TENTATIVES DES DEUX PRINCES
donner autre retraite que celle d'un cloitre, pour y pleurer ses péchés le reste de sa vie avec fruit et se repentir inutilement de sa mauvaise conduite (1). »
Les adieux du cardinal au comte d'Aglié, principal confident de Christine, furent plus aigres encore. La litière de la Duchesse venait à peine de s'éloig-ner de l'évêché, que Richelieu, emmenant le comte dans une chambre, lui dit, l'œil chargé de menaces : « Enfin, vous voilà satisfait, vous avez engagé Madame de Savoie à se séparer du Roi son frère, à qui vous avez fait essuyer le plus cruel affront qu'il puisse jamais recevoir. Le monde sera persuadé que Sa Majesté n'est venue ici que pour enlever à son neveu des places qu'elle ne vouloit avoir que j)our les lui conserver. Voilà le fruit de vos conseils. » Le comte ayant répondu « qu'il n'avoit aucun pouvoir sur l'esprit de Madame », « Hé, plût à Dieu, s'écria le cardinal, que tout le monde en fut persuadé. Madame auroit mieux conservé sa réputation et ses affaires seroient en meilleur «'tat ». Sur quoi le confident de Christine, voyant que le cardinal lui tournait le dos, se hâta de monter à cheval et de se réfugier à Montmélian (2).
Le cardinal de Savoie et le prince Thomas.
Irrité de l'obstination, bien compréhensible, de la Duchesse, le cardinal tenta de s'acconmioder avec le cardinal de Savoie et le prince Thomas (3), « La raison veut, estimait-il, que Madame et le prince Thomas s'accordent sous l'autorité du Roi secrètement. » Le Roi doit « déclarer par écrit aux princes que, si le Duc son neveu vient à mourir, il les reconnoit comme légitimes successeurs aux États de Piémont et de Savoie, et leur promettre en ce cas sa protection » ; il doit « stipuler le mariage du petit prince de Garignan (fils du prince Thomas) avec une princesse de France et donner pension : au père de cinquante mille écus.
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, p. 555 et 558-559.
(2) Levassor, Histoire de Louis XIII, t. V, p. 735. — Père CrifTet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. III, p. 224.
(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 588-589.