‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 33 sur 219 · LES THEOLOGIENS ET LE MARL\GE · texte numérisé non relu

LES THEOLOGIENS ET LE MARL\GE

mou diiiei'. • Il ii eu diue pas moius daus la chambre voisiue. lue foule compacte l'environue. Soudain la porte, poussée de plus eu plus fort par ceux des spectateurs qui n'ont pu entrer, sort de ses gonds avec fracas, fait irruption dans la pièce, oscille dangeureusement et, miracle d'équilibre, reste debout au milieu des têtes et des épaules (1).

Le lendemain, c'est chez le cardinal, au château de Rueil, que Monsieur fut traité avec une magniiicence digne du ministre tout-puissant. L'humeur des trois partenaires n'allait pas tarder à s'assombrir. Le Roi est impatient de voir rompre le mariage de Monsieur; le cardinal, qui ne l'est pas moins, se sent fort embarrassé, car Monsieur se montre intraitable. Retenu par la goutte à Orléans, Gaston voit arriver une escouade de théologiens conduite par le Père Joseph. Il tient bon, tandis que Puylaurens, qui n"a pas reçu les satisfactions promises, semble l'encourager à la résistance.

Trois heures durant. Monsieur s'entendit prouver que son mariage n'était point valide. Les règles et la pratique de l'Église le voulaient ainsi. Les lois et les coutumes du Royaume le voulaient plus encore : le Roi étant père et tuteur de son frère, le bien et le repos de l'État se trouvaient incompatibles avec un mariage contesté « qui rendoit incertaine la succession à la Couronne (2) » .

Chacun fut de l'avis de M. le Doyen « ou plutôt de M. le Cardinal ». Mais que disait le mari? Tranquille et attentif, tandis que parlaient tous ces théologiens, il prit enfin la parole. Il dit qu'il n'avait point étudié les lois et ne pouvait répondre à tant de textes, mais qu'il savait bien ceci : il n'y avait dans l'afTaire de son mariage ni rapt, ni violence, ni séduction. Lorsqu'il avait demandé la princesse Marguerite, elle était destinée au cloître; elle avait agi, du consentement de la maison de Lorraine, avec autant de liberté que lui-même. Il ne cesserait de la regarder

(1) Gazette, p. 455.

(2) Actes touchant la validité du. mariage contracté par M. le Duc d'Orléans t. II, p. 64, note ancienne (Archives de M. G. Hanotaux, et Père Griiïet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. II, p. 495.

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comme sa femme légitime que lorsqu'un jugement canonique de l'Église aurait déclaré qu'elle ne l'était pas.

Chavigny et ses théologiens y perdirent leur peine : Monsieur faisait toujours la même réponse. L'hoimètc Puylaurens insista sur les scrupules de son maître; il ne conseillerait jamais à Son Altesse d'agir contre sa conscience. Sur quoi le secrétaire d'État et les docteurs s'en furent à la Cour (1). Le 11 novembre, Puylaurens, embarqué avec Monsieur dès huit heures du matin, descendait le cours paresseux de la Loire « avec tant de diligence », qu'il arrivait à Blois vers quatre heures de l'après-midi (2). Inébranlable quand on voulait le. contraindre à laisser rompre son mariage, Gaston s'abandonnait à l'extrême joie de son heureux retour en France : « Il faut, écrivait-il le 26 novembre à sa sœur la duchesse de Savoie, que je l'augmente encore, vous assurant que je reçois tous les jours tant d'effets de la bonté du Roi, mon seigneur, que le seul bien auquel j'aspire en ce monde est de me rendre digne, par mes services et une fidélité parfaite, de l'honneur de ses bonnes grâces (3). »

Le cardinal a fini par céder : le 7 décembre, « la seigneurie d'Aiguillon, achetée six cent mille livres de la princesse Marie de Gonzague, va être érigée en duché-pairie sous le nom de Puylaurens. Depuis le 28 novembre 1634, le favori de Monsieur «st marié à la seconde fiUe de Charles du Cambout, baron de Pontchàteau; il est l'un des conjoints du triple mariage que vient de bénir le curé de Saint-Sulpice dans la chapelle du Petit Luxembourg et qui unit deux autres cousines de Son Émiuence à deux grands seigneurs : M"® de Pontchàteau l'ainée au duc de La Valette, et M"*" du Plessis de Chivray au comte de Gramont(4j.

Noces magnifiques à l'Arsenal, chez le maréchal de La Meilleraye, grand maître de l'artillerie (5), lui aussi cousin de

(1) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. II, p. 496.

(2) Mercure françois, t. II, 2<= partie, p. 876.

(3) Archives de Turin.

(4) Gazette, p. 323.

(5) Gazette, p. 525.

GASTON DANS S(3N CUVrivU' DE BLOIS 59

Richelieu : feu dartilice, musique et comédie. Assis à la troisième table, non loin du cardinal de La Valette, le cardinal-duc promène son regard sur cette multitude où se cache, qui sait? quelque conspirateur. Nul regard, nulle parole qui soient perdus pour lui. Ses agents veillent.

Dans les premiers jours de l'année 1635, par les yeux de Bautru, comte de Nogent, il voit Monsieur, à Blois, se préoccuper uniquement de son château et de ses plaisirs : « Monseigneur, lui écrit Nogent le 16 janvier 1635, je me suis bien aperçu en ce voyage du cas que l'on fait de ceux qui ont l'honneur d'être à Votre Éminence. Monseigneur, frère du Roi, m'a fait mille honneurs et mille caresses en cette considération; il était dans sa cour lorsque j'arrivai; il vint trente pas au-devant de moi; toute sa cour témoigna une joie indicible à mon arrivée. Il me demanda des nouvelles du Roi et puis de celles de Votre Eminence, où il me fit l'honneur de me dire mille l)iens. Il a une grande passion pour son bâtiment, il y est huit heures le jour à faire démolir en sa présence. Je l'ai fort entretenu, comme de moi-même, sur son démariage. J'en rendrai compte à Votre Éminence vendredi. Dieu aidant. Il reçut hier une nouvelle qui l'affligea fort, qui fut la mort de M"" Simon. M. de Bautru (le comte de Serrant) la fera coimaitre à Votre Éminence. Il disait tout haut : llvaudroit bien mieux que quatre généraux d'ordres fussent morts pour le bien de tout le peuple; et hier au soir, en soupant, il en fît ses regrets et dit encore : // n'y a plus de siireté pour moi en semblables lieux; tout son défaut étoit qu'elle et oit un peu chère; je ne crois pas qu'il y ait jamais eu son semblable. Il sait cent chansons à boire et les plus étranges; bref, pour le dépeindre, c'est le plus débauché et le meilleur jjrince du monde (1). »

Comme Richelieu excelle à faire bavarder cet excellent prince à tort et à travers ! Comme il s'entend à semer la défiance entre lui et Marie de Médicis, son ancienne aUiée! Le 21 janvier 1635, à Rucil, Gaston, « continuant à 2)arler des occasions

(1) Archives des Araires étrangères, France, 813, F" 80.

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