NEGOCIATIONS AVEC MONSIEUR
chevalerie qu'elle lui avait remise naguère à Nancy, « un nœud bleu, travereé par le milieu d'une petite épéc, avec cette inscription : Fidélité au bleu mourant (1) ». L'infidèle commençait à reg-arder du côté de la France. « Ne voyant rien de prêt du côté d'Espagne, sinon le péril de sa vie, à laquelle ils avoient déjà attenté, il cessoit de s'opposer aux bons mouvements de Monsieur (2). »
Richelieu, qui « faisoit dépense en espions », n'ignorait pas cet état desprit du prince et du confident. Le 12 mars 1634, Boutbillier avait écrit à l'abbé d'Elbène : « Ce que j'ai à vous dire maintenant est que l'on juge à propos que, pour la dernière fois, vous sachiez au vrai les intentions certaines de Monsieur et de M. de Puylaurens sur les points suivants : cest à savoir si Monsieur veut se tenir au dessein de rompre toutes les intelligences avec les étrangers et avec qui que ce soit, au j^réjudice du service du Roi; s'il veut, pour son mariage, se remettre au jugement de ceux que le Pape nommera, qui seront gens de bien. 11 est à propos pareillement que Monsieur amène la princesse Marguerite, à laquelle le Roi donnera toute sûreté et bon traitement (3) ». Vers le milieu de septembre, l'abbé d'Elbène se présenta devant le Roi. Sachant que Puylaurens ne désespérait pas « d'obtenir de Sa Majesté toutes choses déraisonnables », — qu'il était cependant raisonnable de lui accorder, tant était nécessaire au bien du Royaume le retour de Monsieur, — le cardinal dit à d'Elbène que Puylaurens pourrait être fait duc et pair. Ce discours, transmis à Bruxelles, ne déplut pas à Puylaurens; mais rien ne pouvait le tirer de la crainte où il était que le cardinal ne mit le nouveau duc à la Bastille. Il lui fallait une assurance contre les rancunes du ministre toutpuissant. Richelieu offrit la main de M"" de Pontchàteau, sa cousine. Puylaurens alors n'hésita plus et, le l""" octobre, à Écouen, Louis XIII signait deux traités. Par le premier de ces traités, « le Roi et Monsieur promettoient de se rendre sans délai, pour
(1) Mémoires de Gaston, duc d^Orléans, p. 599.
(2) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. VIII, p. 77.
(3) AfiFaires étrangères, France 810, f» 105,