PLAINTES DE LA DUCHESSE
« C'est assez que vous sachiez, écrivit- elle le 11 avril 1639, que j'ai perdu six provinces, sept places de considération et deux (jui sont des principales, qui, les chemins étant coupes, ne se peuvent i;uère moins dire que perdues. Cependant j'ai prévu tous mes malheurs et vous ai conjuré d'envoyer des troupes pour y remédier ou bien nous donner une suspension générale. Mais, au premier, je vois que vos ordres n'ont pas été suivis, et l'autre, ne l'ayant pas jugé pour le service du Roi, je me suis sacrifiée pour ses volontés. Mais je ne m'en repens pas et l'estime à gloire, pourvu que cela vous donne occasion de la conserver en me conservant les États et la liberté, car j'ai déjà perdu une bonne partie de l'un et l'on me menace fort de l'autre et ce n'est pas sans quelque fondement (1). »
Cette perte du Piémont, Richelieu l'avait envisagée et il avait donné pour instruction à Particelli d'Hémery, qu'il dépêchait à Turin : « Remontrer à Madame que le seul expédient qui lui reste pour s'empêcher d'une ruine totale est de faire entendre aux Espagnols et à ses frères qu'elle n'a plus d'autres moyens de se sauver et ses États que de remettre son fils et ses places entièrement entre les mains du Roi. » La duchesse obligerait ainsi les princes à k rendre celles que les Espagnols avoient prises », et elle ne courrait aucun risque, le Roi étant résolu de lui rendre les dites places « toutes et quantes fois que les Espagnols rendroient » celles dont ils s'étoient emparés. Tout traité de neutralité ou de suspension d'armes, conclu entie Madame et les princes, serait considéré comme une rupture. Mais « si Madame vouloit traiter avec le prince cardinal et le prince Thomas pour les tirer du parti d'Espagne et les unir au sien et à celui de la France... le sieur d'Hémery ofFriroit de la part de Sa Majesté toutes les choses qui pourroient contribuer à la fin de cette négociation, comme mariage pour le prince cardinal, emploi aux charges pour le prince Thomas, rétablissement de pensions pour les uns et pour les autres (2) ».
Il s'agissait bien de négocier. Dès le 13, Christine apprenait
(1) Vicomte de Noailles, Le Cardinal de La Valette, p. 488.
(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Riclielieu, t. VI, p. 315-316.