‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 25 sur 219 · I-T, MAINTENANT, L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

I-T, MAINTENANT, L'ALLEMAGNE

Justement, le maréchal de La Force avait reçu des avis certains de la marche de don Fernand, cardinal-infant, frère du roi d'Espag-ne. Don Fernand avait été choisi par Philippe IV pour rcmi)lacor l'infante IsahcUc, sa tante, au gouvernement des l*ays-Bas ; il venait de la Valteline et du Tyrol avec une armée de quinze mille hommes et prétendait, en passant, débloquer La Mothe. Cette espérance est déçue.

Il n'en faut pas avoir l'œil moins ouvert sur les affaires d'Allemagne. Tout en écrivant à La Force de mettre son armée dans les places de Lorraine pour la « rafraîchir », Richelieu lui recommande d'être toujours à même de la rassembler en cas d'alerte. Elle n'est pas au repos depuis dix jours, qu'il ordonne au maréchal de « l'avancer à deux ou trois petites journées du Rhin au lieu qu'il jugera le plus commode pour la faire subsister, entre Brisach et Goblentz ». La Force devra « s'approcher de l'une ou de l'autre ville selon les avis qui lui viendront de la route que prendra l'armée du cardinal-infant, dont il aura soin d'être bien informé et mandera souvent des nouvelles (1) ». La manœuvre peut parer à tout événement : « elle est pour donner chaleur aux alliés et jalousie aux Impériaux ».

Vers le même temps, les armées des Suédois et des princes protestants d'Allemagne, celles du comte de Horn, maréchal de Suède; celle du duc Bernard de Saxe-Weimar se réunissent pour attaquer les Impériaux, qui assiègent la ville de Nordlingen (en Bavière). Ils se croient sûrs de la victoire. Mais, dans ses retranchements, l'armée impériale est forte de cinquante mille hommes; le cardinal-infant est venu la grossir de sa « redoutable infanterie d'Espagne » et le duc Charles de Lorraine lui apporter l'appui des troupes de la Ligue catholique, dont le duc de Bavière, son beau-frère, lui a confié le commandement. Le 5 septembre, le duc de Weimar, après un premier combat heureux, décide le comte de Horn à livrer bataille (2).

Le 8 septembre 1634., Monsieur faisait une promenade dans.

(1) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. III, p. 87 et 408-410.

(2) Charvériat, Histoire de la Guerre de Trente ans.

BATAILLE PERDUE A NORDLLNGEN 47

le vaste estuaire de i'Eseaut. La ville d'Anvers a mis une galère à sa disposition et, tout en goûtant le plaisir de la navigation, il joue aux cartes avec ses gentilshommes. A Bruxelles, il a dit au marquis d'Aytoua « qu'il s'en alloit donner ordre à son armement » ; mais, bien qu'il ait dépêché M. du Goudray-Montpensier à l'Empereur, « il se moque en luimême » des projets de la maison d'Autriche. Une barque vient d'accoster : un messager en descend, s'approche de Monsieur. Le prince écoute, ses cartes à la main... De quel geste irrité, il jette tout à coup dans le fleuve et les cartes et l'argent, qu'il a devant lui! Il a appris que les Suédois et les princes protestants d'Allemagne avaient été taillés en pièces à Nordlingen, le 6 septembre. La galère à présent se dirige sur le port. A Anvers, les détails qui affluent n'apaisent pas Gaston : huit nulle protestants laissés pour morts, quatre mille prisonniers, le comte de Horn tombé aux mains du vainqueur, trois cents étendards enlevés par les Impériaux. Il en sera de même, le i mai 1792, alors que le frère de Louis XVI écrira de Coblentz : « Quand j'ai vu dans la relation : Les Français ont été battus, je n'ai pu me défendre d'un petit mouvement de tristesse. » En 163i, Monsieur, frère de Louis XIII, ne peut supporter de voir la France atteinte par l'humihation de ses alliés. Il revient à Bruxelles; il reçoit sans plaisir les drapeaux que le baron de Glinchamp lui offre de la part de son beau-frère le duc Charles de Lorraine, qui s'est couvert de gloire à la bataille de Nordlingen; il ne cache sa peine ni à Marie de Médicis, ni au Père Suffi-en : inutile de lever pour lui des soldats, il ne tirera pas un coup de pistolet contre la France. Paroles généreuses, mais imprudentes, que la Florentine ne tarde pas à rapporter et qui le privent des vingt mille écus convenus au traité du 12 mai (1). Su Altezu quiere scapar, aurait dit au comte de Salazar le marquis d'Aytona. Oui, Son Altesse peut s'enfuir : le marquis ne croit guère à cette fuite, mais le cardinal la considère comme prochaine et il a ses raisons pour cela.

(1) Henrard, Marie de Médicis dans les Poj/s-Bas, p. 473-474.

48 MONSIKLR VIENT A RÉSIPISCENCE

Monsieur vient à résipiscence.

Si au mois de février 163'i., Monsieur avait eu soiu de faire conliriner parrarclievêquc de Maliiies son union avec la princesse Marguerite de Lorraine, Richelieu n'était pas demeuré inactif. Le Parlement avait décrété de prise de corps doni Albin Thellier, le religieux qui avait béni le mariage à Nancy; il avait « assigné pour être ouïe » la princesse Marguerite, il avait « ajourné personnellement » le duc Charles de Lorraine, l'ex-cardiual son frère et la princesse de Phalsbourg : « paroles de neige et pistolets de paille », puisque les personnages qu'il visait se trouvaient hors de ses atteintes. Ce qui était plus sérieux, c'était larrêt que le Parlement venait de rendre le 5 septembre. Gaston avait pu lire quelques jours lAus tard, aux Pays-Bas, que « le prétendu mariage de Monsieur le duc d'Orléans, fds de France et frère unique du Roi, avec la princesse Marguerite de Lorraine n'était pas valablement contracté » et que « tous les biens féodaux qui appartenoient à Charles, Nicolas-François et Henriette de Lorraine, tenus de la couronne de France médiatement ou immédiatement, étoient déclarés retournés, réunis et incorporés à icelle et tous et un chacun leurs autres biens étant en France, tant meubles qu'immeubles, acquis et confisqués au Roi (i) >>.

Loin de s'indigner comme la Reine mère, comme Madame, comme la princesse de Phalsbourg, comme le duc d'Elbeuf, comme le prince Thomas de Savoie, Monsieur refusait de signer la protestation que lui tendaient tous ces princes. Il « rentroit en soi-même et reconnaissoit la faute qu'il faisoit de se tenir éloigné des bonnes grâces du Roi » qui valaient mieux que les promesses illusoires des Espagnols. Quant à Puylaurens, il était déjà las peut-êtrede M"*" de Chimay (2), sa nouvelle maîtresse ; plus las encore des reproches de l'ancienne, M"'" de Phalsbourg. Celle-ci ne lui pardonnait point d'avoir quitté la marque de

(1) Mercure français, t. XX, 2^ partie, p. 866-867.

(2) Fille d'Alexandre d'Arenberg, prince de Chimay.

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