ACCORD AVEC DOUBLE RETICENCE
cher de l'opiniâtreté de ce mauvais esprit, bien qu'il n'y eût rien qui pût assurer sa personne et le reste de ses États. Madame promit de com})oser la garnison de Moutmélian de Savoyards et de François entretenus de longtemps à son service. Elle s'obligea d'en mettre autant des uns que des autres dans le haut et le bas fort de cette place; elle promit de déposer entre les mains du Hoi le château de Charbonnières en Savoie et celui de Bienne et de Fossan en Piémont avec la ville d'Albe. EUle promit de faire si bien garder l'entrée du val d'Aoste que les ennemis ne sauroient se servir de ce passage ; et cependant que, s'il arrivoit qu'ils entrassent en Savoie et qu'ils fissent soulever et révolter cette province sans y entrer à main armée, elle feroit entrer plus grand nombre de François dans Montmélian. Elle promit enfin d assurer sa personne et celle de son fils par une bonne garnison qu'elle tiendroit dans Chambéry (1). »
Ce que Christine ne disait pas, ce que ses conseillers ne cessaient de lui répéter, c'est qu'il ne fallait pas donner au Roi et au cardinal le moyen de réduire la Savoie et le Piémont au même état que la Lorraine.
Le Roi, ayant obtenu ce qu'il pouvait, ne songea plus qu'à s'en retourner : « Son départ, nous dit Richelieu, fut accompagné de beaucoup de larmes de la pai*t de Madame, mais Sa Majesté, sachant qu'elle pleuroit quand bonluisembloit, et qu'un moment après elle rioit et se moquoit de ceux qu'elle avoit abusés par les larmes, son affliction simulée ne produisit pas l'eliet qu'elle prétendoit ». Le cardinal prit congé de Madame. Il lui laissa un mémoire dont la conclusion était : « Regardant l'avenii'. Madame trouvera qu'un seul coup de l'orage qui est élevé contre elle, la peut précipiter au fond du précipice sur le bord duquel elle est maintenant; et que, si elle se perd en n'oubliant rien de ce qu'elle doit pour s'en garantir, l'honneur et la réputation du Roi l'obligent à la recevoir et à la traiter dignement en ses États; si elle tombe en l'extrémité de ce malheur pai* le mépris de ses conseils, le même honneur de ce prince ne lui permettra pas de lui
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. Vi, p. 554-555.