin germain du cardinal, il avait épousé la sœur du maître de la garde-robe.
Richeheu était toujours dans son quartier d'Abbeville. Il félicita La Meilleraye avec beaucoup de mesure : « Je suis très aise de la fin de vos travaux au siège d'Hesdin et de ce qu'il a plu au Roi témoigner l'agrément de vos services par la charge qu'il vous a donnée (2). » Mais c'est d'un style autrement triomphant
(1) Mémoires de Jacques de Chastcnet, seigneur de Puységur, t. I, p. 225-227.
(2) Avênel, Lettres du Cardinal de RicMieu, t. VI, p. 407.