ECHEC PROBABLE DE L'ACCOMMODEMENT
<le cinquante mille francs au fils ». Il doit « jH'oniettre de rendre les places qu'il tient en Piémont, soit à son neveu le jeune Duc, soit aux princes, au cas qu'il vienne à mourir, les F.spagnols faisant le même ». Il faut que, « dès cette heure, le Hoi ollVe de rendre les places qu'il tient sous la caution d'une ligue de tous les princes d'Italie, les Espag-nols faisant le même; auquel cas Madame demeurera régente et les princes assistants, quoique séparés de demeure ». Sa Majesté sera « caution de Madame et desdits princes les uns envers les autres, ayant pour sûreté de la foi du prince Thomas le prince son fils nourri et marié en France. Les princes, de leur part, prometteront n'avancer point les affaires des Esj^agnols... au contraire faire ce qu'ils pourront pour en retarder les progrès; particulièrement » la prise de « Casai, qui, Atant toute crainte aux Espagnols pour le Milanais, ne leur laisseroit plus d'autre pensée que la conquête du Piémont (1). »
Richelieu comptait imposer cet accord à Madame et il avait entamé une négociation avec le cardinal de Savoie, par l'intermédiaire du comte Masserati, confident et maître d'hôtel de ce prince. Dans l'engagement qu'il avait préparé et qui fut signé par le Roi, on ^^ouvait lire cet article : « Pour remédier à la crainte que notre sœur peut avoir pour sa personne et pour celle du Duc son fils, notre neveu, nous estimons qu'elle ne doit point sortir de Savoie pendant la guerre et que nos cousins ses beaux-frères pourront, sans venir en Savoie, demeurer dans la ville de Turin où ils agiront, en ce qui concerne les affaires du gouvernement, en qualité d'assistants, avec ceux qui seront députés de notredite sœur, et avec les députés de nos armées et autres qui pourront avoir commission de nous en ce qui sera des affaires de guerre (2). »
Christine se fût récriée devant de telles conditions qui l'obUgeaient à rester jusqu'à la paix loin de sa capitale, où ses beauxfrères auraient droit de séjour. Aussi Richelieu lit-il au comte d'Harcourt cette recommandation : <' Il ne faut pas que Madame puisse découvrir le fond de ce traité, étant si malheureuse pour elle-même qu'elle le romproit assurément, il la faudra repaître
(1) Avenel, Lettre» du Cardinal de Richelieu, t. VI, p.* 588-589.
(2) Ibidem, p. 591.
LE PRINCE THOMAS AVEC LES ESPAGNOLS IWf)
de la continuation des négociations générales sans lui rien dire du fond (1). » Richelieu no croyait guère au succès de Taccoinniodemont qu'il avait préparé avec les princes de Savoie. Sur son ordre, Ghavigny donna ces instruétions au comte d'Harcourt : u Le Roi désire que vous agissiez en la même sorte que si Masserati et Baronis n'ètoient point venus ici faire des propositions (2) ><. La lettre de Ghavigny était du -22 octobre 1639 ; le 2i la trêve expirait.
La défaite du prince Thomas.
A la lin du mois suivant, un trompette, venu à propos d'un échange de prisonniers, disait au comte d'Harcourt, ainsi que son chef le lui avait commandé : « Si j'étois roi de France, je ferois couper la tète au comte d'Harcourt pour avoir hasardé une bataille contre une armée beaucoup plus forte que la sienne. » — « Et moi, répondit le prince, si j'étois roi d'Espagne, je ferois confier la tête au marquis de Leganès pour s'être laissé battre \)<ii' une armée beaucoup plus faible que la sienne. » Qu'avait donc hasardé, depuis ces trois semaines, le nouveau commandant de l'armée d'Italie? Se rendre niaitre de Ghieri ;trois lieues au sud-est de Turin), jeter douze cents hommes dans Gasal (douze lieues au nord-est), introduire un renfort dans Garmagnolc (six lieues au midi), le tout avait été prestement exécuté.
Mais comment échapper à la disette, les Espagnols, beaucoup plus nombreux, occupant tous le^passages par où pouvaient ai'river les vivres? Bientôt il n'était resté au comte d'Harcourt d'autre ressource que d'abandonner Ghieri. 11 lui avait fallu, avec sa petite amée de cinq mille hommes et de mille chevaux, décamper sans donner l'éveil à l'armée d'Espagne, qui, sous les ordres du marquis de Leganès, comptait cinq mille cavaliers et dix nulle fantassins. Le cardinal de Savoie pouvait accourir de Goni (quinze lieues au sud de Ghieri), malgré les quelques troupes que le comte d'Harcourt avait envoyées de ce côté pour se couvi'ir; le prince Thomas pouvait sortir de Turin.
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 591.
[2) Ibidem, p. 593.