‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 23 sur 219 · LE SIEGK DE LA MOTHE · texte numérisé non relu

LE SIEGK DE LA MOTHE

.") mars, trois seinaines avant sou évasion, le billet suivant à M. d'Ichc : « Le Roi ni'ayant fait demander ma ville de La Mothe, je vous ai envoyé le sieur de Villars, un exempt de mes gardes, pour vous faire commandement de ma part de vous disposer don sortir au premier ordre que je vous enverrai (1). » Cet ordre n'était jamais veiui ; pas davantage le billet suivant qui fut intercepté par les coureurs français et déchiffré par le secrétaire de M. de Brassac : « Quelque ordre que l'on vous fasse voir de la part de Son Altesse, n'y ayez aucun égard (2). » La Lorraine ne voulait rien entendre. Il s'ensuivit ce qui devait s'ensuivre.

Le 9 mars, les habitants avaient constaté que leur ville était investie par les troupes du Roi, Des flammes s'élevaient des villages voisins, les bourgs pleins de provisions où ils espéraient se ravitailler flambaient. La place n'est qu'investie, car le maréclial de La Force estime qu' « enclavée dans un pays qui est en l'obéissance du Roi on l'aura toujours avec le temps (3) ». Il vaque même à d'autres affaires et s'en est allé assiéger Bitche, « assise sur une haute montagne qui est en précipice de tous côtés, une couronne de rochere tout à l'entour (4) ». Il prend, le 18 mai, la montagne et la ville; sur l'ordre du Roi, il revient attaquer La Mothe.

Devant La Mothe, il a rassemblé vingt mille hommes et quatre mille chevaux. De Metz, de Verdun, de Ghâlons, de Chaumont, de Langres, de Paris, de Lyon, de Roanne lui arrivent, beaucoup trop lentement à son gré, des canons et des munitions. La tranchée s'ouvre, cheminant vers la place. Alors r-ommence le lent travail de taupe qui, sous les remparts, poussera des galeries, afin de « déraciner la muraille et la tour ». Les assiégés contre-attaquent. « Ceux de dedans, qui étoicnt fort bien munis, a raconté le maréchal de La Force, n'épargnoient guère les canonnades et les coups de mousquet; ils en tuoient

(1) Du Boiys de Riocour, Relation des sièges et du blocus de La Mothe, p. 104.

(2) Ch. Pflster, Mémoires du Comte de Brassac, p. 14; voir aussi A. Gagnât, Le premier siège de La Mothe, p. 41.

(3) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. III, p. 78.

(4) Ibidem, p. 75.

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toujours (|uelqucs-uns, connue il est impossible que cela n'arrive en ce niélier. »

Une gravure d'Abraham Bosse nous montre le marôchal en armure et à cheval, sur une hauteur, en face de La Mothc. Il porte la fraise et le errand chapeau noir à larges bords, paraissant encore jeune, malgré ses soixante-seize ans. Il a dit lui-même, dans ses Mértioires, qu'il avait auprès de lui devant la ville « trois de ses enfants ayant charge (les marquis de La Force, de Tonneins et de Castelmoron) et deux de ses petitsenfants (les marquis de Boisse et de Cugnac, fils de son puîné le marquis de Castelnau », sans « omettre que M'"" la Maréchale de La Force, qui étoit à Metz, Favoit suivi en l'armée, ensemble la marquise de la Force et la femme de son pctit-lils de Boisse, qui n'y furent pas inutiles, car elles prenoient un grand soin des blessés et visitoient souvent les hôpitaux pour les faire tenii* en bon état ». Malg-ré les difficultés du siège qu'il a entrepris, son visage énergique, plein de bonté et de finesse, parait fort satisfait : « Voilà, songe-t-il, trois mines que Ton entreprend de pousser fort avant dans la ville; les faire passer au-dessous des fossés et au-dessous même des bastions (1). » De longues aiguilles de fer s'enfoncent dans le rocher. Les assiégeants bourrent de poudre les trous qu'ils ont creusés, mettent le feu à la poudre. Les assiégés, percevant ces explosions souterraines, croient avoir entendu le canon du duc Charles de Lorraine, qui vient pour débloquer la place.

En fait de canons, il n'y a autour de La Mothe que ceux de l'armée du Roi, trente et une pièces tirant six cents coups par jour, démolissant les parapets, les terrasses, faisant trembler les bastions sur leurs bases que sape le mineur, emportant, le 21 juin, le gouverneur M. d'Iche sur le pont de bois qui monte du retranchement à la courtine. Maintenant que les Français ont établi une ligne de circonvallation à cinq cents pas de la ville, les mortiers, arme nouvelle cjui avait déjà terrifié les habitants de Bitche, jettent par delà les remparts, sur les toits des maisons,

(1) Mémoires du Duc de la Force, Mai^chal de France, t. III, p. 80, 81, 85,

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