RAISONS PROFONDES DU CARDINAL
s'était rassuré on voyant Son Éminence, sachant bien qu'elle avait assez de grandeur d'âme pour ne permettre pas qu'un prince (.< fût maltraité » devant elle. A cette heure, il veut savoir s'il peut aller souper à l'hôtel de Guise, où il loge : le cardinal lui répond qu'il peut aller où bon lui semblera. Après souper, Gaston revint au Louvre et jusques à minuit il s'entretint avec Louis XIII, qu'il trouva couché.
Dans la Gazette paraît, au sujet de la disgrâce de Puylaurens, un article inspiré par Richelieu. On y chantait ainsi les louanges du Roi, du prince et du ministre : « Trois choses ont été remarquées en cette occasion : la tendresse du Roi envers Monsieur, qu'il aime non seulement comme son frère mais comme s'il étoit son propre fils, la sagesse de Monsieur, qui se conduisit avec tant de prudence en cette rencontre, qu'il montra que les sentiments du sang et de la raison pouvoient plus sur lui que toute autre considération, et le zèle de Son Éminence au service du Roi, qui lui est plus cher que ses alliances. » Le cardinal s'applaudissait « de sa grande prudence d'avoir exécuté cette action en présence de Monsieur, qui ne pouvoit qu'approuver de près un conseil qu'il eût de loin appréhendé pour lui-même, si l'expérience ne lui eût fait connaître que ce n'étoit pas à lui qu'on en vouloit ». Il s'applaudissait également de « sa grande hardiesse à laisser à Monsieur autant de liberté qu'auparavant sur ce seul fondement que, ne s'étant mal conduit que par de mauvais conseils, l'eflét cesseroit quand la cause seroit cessée ». Et Son Éminence concluait sans doute en revenant dans sa pensée à cette maxime d'État reprise dans son Testament politique ;« Il faut, en certaines rencontres où il s'agit du salut de l'État, une vertu inâle qui passe quelquefois par-dessus les règles de la prudence ordinaire, et il est quelquefois impossible de se garantir de certains maux, si l'on ne commet quelque chose à la fortune ou pour mieux dire à la Providence de Dieu, qui ne refuse guère son secours, lorsque notre sagesse épuisée ne peut nous en donner aucun (1). »
(1) Voir Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. II, p. 549-554.