COMMENT ON FAIT PARLER GASTON
passées, « demande à Son Éniinence de qui la Reine mère avoit plus de soupçon et plus de jalousie ». Richelieu répond qu'elle en avait de la conliance que le Roi témoig-nait au cardinal; « enfin de tout le monde » ; et il conclut : « Après tout, c'est une des plus vertueuses princesses, qui a beaucoup de bonnes qualités, mais ses soupçons et la jalousie qu'elle a d'un chacun et la mémoire qu'elle ne perd jamais des injures qu'elle seule se fait, sont cause que ceux à qui elle les impute ont à prendre garde (1). »
Monsieur, passant à Royaumont le 22 février 1635, ne résiste pas au plaisir d'entrer dans l'abbaye et de rendre visite à son cher cardinal : ce sont, au bout de quelques minutes, en présence du cardinal de La Valette et de Chavigny, des confidences à compromettre toute la Cour, « et de telle sorte, nous dit Richefieu, qu'il n'y a ]3ersonne qui pût croire qu'il y eût de la dissimulation en son esprit. Entre autres choses, il reconnut qu'il étoit vrai que M. de Belleg-arde avoit longtemps porté,, pendues au col sur la chemise, deux promesses que la Reine et lui Monsieur s'étoient faites, elle de ruiner le cardinal auprès du Roi et lui de n'épouser point la princesse Marie (de Gonzague) ».
Mais comment Monsieur, tout écervelé qu'il est, peut-il se découvrir aussi imprudemment? Il ne se découvre pas, c'est le cardinal qui en le reconduisant lui demande : Monsieur, n'est-il pas vrai qu'on vous disoil telle ou telle chose? Monsieur l'avoue ingénument. Quoi? même en ce 22 février 1635, après ce que le cardinal lui a fait huit jours plus tôt !
Huit jours plus tôt, Richelieu avait dîné chez Séguier, qui habitait à quelques pas du Louvre, rue de Grenelle-Saint-Honoré,^ l'ancien hùtel de Ferrières. Du Fargis et du Goudray-Montpensier étaient parmi les convives du garde des Sceaux. Le cardinal quitte l'assemblée. Du Fargis ayant dit qu'il allait au Louvre, Son Éniinence dit qu'elle y allait aussi et lavait
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 656.