‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 24 sur 219 · L'ARTILLERIE DEVANT LA MÛTIIE · texte numérisé non relu

L'ARTILLERIE DEVANT LA MÛTIIE

qu'ils crèveut, leurs bombes de deux ou trois cents livres, remplies de poudre et de goudron , Riocour a noté le bruit sourd avec lequel les bombes s'échappaient des mortiers, « le bourdonnement qui les accompairuoit », taudis qu' « elles se guindoient assez lentement dans le ciel », leur « tournoiement en l'air et les bluettes de feu qui sortoient de la mèche » fixée à leur lumière, puis le fracas de leur « chute précipitée », la fuite éperdue, souvent inutile, des bourgeois épouvantés (1).

Lo duc Charles de Lorraine écrivait aux assiégés dans une lettre que saisit le maréchal delà Force : « Je pars aujourd'hui pour aller à Constance commander une armée que j'amènerai à votre secours. Cependant je vous prie de conserver la gloire que vous avez acquise et de m'aimer toujours (2). » Comment le duc Charles eùt-il perdu toute espérance de conserver La Mothe, quand les princes allemands assemblés à Francfort refusaient d'admettre le cheminement rapide et sûr de l'armée assiégeante? « Cette place est ici en si grande estime, mandait Feuquières à La Force le 3 juillet, que, quand je leur dis qu'en sept jours vous avez été jusqu'à la contrescarpe et que vous travaillez déjà à la percer, ils ont de la peine à le croire. Pour moi, Monseigneur, j'avoue que, la connaissant comme je fais, j'ai peine à le croire moi-même, et encore plus à douter que vous y soyez fourni de toutes les choses nécessaires pour la presser selon votre désir (3). » Le maréchal avait mandé lui-même à Richelieu le 24 juin : « Leur contrescarpe est si droite et si sablonneuse, que nos mineurs se trouvent bien empêchés au travail qu'il leur faut faire, (i) »

Par malheur les batteries consommaient tant de munitions, qu'elles risquaient d'en manquer : « Je n'en ai pu tirer de Nancy, avouait le maréchal, sur les difficultés que M. le Comte de Brassac a représentées, comme j'ai écrit ci-devant; pour Verdun, j'avois demandé seulement mille boulets à M. du Fossé, il m'a mandé qu'il n'en pouvoit fournir que sept cents. Par ma dernière dépêche,

(1) Riocour, Relation des sièges et du blocus de La Mothe, p. 201, 20:

(2) Lieutenant Gagnât, Le premier siège de La Mothe, p. 91.

(3) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. III, p. Wt

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je donne <avis de ce que j'ai envoyé chercher à ChAlons et Verdun. Cela sera uji peu long. Nous avons trois de nos canons éventés, qui est un grand déplaisir, et un autre où il se ti'ouvc un boulot enfoncé dedans par force, sans poudre (1). »

Cependant, le 15 juillet, La Force pouvait écrire au cardinal : « Me donnerai cette liberté de dire que je voudrois qu'il m'eût coûté bon et que Votre Éminence pût être portée ici pour huit jours, pour voir possible un aussi beau siège et d'aussi belles attaques qu'il s'en soit vu il y a longtemps, et m'assure que Sa Majesté y prendroit bien du plaisir (2). »

Le 2 août, Richelieu, certain du succès et tout bouillant d'imjiatience, griffonnait fébrilement ce billet : « Monsieur, vous me donnez la vie, quand vous vous résolvez de pousser vertement l'attaque du bastion, qui prendra la citadelle assurément ; je vous supplie d'y faire l'impossible, car de là dépend le tout, et avançant ce travail extraordinairement, je ne suis pas sans espérance que nous puissions avoir la place dans votre semaine au plus tard ; je vous assure que j'en voudrois avoir donné beaucoup et pour l'amour de vous et du service du Roi. Je vous envoie trois cents outils et m.'en vais à La Péjousse; M. le Marquis de La Force aura soin, s'il vous plait, de la garde que la cavalerie doit faire au camp, car M. d'Auriac vient à La Péjousse avec moi. Je vous prie que je sache ce soir le travail que vous pensez faire cette nuit et quand vous serez attaché au bastion, car cela me console (3). »

A l'heure où le cardinal signait cette lettre si passionnée, La Mothe était prise depuis cinq jours. Le marquis de La Force avait fait sauter un bastion dès le 25 juillet; le marquis de Tonneins, son frère, s'était logé sur la brèche, avec ses honmies; le 26, la ville capitulait, et, dès le 28, le nouveau gouverneur, M. de Germainvdliers, les capitaines, ofticiers et soldats qui s'étaient si vaillamment défendus en sortaient vies et bagues sauves, taml)ours battants, mèches allumées, enseignes déployées.

(1) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, p. 403.

(2) Archives de Chantilly.

(3) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. III, p. 406-407.

FKLICITATIO.NS Al' MARECHAL DE LA FORCE 4')

Le 9 août, La Force reçut les félicitations du cardinal : « Monsieur, il m'est impossible de vous représenter le contentement que le Roi a reçu de la prise de La Mothe ; il est d'autant plus grand que cotte place n'est pas, comme vous pouvez juger, de petite considération entre ses mains, ni peu utile au bien et avantage de ses affaires, et que Sa Majesté avoit besoin, pour faire réussir une entreprise pareille à celle-là, d'une prudence et d'une conduite comme la vôtre. Elle vous témoigne si particulièrement, par la lettre qu'elle vous écrit sur ce sujet, le gré qu'elle vous en sait et la satisfaction qu'elle a du soin et de la diligence que vous y avez aj)portés, qu'il seroit inutile d'y ajouter aucune chose; aussi ne prends-je la plume à cette fin, mais bien pour vous faire comiaitre en mon particulier, ainsi que je fais par ces lignes, la joie que je ressens de cet heureux succès et de la gloire que vous avez acquise en cette occasion (1). »

Le cardinal se trouvait alors à l'abbaye de Royaumont, près (le Chantilly. Tout, en Lorraine, était en l'obéissance de Sa Majesté, hormis La Mothe, Bitche et Wildenstein : La Mothe auprès de Langres, Bitche avancée vers Strasbourg, Wildenstein sur les frontières de la haute Alsace, — les deux premières estimées peu prenables (2). Le maréchal de La Force les avait prises cependant les 18 mai et 26 juillet et, le 5 août, il s'emparait de la troisième, A présent le Roi est maître absolu de cette Lorraine que Henri IV rêvait de réunir au Royaume par le mariage de ses deux fils avec la duchesse Nicole et la princesse Claude, Que Louis XIII garde le Duché ou que, plus tard, il le rende, il a les mains libres pour intervenir en Allemagne. Il n'a plus à craindre la trahison d'un duc de Lorraine, et de Bar, si inféodé à l'Empire, qu'un poète allemand, au bas d'un portrait, le cite en exemple aux princes de l'Empire :

Heureux si notre Reich compte plus d'un duc Charles, Dont le glaive en faveur de nos libertés parle Si, ch'^z d'autres héros, la valeur a fleuri, Que les yeux de ce Duc nous font paraître ici.

(1) Mémoires du Maréchal de La Force, t. III, p. 408.

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